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23 mai 2008 5 23 /05 /mai /2008 09:15

Hommage émouvant
à l’homme


Par Audrey Chazelle

Les Trois Coups.com


Ça n’aura échappé à personne, cette année c’est l’année Lagarce ! Nombreux sont les metteurs en scène du monde entier qui s’emparent des textes de Jean-Luc Lagarce, lui rendant ainsi le succès auquel il avait échappé de son vivant. Il aurait eu cinquante ans en 2007 et les nombreuses manifestations à cette occasion témoignent de la richesse de son œuvre. Sur la scène du théâtre Le Point du jour, le talentueux Laurent Poitrenaux, dans une adaptation et mise en scène de François Berreur, nous livre des extraits du « Journal » de l’homme Lagarce dans « Ébauche d’un portrait ».

Comme si l’on remontait le temps et que l’on avait le privilège d’entrer dans l’intimité de Jean-Luc Lagarce, assis à son bureau, face à sa machine à écrire, Laurent Poitrenaux redonne vie aux notes laissées par l’auteur. Au travers des deux volumes du Journal de Jean-Luc Lagarce (1977-1990 | 1990-1995), publiés aux éditions Les Solitaires intempestifs, Ébauche d’un portrait est l’occasion de pénétrer l’univers lagarcien et par là même de retracer les évènements de cette fin de siècle.

François Berreur, l’exécuteur testamentaire de Lagarce, travaille en faveur de la reconnaissance posthume de son œuvre, alors que Juste la fin du monde, mis en scène par Michel Raskine, entre aujourd’hui au répertoire de la Comédie-Française et que ses textes sont actuellement les plus joués en France et à l’étranger. Berreur et Lagarce se sont bien connus, ils ont travaillé ensemble et l’histoire de l’un est liée à l’histoire de l’autre. Alors, il lui rend hommage ici et maintenant pour rappeler le grand homme que l’auteur était.

Le metteur en scène crée un même espace pour voyager dans le temps et revivre les instants d’un homme, ancré dans son époque, passionné de théâtre et malmené par le virus du sida. Le paysage français de la fin des années soixante-dix jusqu’aux années quatre-vingt-dix défile sous nos yeux.

Parce que Laurent Poitrenaux sait maintenir l’attention du spectateur dans un échange plein de sincérité, nous sommes accrochés à cet être dont la trace s’inscrit comme une mémoire. L’homme lutte contre la maladie, la peur de mourir, l’angoisse de vivre et alimente ainsi la profondeur de son travail d’auteur et de metteur en scène. Nourri des évènements de son temps, de ses rencontres, de ses révoltes, il continue sa quête existentielle et utilise l’écriture comme une bouée de sauvetage pour ne pas couler et sombrer dans la dépression qui le guette. L’épée de Damoclès au-dessus de sa tête l’incite à se questionner sans cesse sur l’utilité de son existence et le pousse à « ne croire en rien ou continuer plus que jamais à tricher ». Poitrenaux partage avec son public, dans une complicité touchante, les doutes et réflexions d’un homme solitaire qui rêve de liberté et de bonheur absolu, enfermé dans une réalité brutale.

« Ébauche d’un portrait » | © Brigitte Enguérand

C’est l’expérience d’une vie, l’expérience du travail d’écriture, l’expérience du théâtre que le spectateur parcourt, se rappelant les faits marquants, les morts bouleversantes, les œuvres incontournables de la fin de ce vingtième siècle.

C’est un spectacle sur la difficulté d’être, émouvant mais certainement pas triste, qui rend un bel hommage à l’homme Jean-Luc Lagarce, et suscite inévitablement l’envie de se plonger dans son œuvre.

François Berreur matérialise ainsi l’idée de son ami de se voir revenir un jour « dans une autre vie après celle-là, où je serai le même, où j’aurai plus de charme » écrit-il dans son journal, « où je serai un homme très libre et très heureux ». La générosité de cette représentation est un pur ravissement.

Lagarce classait les êtres selon trois catégories : les morts, les vivants et les perdus. C’est sûrement cette dernière confrérie qui fait avancer l’homme sur le chemin de la vérité… 

Audrey Chazelle


Ébauche d’un portrait, d’après le Journal de Jean-Luc Lagarce

(Programmation complète sur www.lagarce.net)

Adaptation et mise en scène : François Berreur

Avec : Laurent Poitrenaux

Son et vidéo : David Bichindaritz

Lumière : Bernard Guyollot

Décor : machine à écrire, table et chaise de Jean-Luc Lagarce

Théâtre Le Point du Jour • 7, rue des Aqueducs • 69005 Lyon

Réservations : 04 78 15 01 80

www.lepointdujour.fr

Du 19 au 23 mai 2008, lundi, mercredi et jeudi à 19 h 30 ; mardi et vendredi à 20 h 30

Durée : 1 h 40

20 € | 15 € | 7 €

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Publié par LES TROIS COUPS - dans France-Étranger 1998-2014
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