Une bien belle soirée !
Les Baladins du miroir (théâtre forain) ont planté leur chapiteau dans le parc de la Cartoucherie, où ils présentent, dans une version pour profanes, leur « Tristan et Yseut », mis en scène par Nele Paxinou. Du théâtre qui ne cherche qu’à vous emporter dans son rêve. Laissez-vous faire et… amenez les gosses !
On nous a si souvent fait le coup du spectacle total avec musiciens, acrobates et tout le tremblement que je me méfiais un peu en m’aventurant, l’autre soir, sous les grands arbres de la Cartoucherie. Là, m’attendaient la gentillesse, la poésie et la beauté. J’en suis encore tout ébaubi.
Oyez, bonnes gens, la triste et véridique histoire de Tristan et Yseut ! Comment Tristan vainquit le dragon d’Irlande et obtint pour sa peine la blonde Yseut. Comment, comme un goujat, il préféra l’offrir à son oncle Marc, roi de Cornouailles. Comment Yseut en conçut un si vif dépit qu’elle ne voulut plus se marier du tout. Comment alors sa mère, fée à ses heures, pensa tout arranger en confectionnant un fatal philtre d’amour…
Accueil des plus chaleureux avec des bougies sur les tables, un décor de baraque foraine, où l’on peut dîner (d’un très bon couscous) ou seulement prendre un verre, servi par des gens ravis, qui vous ravissent, donc. À quelques mètres de là, la salle immense avec, au premier rang, des petites tables où on peut continuer à siroter sa bière, par exemple (fameuse, la troupe vient de Belgique !). Autour, des gradins bondés de gamins turbulents, qui font craindre le pire.
Décor simple et discret, évoquant un château. Quelques arcades, des rideaux qui s’éclairent lentement. Paraît Yseut, scrutant la mer – une toile peinte. Superbe éclairage, on y est. Entrée de la reine (Sophie Lajoie, impressionnante), qui lance sa première réplique. Plus un souffle dans la salle. Les mômes, domptés, vont en prendre plein les mirettes. Et les oreilles. Car voici, s’avançant vers nous, les musiciens-chanteurs, qui accompagnent le spectacle tout du long, dans leurs plus beaux atours.
Quels costumes, nom d’une mandragore ! Aussi exacts qu’élégants (ils sont signés Sylvie Van Loo). Des matières, des coupes comme on n’en voit plus… Disons, des costumes enfin beaux. Musique de scène originale de Wouter Vandenabeele, interprétée en direct par ces anges médiévaux, qui se mêlent aux personnages. Un rêve. Musicalement, c’est un pastiche très réussi de polyphonie et de musique ancienne. Tambours, rebecs, violes, cornemuses, rien ne manque. Vous êtes au onzième siècle devant d’authentiques ménestrels. (Aurélie Goudare, Marielle Vancamp, Véronique Willemaers, Wout de Ridder et Darius Lecharlier, tous fabuleux.)
Côté comédiens, nous avons : une Yseut à tempérament (Suzanne Émond) ; un Tristan cascadeur et touchant (Emmanuel Guillaume) ; deux barons félons acrobates et tordants (Abdel El Asri et Diego Lopez Saez) ; une suivante vif-argent (Virginie Pierre, aussi à l’aise dans l’émotion que dans le comique, quelle Brangen !). Sans oublier le roi Marc (Alain Boivin) et la remarquable Blanches-Mains (Coline Zimmer). Mention spéciale pour Sophie Lajoie (encore elle !), qui fait une extraordinaire composition du nain Frocin, et pour Geneviève Knoops, inénarrable narratrice.
Pour ceux qui connaissent (bien) la légende, le texte moderne de Paul Émond prend quelques raccourcis, mais peu de libertés. Les épisodes obligatoires y sont tous : je vous laisse le plaisir de les reconnaître. D’autant que la narratrice vous y aidera de son malicieux bagout, subtilement pédagogique. La mise en scène, enlevée, pleine d’humour et d’idées, devrait faire le reste. Exemples : le voyage en mer sur une nef qui tangue pour de bon, un dragon magnifique de dix mètres de long, des combats réglés au petit poil, des lépreux aux masques poignants, la neige tombant sur la forêt… Tout cela mené, c’est le cas de le dire, tambour (irlandais) battant. Nele Paxinou peut être fière de son travail.
Je lui cède la parole. Dans le programme, elle écrit : « Demain, le chapiteau sera replié et les roulottes [des vraies, décorées et tout !] reprendront leur route. Il ne restera plus sur place que le cercle tracé de la piste et la rumeur des derniers applaudissements, qui s’en iront avec le vent. » N’attendez pas, courez voir cette féérie avant qu’elle ne s’évanouisse. Elle raconte, avec une très grande générosité, une histoire qu’on croit tous connaître, alors qu’il n’en est rien. Celle du vrai amour. ¶
Olivier Pansieri
Les Trois Coups
Tristan et Yseut, de Paul Émond
Les Baladins du miroir
Mise en scène : Nele Paxinou
Assistant à la mise en scène : Olivier Magis
Musique originale : Wouter Vandenabeele
Avec : Suzanne Émond, Geneviève Knoops, Sophie Lajoie, Virginie Pierre, Coline Zimmer, Alain Boivin, Abdel El Asri, Emmanuel Guillaume, Diego Lopez Saez, Wout de Ridder
Musiciens : Aurélie Goudaer (violon), Marielle Vancamp (violon), Véronique Willemaers (harpe et chant), Darius Lecharlier (percussions), Wout de Ridder (cornemuses, flûtes à bec, cromorne, taragota…)
Travail sur la gestuelle : Olivier Antoine
Chorégraphie des combats : Diego Lopez Saez
Scénographie : Saïd Abitar et Aline Klaus, assistés de Catherine Van Assche, Philippe Évens, Aline Breucker, Florine Delory, Nadia Cherkaoui
Ingénierie : Xavier Decoux, assisté d’Olivier Mélis et Marc Decrollier
Dispositif scénique : Geneviève Knoops
Création lumières : David Taillebuis, Michel Hayoit
Régie : Olivier Mélis
Création costumes : Sylvie Van Loo, assistée d’Anne Bariaux, Anne Delvigne, Magali Hertsens, France Lamborey et Marie Nils
Création maquillages : Serge Bellot
Théâtre du Soleil • route du Champ-de-Manœuvre • 75012 Paris
Renseignements : 01 43 74 24 08
Du 29 mai au 22 juin 2008 : mercredi à 19 heures ; jeudi, vendredi et samedi à 20 h 30, dimanche à 16 heures, relâche lundi et mardi
Durée : 2 h 30, avec entracte
25 € | 14 €
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« Depuis notre débat sur le Off d’Avignon, j’ai eu l’occasion de “lire” votre site critique, et j’en ai été très heureux. Parce que j’apprends des choses dont les médias parisiens ne m’informent pas et parce que les critiques sont de bonne qualité. Continuez bien ! Tous mes vœux à vous et aux “Trois Coups” ! Amicalement. » Gilles Costaz, critique dramatique à “Paris-Match”, “les Échos”, “Politis”, “le Magazine littéraire”, “l’Avant-scène Théâtre”…
« Nous tenions à vous dire bravo, nous applaudissons des deux mains, votre site est admirablement bien fait. Vous (toute l’équipe) aimez le théâtre et vous savez faire partager votre passion… » Marie-Céline Nivière et Dimitri Denorme, “Pariscope”, rubrique « Théâtre »
« “Les Trois Coups”, c’est une pépinière de critiques. Ils sont acteurs, étudiants […], tous raides amoureux de théâtre. Une quarantaine à aller au théâtre et à écrire sur les spectacles. » Jean-Pierre Thibaudat, “Rue 89”, blog “Balagan”
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