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1 juin 2008 7 01 /06 /juin /2008 03:22

La théâtralité au féminin


Par Anne Losq

Les Trois Coups.com


Il y a des jours où la magie du théâtre opère sans crier gare. Dans la petite salle du Théâtre Darius-Milhaud, six ouvrières agricoles d’une autre époque et d’un autre pays se racontent. Elles viennent de l’Écosse rurale du xixe siècle. Mais ce sont surtout des femmes qui, jour après jour, trouvent la force de continuer à survivre, avec une poésie, une espièglerie et un courage qui nous renseignent sur la condition féminine au travers des époques et des pays.

La scénographie est simple et cohérente : la scène, largement vide, permet aux comédiennes de créer leur propre espace. Dans un coin, sont disposés un tabouret à traite et un berceau, indices matérialisés de la vie de ferme. Les costumes, eux aussi, nous renseignent sur la condition des personnages. Les cinq ouvrières sont toutes habillées à l’identique, en jupons et bonnets blancs, et tabliers noirs. Seule la maîtresse (auparavant ouvrière) se démarque avec ses robes longues et son corset contraignant.

Cependant, ces éléments de costumes et de décor ne signifient pas que nous sommes dans un univers de théâtre historique. Le propos de la pièce est résolument moderne, et le contexte historique sert de tremplin aux histoires entremêlées de ces femmes singulières. La modernité du propos est accentuée par la mise en scène. Claire Pineau utilise sobrement certains artifices qui contribuent à styliser l’atmosphère de la pièce et à lui donner une dimension visuellement poétique. Ainsi, des plumes blanches font office de neige et le rideau blanc en fond de scène projette en ombres chinoises les silhouettes des personnages à certains moments clés de la pièce.

« Asservies | © Nicolas Grandi »

La direction d’acteurs est, elle aussi, très juste. Le jeu collectif et chorégraphié des scènes de groupe alterne avec un traitement individuel en profondeur de chaque personnage. Tous les rôles sont complexes et multidimensionnels, et les comédiennes restituent avec précision les états d’esprit des personnages. Relevons tout de même la prestation de Sophie Casel dans le rôle de Totie, qui joue avec énergie et subtilité une enfant instable.

Le seul petit problème concernant la distribution est le fait que toutes les comédiennes ont à peu près le même âge (entre 20 et 30 ans), ce qui fausse certaines des relations filiales et hiérarchiques entre les personnages. Cependant, parce que ces jeunes femmes sont très habiles dans leur jeu, elles réussissent à nous faire quasiment oublier ce point de détail.

L’écriture stimulante de Sue Glover m’a rappelé combien le théâtre anglais contemporain était dynamique, sachant s’inspirer de faits historiques afin de produire une dramaturgie moderne et suggestive. Avec sa mise en scène fort réussie d’Asservies, Claire Pineau permet au public parisien de découvrir un auteur méconnu en France, et d’admirer le beau jeu de comédiennes qui semblent enthousiasmées de jouer des rôles féminins riches et profonds, en dehors de toute caricature. 

Anne Losq


Asservies, de Sue Glover

Compagnie Acalade • 152, rue Roland • 69400 Villefranche-sur-Saône

www.asservies.com

Mise en scène : Claire Pineau

Avec : Alexandra Cartet, Sophie Casel, Rebecca Finet, Laurie Jesson, Charlotte Thomas, Élia Zaharia

Théâtre Darius Milhaud • 80, allée Darius-Milhaud • 75019 Paris

Réservations : 01 42 01 92 26

www.theatredariusmilhaud.fr

Du 6 mai au 24 juin 2008, mardi à 19 heures et vendredi à 21 heures

17 € | 13 €

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Publié par LES TROIS COUPS - dans France-Étranger 1998-2014
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