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19 mai 2008 1 19 /05 /mai /2008 15:18

Vraiment pas de la balle !


Par Léa Torres

Les Trois Coups.com


Lorsque l’on m’a proposé d’aller voir « On est les champions », je me suis dit que c’était le bon moyen de savoir si cette pièce, ne traitant que du football, était appropriée à tous, amateurs du ballon rond ou non. Bien que partie sans l’ombre d’un « a priori », je suis ressortie bien déçue de ce Théâtre des Ateliers. La faute à mon inculture footballistique ?

Arrivée dans la salle, je suis tout d’abord étonnée de voir l’éclectisme du public : un jeune aux allures d’Iroquois côtoie une femme d’un certain âge en tailleur gris, qui elle-même est assise à côté d’une jeune fille aux vêtements des plus colorés. À croire que même au théâtre, le football a un pouvoir fédérateur des plus importants…

Le coup d’envoi est donné. La salle s’éteint petit à petit et l’ambiance sonore d’un match de foot est de plus en plus forte. La lumière nous dévoile la scène. Quatre rideaux blancs délimitent un carré, dans lequel on peut voir des marches. Une phrase est inscrite sur un muret en bord de scène : « Allons enfants de la patrie ». Le ton de la pièce est donné : le patriotisme sera à l’honneur ; un patriotisme qui tournera au racisme avec la reprise insistante du livre d’Hitler Mein Kampf. Plusieurs extraits seront repris dans la pièce. Le geste de salut militaire mis en place par Adolf Hitler sera également repris par les supporters, tout comme la devise de l’état nazi : « Ein Volk, Ein Reich, Ein Führer ». Peut-être fallait-il y voir un troisième ou huitième degré…

« On est les champions » | © David Anémian

Toujours est-il qu’au début de la pièce, quatre hommes en costume arrivent en trottant sur scène. Ils sautillent et tournent plusieurs fois en rond. Peut-être était-ce un avertissement du genre : « Attention, la pièce, elle-même va tourner en rond ». Très vite, les clichés apparaissent : le journaliste sportif est décrit comme quelqu’un n’ayant que quelques mots de vocabulaire, aux propos creux et n’hésitant pas à s’asseoir sur les autres. Les supporters, eux, sont des personnages bourrus, racistes, homophobes et à la limite de la stupidité. Les femmes, évidemment, sont absentes.

Toute la pièce tourne autour du même match de foot. Certes, à travers différents points de vue, mais cela suffit-il pour tenir la distance d’une représentation ? J’en doute fort puisqu’une fois que l’on a compris que le journaliste est stupide, le supporter raciste et que le commentateur est un puissant somnifère, la pièce est bien creuse. Heureusement, des chants de supporters viennent réveiller le spectateur qui aurait tendance à somnoler. D’ailleurs, Mickaël Pinelli excelle dans l’art de tenir éveillé le public. Quel que soit le personnage joué, il est physiquement présent et se donne à fond. Survolté en entraîneur de l’équipe de France, rappelant un certain Bernard Laporte, doué en danseur étoile en tutu rose, crédible en supporter de foot ne supportant pas la défaite : ce jeune comédien se joue des difficultés pour le plus grand bonheur de la salle.

Les filles trouveront peut-être un avantage à aller voir cette pièce, outre le charme de ces comédiens : elles vont pouvoir découvrir l’univers des pissotières. Bien que, là encore, les clichés sont de mise puisqu’un journaliste recueille les impressions des supporters aux toilettes, tandis que ces derniers comparent la taille de leur sexe. En somme, pas vraiment de quoi motiver une fille à aller voir cette pièce… La mise en scène est plutôt percutante, et aucun détail de la rencontre sportive n’est oublié : des vestiaires à la loge des journalistes, en passant par le canapé du supporter lambda ou les tirades du commentateur barbant. J’entre tellement dans l’ambiance du match que je me prends à espérer avec les supporters qu’il n’y aura pas de prolongation… 

Léa Torres


On est les champions, de Marc Becker

Texte français : Pascal Paul-Harang

Mise en scène : Simon Delétang

Avec : Simon Delétang, Mathieu Lagarrigue, Fabrice Lebert
et Mickaël Pinelli

Assistante à la mise en scène : Marianne Pommier

Scénographie : Daniel Fayet

Lumière : Thomas Chazalon

Son : Nicolas Lespagnol-Rizzi

Costumes : Odrée Chaminade

Théâtre Les Ateliers • 5, rue Petit-David • 69002 Lyon

Réservations : 04 78 37 46 30

Du 14 au 17 mai 2008, mercredi et jeudi à 19 h 30 ; vendredi
et samedi à 20 h 30

20 € | 18 € | 14 €

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Publié par LES TROIS COUPS - dans France-Étranger 1998-2014
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