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3 juin 2008 2 03 /06 /juin /2008 17:30

Le malheur de Sofie

 

Une histoire aigre-douce. Le récit d’un thriller adolescent. Joan McLeod était-elle une fille comme Braidie ? Ou comme Sofie ? Ou ni l’une ni l’autre, simple spectatrice ? Quoi qu’il en soit, sa pièce est trop réellement troublante pour être le pur fruit de son imagination…

 

Lever de rideau dans le noir du Tarmac. Quelque part, le vent souffle, une cloche sonne au loin, une légère musique retentit. La scène s’illumine peu à peu. On distingue une silhouette, assise sur la jetée d’un port. C’est Braidie, une gamine de 13 ans, en jeans et en sweat-shirt, une fille très ordinaire. Elle regarde l’horizon. Au son grave de la cloche, du « gong » comme elle dit, elle se réveille et nous regarde. « Trevor ? » Ce n’est pas à nous qu’elle parle. C’est à Trevor, son frère, parti vivre ailleurs. C’est à lui, dans la solitude un peu glauque de ce port trop calme, qu’elle va raconter son histoire.


Si Braidie a l’avantage d’être très quelconque, son histoire ne l’est certainement pas. Elle raconte la vie d’un petit groupe de fillettes, « de parfaites petites filles », qui, en grandissant, deviennent mesquines et cruelles. Un beau jour, alors que le groupe baigne encore dans l’innocence de l’enfance, la chef déclare : « Quand c’est le jour des punitions, on choisit une fille, et toute la journée on doit être méchantes avec elle ! ». La première victime est Sofie, un peu plus grosse, un peu plus petite, un peu différente. La première et la dernière, car ce jeu grossier, avec une cible facile pour le clan de ces jeunes filles haineuses et haïssables, n’est que le début d’un drame.


« Cette fille-là » | © Yanick McDonald


Un drame que la petite voix de Braidie tente d’éclaircir, pour nous, pour elle-même. Braidie ressemble à n’importe qui. C’est un avantage, je disais, parce qu’un personnage de ce genre est accessible à tout le monde, elle n’a rien qu’on ne puisse pas comprendre, sa simplicité rassure. Pourtant, elle va se détacher du groupe, s’affirmer en devenant le porte-parole des malheurs de Sofie, « témoin des comportements monstrueux de ses semblables ».


Ce dont on se rend compte après, c’est que son histoire n’est que trop ordinaire aujourd’hui, et ça donne un pincement au cœur. Heureusement que le naturel du personnage s’impose, ou l’on chercherait tous, nous aussi, « la sortie de secours ».


Dans un décor simple mais très soigné, baigné d’une lumière tiède, avec une composition sonore qui transporte et amplifie l’ambiance mi-dramatique mi-paisible de la pièce, Sophie Cadieux offre un monologue magnifique, au thème poignant, déroutant de familiarité, sublime par sa sincérité. J’admire le courage de cette jeune actrice qui évoque de vive voix ces passages douloureux de la vie qu’on murmure trop souvent tout bas. 


Betty Rose

Les Trois Coups

www.lestroiscoups.com


Cette fille-là, de Joan McLeod

Mise en scène : Sylvain Bélanger

Avec : Sophie Cadieux

Décor et costume : Michèle Laliberté

Création lumière : Martin Gagné

Maquillage : Suzanne Trépannier

Musique : Larsen Lupin

Le Tarmac de la Villette • 211, avenue Jean-Jaurès • 75019 Paris

Réservations : 01 40 03 93 90

Du 27 mai au 14 juin 2008, du mardi au vendredi à 20 heures, samedi à 16 heures et 20 heures, relâche les lundi et dimanche

Durée : 1 heure

16 € | 12 €

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Publié par LES TROIS COUPS - dans France-Étranger 1998-2014
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