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5 juin 2008 4 05 /06 /juin /2008 21:57

Mâle thérapie

 

Troisième pièce de la Compagnie de l’Autre, « Quelqu’un peut en cacher un autre » présente avec humour deux hommes seuls venus en thérapie de groupe pour comprendre pourquoi leur femme est partie. Solution : jouer le rôle de celles-ci ?

 

L’action débute dans une salle encore éclairée : un homme et une femme, en voix off, parlent de leurs problèmes de couple. Soudain, c’est le noir, mais les voix poursuivent leur dialogue. Pourtant, cet homme et cette femme n’arrivent pas à communiquer. Résultat : la femme part. Enfin la lumière arrive sur la scène. Deux hommes font face au public. La femme du premier est partie, celle du second l’a quitté. Ce n’est pas pareil.


Pour trouver une réponse au départ de leur femme, les deux individus suivent une thérapie de couple, où ils doivent interpréter à tour de rôle l’homme et la femme afin de tout comprendre. Pendant soixante-quinze minutes, les deux hommes jouent les scènes quotidiennes de la vie conjugale, dans lesquelles chacun peut se reconnaître et s’identifier. De la dispute à la rupture en passant par l’épisode de la préparation des pâtes et celle du repas, les deux hommes jouent leur rôle et singent à leur manière la femme qu’ils s’imaginent connaître.


L’interprétation est un régal. Alex Caillot et Martin Ortiz interprètent avec humour et sensibilité cette pièce. Aussi à l’aise dans la peau de l’homme que dans celle de la femme, ils font rire et réagir un public soumis aussi à la thérapie. À travers leur jeu, ces deux comédiens expriment le désespoir que ressentent les deux hommes abandonnés et incapables de comprendre pourquoi. Leur expression se veut volontairement maladroite quand ils se mettent dans la peau du sexe opposé. Si le texte manque parfois de rigueur dans l’écriture, il reste drôle et sa division en sketchs rend la pièce dynamique. En promenant son regard ironique sur le couple trentenaire, l’auteur fait tenir des discours à ses personnages que chacun pourrait avoir chez soi.


Quelqu’un peut en cacher un autre se joue sur un plateau dépouillé, nu, où seuls de grand panneaux en fond de scène servent aux acteurs à la fois pour « changer de sexe » et passer d’une situation quotidienne à une autre. Deux chaises ont une importance particulière. Elles servent à la fois à recréer l’ambiance d’un appartement où les deux personnages s’affrontent, mais sont aussi actrices de la pièce. Au début, quand la lumière revient, ce sont elles qui entrent les premières sur scène, seules et en confrontation comme deux individus en opposition. Un peu plus tard, lors de l’épisode du souvenir heureux, c’est sous forme de diaporama que le couple est joué par les chaises elles-mêmes. Peu de musique, peu de bruit : quelques notes pour accompagner l’union des deux êtres esseulés, d’autres encore pour rythmer un acte amoureux simulé ou bien quelques pas de danse, ou alors le tic-tac d’une horloge pour insister sur le poids du silence dans le couple.


Prouesse à la fois théâtrale et physique, Quelqu’un peut en cacher un autre fait la démonstration qu’on peut rire d’un mal si banal, l’incompréhension de l’homme pour sa bien-aimée. 


Emmanuel Renou

Les Trois Coups

www.lestroiscoups.com


Tout le monde peut en cacher un autre, d’Alex Caillot

Compagnie de l’Autre

05 61 91 99 97 | 06 83 88 15 01

cielautre@free.fr

Mise en scène : Muriel Benazeraf

Avec : Alex Caillot et Martin Ortiz

Théâtre du Grand-Rond • 23, rue des Potiers • 31000 Toulouse

Réservations : 05 61 62 14 85

Du 3 au 14 juin 2008 à 21 heures, relâche les dimanche et lundi

Durée : 1 h 15

12 € (tarif normal) | 8 € (tarif réduit)

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Publié par LES TROIS COUPS - dans France-Étranger 1998-2014
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