Dimanche 8 juin 2008 7 08 /06 /Juin /2008 20:56

Fous jusqu’au bout

 

Décidément, le Théâtre du Lucernaire va devenir l’endroit où l’on rit méchamment et intelligemment. La maison de la culture de Nevers, qui entretient des relations artistiques et amicales avec ce lieu inspiré, y présente deux spectacles : un vaudeville et une création. Nous avons vu les deux. Commençons par « l’Affaire de la rue de Lourcine », monté par Benoît Lambert et Antoine Franchet. Un chaud-froid désopilant servi à la sauce Ionesco par une troupe bourrée d’énergie.

 

Réveil brumeux, dans le même lit, de deux bourgeois très alcoolisés. Qui peut dire ce qu’ils ont fait de leur nuit pour se retrouver ce matin-là dans un état pareil ?! Justement, tout semble prouver qu’ils ont commis un affreux crime. Naturellement, il n’en est rien. La suite est une série de quiproquos, qui vont les conduire à envisager sérieusement de liquider la cousine, puis la bonne, qu’ils soupçonnent… de les soupçonner !


Boulevard du crime oblige, on commence dans le noir par les douze coups de minuit. La bonne, en minijupe, entre et dit : « Neuf heures ! » On aura reconnu la Cantatrice chauve et son nonsense, qui vont parrainer cette petite merveille tout du long. Deuxième trouvaille, et celle-là de taille, le décor : un gigantesque lit, ring à baldaquin, où les protagonistes vont pouvoir s’empoigner à leur aise.


Le texte a pris des libertés avec Labiche. Potard a disparu, Justin est devenu Justine, etc. Il est aussi plus court, mais qui s’en plaindra ? L’adaptation, par contre, use et abuse un peu des répétitions. Le début est aussi à resserrer (c’était la première). Pour le reste, ça roule, plutôt au milieu de la route et à deux cents à l’heure !



Nos deux fêtards se sont trouvés. Olivier Broda (Lenglumé) et Cédric Joulie (Mistingue) rivalisent de férocité, de veulerie et d’absurdité. La scène où, torse nu, ils se nettoient l’un l’autre dans une bassine les traces de leur pseudo-forfait est un grand moment de surréalisme. D’autant qu’Ève Weiss (Mme Lenglumé) lui donne tout son sel, en faisant remarquablement celle qui ne comprend rien. Anne-Laure Pons (la bonne) en rajoute un peu. Elle gagnerait aussi à se décontracter. À sa décharge, il faut dire qu’elle joue aussi dans l’autre pièce.


Je gardais pour la fin ma révélation : Louise Jolly, génialissime dans le rôle de la cousine Potard. Sincère, burlesque, terrible, elle ramasse tout à chaque réplique. Son formidable : « C’est des craques. Vous savez bien qu’en été, il est fermé, l’Odéon ! » sonne encore à mes oreilles comme une trompette de jugement dernier. Inoubliables aussi : son pas de deux, à genoux, avec Mme Lenglumé et sa grande scène du quiproquo avec Lenglumé lui-même. Encore un mot à ce propos sur les garçons, dont l’un fait un saut périlleux, l’autre des choses ahurissantes, et qui terminent tous deux en nage, hagards et fous jusqu’au bout.


Si une troupe pareille ne mérite pas que vous plantiez là vos affaires prétendument urgentes pour foncer voir celle-ci, je veux bien être pendu. Mais par eux ! Benoît Lambert et Antoine Franchet auront compris que j’ai adoré leur relecture, alors que j’avais vu celle de Deschamps-Makeïeff, qui, avec des moyens dix fois supérieurs, n’était pas toujours aussi drôle. 


Olivier Pansieri

Les Trois Coups

www.lestroiscoups.com


L’Affaire de la rue de Lourcine, d’Eugène Labiche

Maison de la culture de Nevers et de la Nièvre

www.mcnn.fr/productions

Collaboration artistique : Benoît Lambert et Antoine Franchet

Avec : Louise Jolly, Anne-Laure Pons, Ève Weiss, Olivier Broda, Cédric Joulie

Scénographie et lumières : Antoine Franchet

Régie générale : Gilles Gaudet

Lucernaire • 53, rue Notre-Dame-des-Champs • 75006 Paris

Métro : Vavin ou Notre-Dame-des-Champs

Réservations : 01 45 44 57 34

À partir du 7 juin 2008, du mardi au samedi à 18 h 30

Durée : 1 heure

10 € à 30 €

Publié dans : France-Étranger 1998-2011 - PUBLIER UN COMMENTAIRE ? - Voir les 3 commentaires
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