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4 juin 2008 3 04 /06 /juin /2008 16:42

« Les arts qui viennent de la rue

ne doivent pas forcément y rester »

 

Julien Cottereau était sur la scène du Théâtre Nouvelle Génération de jeudi à samedi dernier. Pendant une heure et quart, il transporte son public dans le monde de l’enfance, du rire et de l’émotion. Sans jamais prononcer un mot, le clown-mime-bruiteur fait se tordre de rire la salle entière grâce à ses mimiques et son jeu empreint de malice et de poésie. Rencontre avec un jeune papa souriant, disponible et amoureux de son art.

 

Le monde de l’enfance est présent tout au long de votre spectacle, c’est un thème qui vous tient vraiment à cœur ?

Julien Cottereau : Pour moi, le clown pourrait être la scène de l’enfance, pour paraphraser Joseph Beuyz qui disait que « l’art, c’était la science de la liberté ». C’est un concept vraiment fondateur pour moi. On étudie l’enfance et puis on la met sur une scène. On est adulte, mais on fait une grande révérence au monde de l’enfance, avec toutes les limites qu’on a lorsque l’on est enfant, avec tout l’infini qu’a un enfant.

 

Sur scène, vous êtes sur le fil en permanence puisque vous improvisez constamment selon les réactions du public. C’est un défi quotidien, non ?

J. C. : Oui, mais c’est justement ce que j’aime. Avant de monter sur scène, je ne sais pas ce que sera le spectacle. Et dans l’écriture, ça m’a permis de ne pas avoir de routine, de pouvoir m’amuser à chaque fois et de n’être sûr de rien. C’est un spectacle lié à l’histoire de la soirée et de la journée qui ont précédé. Aujourd’hui, je sentais que ça allait être compliqué. Mais vive les journées compliquées ! Les spectateurs voient quelqu’un travailler vraiment, ils voient que ce soir ça se crée pour eux. C’est pour ça qu’ils aiment bien ce spectacle je crois. Ils voient que ce qui se passe, c’est ce soir et que ça ne sera pas un autre soir. Ça a été pour eux ce soir-là.

 

Quelle est votre source d’inspiration ?

J. C. : Mon quotidien. Aujourd’hui, j’ai regardé King-Kong, et ça m’a aidé pour l’ogre. Quand je le voyais, je voyais King-Kong, c’était trippant ! Ou y’a pas longtemps j’ai vu 30 jours de nuit, avec Josh Hartnett. J’ai eu peur, mais ça m’a beaucoup aidé pour toute la scène des cauchemars. Si jamais je regardais Laurel et Hardy avant de jouer, je m’inspirerais de Laurel. Il m’arrive d’ailleurs de regarder un certain type de films pour aiguiller un petit peu mon spectacle.

 

 

Votre performance mêle mime et cirque, qui sont plutôt des arts de la rue, comment expliquez-vous cette montée sur les planches ?

J. C. : Tout ce qui vient de la rue ne doit pas forcément y rester. Et il est plus facile de se créer un petit univers dans un théâtre que dans la rue. Mais il est vrai qu’à la base c’est un art qui vient notamment des parvis de Beaubourg dans les années 1980 ; certains y ont été repérés, et on les a mis dans des cirques !

 

Mais vous aussi, vous y êtes passé ?…

J. C. : Exactement, mais moi je viens de l’E.N.S.A.T.T. J’y ai appris Tchekhov et Racine dans leurs différentes traductions. Là-bas, je faisais des spectacles avec des amis musiciens pour m’amuser. Un jour, mon professeur de clown m’a vu dans ces spectacles, alors quand on lui a demandé s’il connaissait quelqu’un pour remplacer un clown-mime-bruiteur dépressif, il a pensé à moi. J’ai passé l’audition et j’ai été pris. J’ai ensuite joué avec le Cirque du Soleil au Japon pendant quatre mois, puis j’ai fait la tournée européenne, aux États-Unis, en Chine…

 

Sur scène, vous faites beaucoup de musique corporelle, est-ce que des artistes comme Camille, adepte de ce genre musical, vous inspirent ?

J. C. : Bien sûr ! Elle ne m’inspire pas directement pour ce que je fais, mais elle me donne envie de faire des choses. Elle me donne envie d’être artiste et me rend fier de l’être. Elle me donne des forces pour continuer, mais ne me donne pas envie de faire comme elle. Y’a plusieurs artistes qui me motivent comme ça, et notamment Mick Jagger. Plus jeune, quand il dansait et chantait, c’était un Dionysos. Y’a des gens comme ça qui créent de l’hystérie, mais la contrôlent par leur charme. C’est ce que j’aimerais faire. Les arts de la scène, et particulièrement le théâtre, c’est une révérence, un hommage que l’on doit faire à Dionysos, qui est dans une certaine ivresse, une certaine hystérie, mais qui révèle chez les gens une certaine liberté et un sens du sacré.

 

 

Vous avez des projets pour les jours à venir ?

J. C. : Je n’ai pas trop de plan de carrière. J’essaie d’être attentif à ce que m’offre la vie. Elle me donne des occasions incroyables. Dans pas longtemps, je vais partir tourner au Mexique. Là, ce soir, je suis avec le deuxième groupe de patineurs artistiques français, et, pour leur championnat du monde, ils m’ont demandé de leur créer leur parcours libre de quatre minutes. Ils ont senti que j’avais des choses à dire et que ça pouvait coïncider avec leurs recherches.

 

Beaucoup de mimes portaient un chapeau, est-ce une sorte d’hommage d’en porter un ?

J. C. : En quelque sorte, oui, mais les clowns en portent également beaucoup. J’ai tendance à reprendre une phrase extraite d’une chanson de Nougaro : « L’humour, c’est mes chaussures, et l’amour, c’est mon chapeau ». C’est important puisque entre des chaussures et un chapeau, y’a un clown.

 

Propos recueillis par

Léa Torres

Les Trois Coups

www.lestroiscoups.com


Imagine toi, de Julien Cottereau

Mise en scène : Erwan Daouphars

Avec : Julien Cottereau

Collaboration artistique : Fane Desrues

Costumes : Renato Bianchi

Lumières : Idalio Guerreiro

Son : Grégory Rouault

Théâtre Nouvelle Génération • 23, rue de Bourgogne • 69009 Lyon

Réservations : 04 72 53 15 15

Jeudi 29 mai 2008 à 19 h 30, vendredi 30 et samedi 31 mai 2008 à 20 heures

Durée : 1 h 15

16 € | 13 € | 10 €

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Publié par LES TROIS COUPS - dans France-Étranger 1998-2014
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