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« Au théâtre, il n’y a rien à comprendre, mais tout à sentir. » Louis Jouvet
Un huis clos sans relief
Niché dans la cave voûtée d’un ancien hôtel particulier du xviie siècle, le Théâtre de Nesle jouit d’un cachet particulier. Et c’est dans ce lieu unique que se joue la pièce de Dominique Marny, « Ne disons pas au jour les secrets de la nuit ». Ce spectacle, mis en scène par Jean-Pierre Nortel, décrit la rencontre imprévue d’un homme et d’une femme un soir de tempête. Le thème de la pièce repose sur la possible survivance de leurs relations, qu’ils ont tissées tout au long de la nuit jusqu’au petit matin. Ce huis clos s’est révélé finalement décevant et sans relief. Cette fable aurait pu gagner en profondeur et connaître un sort meilleur. Le titre évocateur de la pièce laisse espérer un spectacle plus ambitieux, mais l’auteur préfère user d’expédients des plus convenus, qui siéent à une comédie de boulevard.
Claire, qui est une jeune fleuriste, reçoit un appel téléphonique de son ex-petit ami l’informant de la visite imminente d’un ami porteur d’une commande de compositions florales. Dehors, la tempête fait rage. Survient une panne d’électricité, qui va se prolonger toute la nuit. Un inconnu frappe alors à la porte. Claire pense qu’il s’agit du messager annoncé. Il s’ensuit un quiproquo sur l’identité de ce jeune homme, qui avouera, par la suite, être son voisin venu faire sa connaissance. Et c’est à tâtons que les personnages évolueront dans cet appartement à la découverte l’un de l’autre.
On assiste à ces échanges qui manquent singulièrement d’énergie, où des choses importantes sont révélées avec la même linéarité que tout le reste. Il est alors difficile de se concentrer et de goûter les propos de ces deux personnages. Un jeu de séduction se met très vite en place à l’arrivée de Serge. On comprend que l’éventuel coup de théâtre est alors relégué à la fin de la pièce avec l’arrivée de l’aube, où chacun pourra enfin se découvrir. Là encore, le conventionnel prend le pas sur le reste et le happy end s’impose logiquement à la fin.
Marion Dubos joue avec naturel et rend vraisemblable le personnage de Claire. À l’inverse, Olivier Galfione m’a paru emprunté en interprétant son rôle sur le même ton d’un bout à l’autre de la pièce. Ce qui renforce le manque de crédibilité du propos de la pièce.
Le titre séduisant de la pièce laisse au spectateur entrevoir ou imaginer une foule de situations possibles à travers cette rencontre fortuite. Ma déception est donc venue de l’absence d’originalité de ce spectacle, qui s’est contenté de rester sur une note conventionnelle, et du manque de rythme qui contribue à desservir l’intérêt même de l’histoire. ¶
Laurent Schteiner
Les Trois Coups
Ne disons pas au jour les secrets de la nuit, de Dominique Marny
Adaptation : Dominique Marny et Jean-Paul Gourevitch
D’après leur roman publié aux Presses de la Renaissance
Mise en scène et décor : Jean-Pierre Nortel
Assistante à la mise en scène : Michelle Joulain
Avec : Marion Dubos (Claire), Oliver Galfione (Serge)
Création lumière : Grégory Clin
Stylisme : Laure Pottier
Régie : William Orrego
Théâtre de Nesle • 8, rue de Nesle • 75006 Paris
Réservations : 01 46 34 61 04
Du 14 mai au 28 juin 2008 à 21 heures, relâche le 24 juin 2008, les mercredi, jeudi, vendredi et samedi
Durée : 1 h 30
12 € | 15 € | 20 €
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