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15 mai 2008 4 15 /05 /mai /2008 18:22

Autant un clin d’œil
qu’un coup de pied aux fesses


Par Olivier Pansieri

Les Trois Coups.com


Je n’ai pas honte de le dire, Labiche m’ennuie prodigieusement. Qu’on me le serve à la sauce ceci, ou façon cela, je bâille. Pas ici. Mis en scène par David Friszman au Théâtre Mouffetard, « le Plus Heureux des trois » est un spectacle qui réveille, et réjouit, par son éclatante jeunesse.

Plus que jamais, l’histoire est inénarrable. Il n’y a pas, comme on pourrait le croire, la femme, le mari et l’amant. Mais des femmes, des maris, des amants, des ex-femmes, des ex-amants et ainsi de suite. Une bonne qui croit tout savoir, mais en fait patauge, une nièce enjouée, un oncle neurasthénique, un couple hautement improbable d’Alsaciens, un cocher maître-chanteur… J’en oublie, vous verrez bien. Imprégné des codes du vaudeville, ce Labiche-là frôle constamment la collision surréaliste. Les rires fusent, seuls moyens de défense contre tant d’absurde.

Enfin du second degré qui marche ! Décor éminemment kitsch de Mattéo Porcus, qui signe aussi les costumes et les lumières. Parodique, stylisé, son boudoir d’opérette, bâti à la six-quatre-deux, recèle par-dessus le marché quelques gags que je tairai. Ce salon-archétype est autant un clin d’œil qu’un coup de pied aux fesses à bien des routines vaudevillesques. Pour l’instant, on l’éteint. Quand on le rallume, notre « sainte famille » y pose, en costumes du dimanche, pour l’éternité.

Entrée de la bonne, qui présente ces messieurs-dames, avant d’entonner Comprend qui peut de Boby Lapointe. Stupeur, elle chante extrêmement bien (Emma Darmon, du tonnerre !). Et c’est parti pour deux heures d’un feuilleton loufoque, mené tambour battant par une troupe formidable, à la bonne humeur contagieuse. C’est à peine si nos phénomènes s’accordent, de temps en temps, une pause pour chanter (à peu près tous juste) des morceaux de bravoure parfaitement réglés. Un vrai festin avec, en prime, ces perles qui le relèvent de leur piquante idiotie : « L’Amérique, c’est trop loin, dit-il après m’avoir entraînée dans l’abîme » ou « Je ne lis le français que quand c’est écrit en allemand ».

Redoutable précision d’Aurélie Bargème (Hermance) et de Frédéric d’Élia (Ernest), qui forment un couple hilarant d’amants maudits de roman-photo. Et d’Emma Darmon, encore elle (la bonne), qui joue aussi bien qu’elle chante, ce qui n’est pas peu dire. Coup de chapeau à Delphine Rivière qui, elle, assure un double rôle (Berthe et Lisbeth) avec son toupet tranquille. Et à Arnaud Mandeux (Krampach), qui en fait juste ce qu’il faut dans l’emploi difficile de valet fripon, mari, pseudo-Alsacien de service. Cédric Tuffier (Jobelin) gagnerait à resserrer un peu son rôle de « veuf par alliance » de la regrettée première femme de son meilleur ami. Quant à celui-ci (Marjavel), Salavatore Ingoglia lui dresse, et en fait, un monument de drôlerie ubuesque. Frédéric d’Élia et lui méritent des tonnes d’éloges, tant ils sont à la fois énormes et fins.

Mais toute la troupe est à saluer. Comme tous les grands comiques, ils sont tous d’un sérieux mortel. Leur jeu est d’une telle économie (et sincérité) qu’il arrache à la salle des fous rires, qui bientôt deviennent inextinguibles. D’accord, c’était la première, il y avait donc quelques copains. N’empêche, David Friszman a joliment réussi son coup. Je résisterai au facile : « le plus heureux des trois, c’est le public », en disant que c’est la pièce. Elle ressort de ce joyeux traitement toute pimpante et ragaillardie. Et nous, donc ! Ah, les braves gens que ces cocus-là ! 

Olivier Pansieri


Le Plus Heureux des trois, d’Eugène Labiche

Compagnie La Clé des planches

Mise en scène : David Friszman

Avec : Aurélie Bargème, Emma Darmon, Delphine Rivière, Frédéric d’Élia, Salvatore Ingoglia, Arnaud Maudeux, Cédric Tuffier

Costumes, décors et lumières : Mattéo Porcus

Son : Jean-Christophe Dumoitier

Adaptation musicale : Thomas Verovski

Théâtre Mouffetard • 73, rue Mouffetard • 75005 Paris

Réservations : 01 43 31 11 99

Du 14 mai au 28 juin 2008 à 20 h 30 du mercredi au vendredi, samedi à 17 heures et 21 heures, dimanche à 15 heures, relâche le lundi

Durée : 1 h 50

22 € | 15 € | mercredi pour les moins de 30 ans : 10 €

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Publié par LES TROIS COUPS - dans France-Étranger 1998-2014
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