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23 mai 2008 5 23 /05 /mai /2008 09:29

Henri-Frédéric Blanc, combattant de l’âme


Par Vincent Cambier

Les Trois Coups.com


La « marseillitude », cette avant-garde culturelle méconnue des Parisiens, est présente ce soir-là au Toursky, haut lieu libertaire. Le texte d’Henri-Frédéric Blanc, porté par un Richard Martin pyromane, fait feu de tout bois avec les flammes de la dérision et de la satire. Un incendie jouissif.

Nous sommes dans un hôpital psychiatrique. Plus précisément dans le bureau du directeur. Celui-ci, chef psy, arbore blouse blanche, nœud papillon et chemise roses, chaussures rouges, lunettes rondes… Son bureau semble ordinaire. Mais je sens qu’il y plane quelque bizarrerie. Plutôt satisfait de soi, ce médecin des synapses. À trois mois de la retraite, il déroule devant nous une sorte de bilan de carrière…

Henri-Frédéric Blanc est un langagier au long cours du cœur humain, qu’il replace au seul endroit qui vaille : au centre. C’est un combattant de l’âme et de l’esprit, comme il en reste peu. Don Quichotte marseillais, il lutte contre les moulins de la médiocre mentalité moyenne. Contre la merde accumulée dans nos yeux, nos têtes, nos cœurs crasseux.

Comme tous les grands, il boxe la langue. Avec violence, il balance uppercuts et crochets dans les dents du lexique et de la syntaxe. Jusqu’à leur faire sauter l’émail et cracher leurs chicots de vérité cachée. Il secoue les mots comme un prunier pour en casser la coquille inutile, en extirper le gras et les sommer d’exsuder leur suc poétique jusqu’à la dernière goutte. Jusqu’à la dernière larme. Jusqu’à l’explosion.

« la Révolte des fous » | © @fred

De son côté, Richard Martin est comme un poisson dans l’eau. Il boit les mots de Blanc au goulot tellement il a une soif goulue de poésie féroce, fracassante, farcesque, friponne et anarchiste. La gorge et les lèvres au bord de la jouissance. Il rayonne de plaisir en s’emparant des mots noirs de Blanc et les violonise voluptueusement de sa voix Ripolin. L’auteur ne pouvait trouver meilleur interprète.

Dans l’espace géométrisé par Tatiana Stepantchenko et Richard Psourtseff, les gestes et les déplacements du comédien m’apparaissent comme de folles irruptions charnelles, avec un corps qui a étrillé toute la sueur du travail de répétition.

Blanc et Martin ratiboisent ainsi « un monde désert peuplé de chiffres et d’âmes mortes » et le transforment en une vallée verdoyante où vivent des êtres robustes et rebelles. 

Vincent Cambier


La Révolte des fous, d’Henri-Frédéric Blanc

Création (le texte est édité dans le nº 12 de la Revue des archers)

Mise en scène : Tatiana Stepantchenko

Avec : Richard Martin

Création lumières : Richard Psourtseff

Création musique et univers sonore : Phil Spectrum

Création et régie images : Matthieu Mullot

Théâtre Toursky • 16, promenade Léo-Ferré • 13003 Marseille

Réservations : 0 820 300 033

www.toursky.org

Tarifs : de 3 € à 23 €

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Publié par LES TROIS COUPS - dans France-Étranger 1998-2014
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