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16 mai 2008 5 16 /05 /mai /2008 14:16

À en pleurer de bonheur


Par Olivier Pradel

Les Trois Coups.com


« Prenez garde à l’amour qui naît dans la fraîcheur du printemps, tout comme vous le feriez des frimas de l’automne. » Tel est en ce mois de mai le propos malicieux que nous adresse Maupassant, au travers de six contes des années 1880, revisités par Clémentine Célarié.

Adolescente, Clémentine Célarié découvrit Maupassant à Lille, au cours de ce genre de rencontres intimes et sacrées d’où naît une vocation… de comédienne. Avec Prenez garde à l’amour, elle nous offre de partager la même émotion, malgré un jeu qui demande à mieux s’installer, avec quelques hésitations qui rendent le talent plus attachant, à la mesure où elles le révèlent vulnérable. Avec quelle présence ! Et quelle variété dans la palette des personnages que Clémentine incarne !

Le public, subjugué, se fait le témoin complice de ces hommes et de ces femmes qu’elle interprète tour à tour, avec sensibilité, vigueur, sensualité, folie parfois… Tel cet infortuné qui traverse Paris de nuit, enfiévré, fasciné par le ventre de la capitale, ses odeurs, ses lumières, et qui s’abandonne dans le lit de la Seine. Tel ce séducteur ému par le grain d’une peau, le duvet d’une chevelure, alors que s’éveille tout autour de lui le printemps. Tel cet amant – hagard du deuil de son aimée – qui est traîné devant un tribunal pour avoir extrait de sa tombe celle qu’il ne voulait pas abandonner à la putréfaction. Tel ce chasseur troublé par la vie palpitant dans ses victimes. Telle cette marquise et cette comtesse qui ne peuvent vivre sans être aimées, tout en se demandant si elles pourront toujours aimer celui avec lequel elles vivent, se grisant de vin et de confidences sur l’art de ferrer les hommes… Telle cette dame du monde enlevée par un hussard qui lui avait ravi le cœur puis le corps et dont l’amour demeure intact jour après jour.

« Prenez garde à l’amour » | © Emmanuel-Robert Espalieu

Faisant quelque écho au naturalisme cru d’un Zola ou à l’imaginaire terrifiant d’un Poe, Maupassant nous offre une vision de l’homme, de ses amours, de son aspiration au bonheur, teintée de pessimisme et de nihilisme, réduite à la perception de l’instant et fermée à toute transcendance.

Par petites touches, Clémentine nous fait entrer avec fidélité dans l’univers de Maupassant, en manifestant toute la fraîcheur et l’actualité de ses historiettes de la fin du xixe siècle. Alternant jeu et lecture, disposant du décor et de sa toilette, usant de la lumière ou du son d’un transistor ou d’un gramophone, elle offre à chaque conte sa couleur propre, comme une amie vous convierait en son salon et vous y installerait à votre aise pour vous partager – sur le ton de la confidence – les secrets de son cœur. Elle nous invite à un voyage dans le temps, mais plus encore à une expérience sensuelle, à l’école d’un bon vivant, amateur de chasse, cueillant chaque instant, chaque parcelle de vie, à fleur d’épiderme. Elle nous fait entrer dans le désir féminin, dont l’auteur d’Une vie se préoccupait particulièrement, et dans le trouble masculin que ce grand séducteur connaissait bien. Avec une telle entremetteuse, la nuit luisante de nos passions humaines est définitivement plus lumineuse que le grand jour des amours idéalisées. 

Olivier Pradel


Prenez garde à l’amour, contes de Maupassant

Mise en scène : Manuel Durand, Gabor Rassov

Avec : Clémentine Célarié

Costumes : Mélisande de Serres

Lumière : Patrick Clitus

Théâtre de l’Atelier • 1, place Charles-Dullin • 75018 Paris

Réservations : 01 46 06 49 24

www.theatre-atelier.com

À partir du 13 mai 2008 à 21 heures, du mardi au samedi, relâche le dimanche et le lundi

Durée : 1 h 30

34 € | 30 € | 24 € | 15 € | 7 €

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Publié par LES TROIS COUPS - dans France-Étranger 1998-2014
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