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8 juin 2008 7 08 /06 /juin /2008 18:03

Le chant d’amour
de Louise Pasteau


Par Olivier Pansieri

Les Trois Coups.com


Le Théâtre du Marais, qui n’ouvre ses portes que quand ça lui chante, le fait du 5 au 14 juin pour la dernière création de Léon Masson : « Il faut penser à partir ». Un hommage un peu « écrit » à un cher défunt, heureusement muet comme la tombe. Du coup on n’entend, on ne voit plus que sa « veuve » : Louise Pasteau, extraordinaire.

Deux musiciens, un couple de mimes, un mort et un bonimenteur aident une jeune femme à faire le deuil de son amant. Fut-il victime d’un accident ? S’est-il tué tout seul, alors que le couple avait prévu de le faire à deux ? Ou s’est-il tué tout seul, en sale égoïste ? Le texte refuse de le dire clairement. En tout cas moi, au bout d’une heure, j’en n’en savais toujours rien.

Comme au bon vieux temps de Jacques Mauclair (fondateur de cette héroïque petite salle, reprise en 2000 par François Florent et son célèbre cours d’art dramatique), on poireaute rue Volta. Entrée directe dans le lieu, équipé de gradins, où vous attendent la veuve, son mort, un couple de musiciens sur un banc à gauche, un autre de mimes (des amoureux ?) sur un banc au fond à droite. Tout de suite un Monsieur Loyal – gueule enfarinée, bouche sanglante – vous apostrophe. « Vous aussi, vous attendez ? »

Dzing ! Un grand coup de cymbale. On sent qu’on l’agace. Il secoue la veuve, qui était allongée sur une sorte de lit d’hôpital. Ils veulent du théâtre ? On va leur en faire ! Hélas non. À moins d’appeler théâtre cet assemblage de stances, de poncifs qui s’ignorent et d’authentiques jolies tournures, qui, elles, ont bien du mal à émerger de ce galimatias. « Tu n’es plus rien ! hurle la belle au trépassé. Et moi à vingt-sept ans je vis toujours, bouffie de désir. » « Attente et espérance sont le même mot dans beaucoup de langues », « À dix-sept ans, le premier bonheur s’appelait liberté ». Mais aussi : « Ce crépitement d’étoiles dans le lait chaud de la nuit ».

Au lieu de nous agresser dès notre arrivée (oui, on est venu voir du théâtre, c’est notre seul tort.), l’auteur aurait mieux fait de nous présenter son mort. Car enfin, s’il voulait que sa perte nous touchât, voire nous révoltât, pourquoi en a-t-il fait cet amant lambda ? De lui, tout ce qu’on saura, c’est qu’il a dit un jour qu’« il faut penser à partir » – ce qui donne à cette œuvre son titre (à mon avis malencontreux) – et qu’il comblait apparemment sa partenaire au plan sexuel.

En amour, c’est déjà beaucoup, mais sur scène assez peu pour faire une histoire. Du coup, on nous la raconte à l’envers par flash-backs. L’auteur, qui signe aussi la mise en scène, la truffe de fausses trouvailles qui viennent parasiter le magnifique travail de Louise Pasteau. J’y reviendrai. Vont se succéder des coups de pied dans le ventre, plusieurs passages des « mimes-amoureux » s’excitant, se fuyant, s’enfourchant… tous plus gratuits les uns que les autres.

C’est dire si Louise Pasteau n’a pas la tâche facile pour dire son monologue, car c’en est un. Elle le fait pourtant avec une sincérité, une sensibilité, une grâce pour tout dire, impériales. Une voix à la très large tessiture, qui passe du hurlement (dont elle abuse un peu) au phrasé le plus mélodieux et, l’instant d’après, à la plainte à peine murmurée. Pareil pour son corps, dont elle fait ce qu’elle veut. Louise Pasteau sait se faire liane, source, fleuve, tremblement de terre.

Grâce à elle, l’histoire de ce jeune amour saccagé devient celle d’Eurydice, mais aussi celle de ces rock-stars aux vies aussi brèves qu’intenses. L’actrice nous la raconte avec son charme inimitable. Qu’est-ce que ça aurait été si, encore une fois, Léon Masson s’était donné la peine de la doter d’une vraie situation ! Qu’il le fasse, car il a une plume, en se souvenant d’être émouvant et non ému. C’est le secret.

Musique un peu répétitive mais bien pensée de Basile Théoleyre, qui est aussi à l’accordéon. Marion Taupin l’accompagne, imperturbable et excellente, au basson. On aurait pu enlever tout le reste et couper un peu. Florent oblige, beaucoup de comédiens dans la salle, qui ont fait un triomphe, en ce soir de première, à leurs camarades. Il paraît que, demain, la veuve et son « monstre d’amour » échangeront leurs rôles. J’ignore tout du talent de celui-ci, mais préfère rester, quant à moi, sur mon impression. Celle d’un texte inégal joué à la perfection. 

Olivier Pansieri


Il faut penser à partir, de Léon Masson

Compagnie des Anges de comptoir

angesdecomptoirs@yahoo.fr

Texte et mise en scène : Léon Masson

Musique originale : Basile Théoleyre

Avec : Manon Combes-Zulliani, Louise Pasteau (en alternance), Cédric Cantin, Mathias Robinet (en alternance), Maxime Tshibangu

Musiciens : Marion Taupin (basson), Basile Théoleyre (accordéon)

Création lumières : Léon Masson

Scénographie : Alice Salemie

Production les Anges de comptoir

Théâtre du Marais • 37, rue Volta • 75003 Paris

Métro : Arts-et-Métiers

Réservations : 01 44 78 98 90 et 06 60 68 90 71

Du 5 au 14 juin 2008 : jeudi, vendredi à 21 heures, samedi à 19 heures

Durée : 1 heure

13 € | 10 € | 5 €

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Publié par LES TROIS COUPS - dans France-Étranger 1998-2014
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commentaires

Miette 13/06/2008 16:44

Ahh. Je suis d'accord sur bien des points ! Principalement sur l'inégalité du texte-trop-écrit, mais ça, d'une façon différente. Je trouve ça abominable de pouvoir écrire des choses aussi belles, pire, sur le Bel Amour, et de les mettre au même plan que des dires quasi-pornographiques. C'est tellement typique de l'écriture moderne, descendant de Calaferte et de Sollers. Yerk. Quelques couplets auraient pu assaisonner...Mais en faire un leitmotiv, c'est désolant. Et puis, ça n'est plus comme si on pouvait encore être choqués d'entendre du "sexe cru" au théâtre. Y'en a partout.Quant à Mademoiselle Pasteau...Nous autres l'avons trouvée certes très agréable, mais que trop peu crédible. Si ses spasmes, ses yeux humides et ses sourires confus interpellent la première fois, leur répétition sans nuance tout au long du monologue est à la limite du risible. Bref...Nous, ce sont les musiciens kusturiciens qui nous ont emballés. (Et la jouvence de l'auteur de la pièce, qui malgré ses faux pas est tout de même en bonne voie)

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