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13 mai 2008 2 13 /05 /mai /2008 12:26

C’est la flamme amoureuse qui s’allume

 

Isabelle Andréani et Xavier Lemaire nous font redécouvrir non seulement une merveilleuse pièce, mais aussi, avec « la Clef du grenier d’Alfred », lever de rideau charmant, un peu du monde de Musset.

 

Léonie, la servante de Musset, et Édouard, son nouveau cocher, ont perdu les harnais des chevaux du coche. Leurs recherches les mènent jusqu’au grenier de Musset, où ils découvrent ensemble, dans une pochette poussiéreuse, des fragments de pièces inachevées et des textes inédits. Un bout du personnage de l’auteur se révèle alors au public et aux deux serviteurs, passionnés de Musset. Ainsi, Édouard, quand il attend sur son coche, lit les œuvres du maître, et Léonie a le bonheur de vivre dans sa maison. Alors qu’ils font mine de chercher ces satanés harnais, un lien se tisse, et c’est lorsqu’ils décident d’interpréter Il faut qu’une porte soit ouverte ou fermée – pièce dont ils raffolent, qu’ils trouvent par hasard – qu’ils se déclarent indirectement leur amour.


Le Théâtre Essaïon est presque parfait pour ce genre de pièce : il est très petit, dans le sous-sol, et les murs de pierre en voûte confèrent à l’endroit une ambiance de temps ancien, un véritable théâtre secret où le spectateur est voyeur. Le jeu de lumière chaude suggère un toit cassé, où filtreraient des rayons de soleil d’un après-midi d’été. Le décor très recherché et très précis du grenier de Musset profite donc de cette atmosphère et s’en trouve plus saisissant.


« Il faut qu’une porte soit ouverte ou fermée » | © Lot


Tandis que ce lever de rideau – signé Isabelle Andréani –nous semble familier (c’est le monde des serviteurs, des gens ordinaires), l’interprétation de la pièce elle-même de Musset est impeccable. On pourrait croire que ce jeu astucieux de la pièce à l’intérieur d’une autre pièce va établir une distance avec l’œuvre initiale de Musset, voire l’affaiblir. C’est tout le contraire. Quand Léonie devient la marquise, et Édouard le comte, ce ne sont pas deux employés qui jouent une pièce dans un grenier, c’est la flamme amoureuse qui s’allume. Dès les premières minutes, on est transporté ailleurs. On en oublie alors que c’est une pièce à l’intérieur d’une autre : c’est toute la force de la mise en scène.


Brillamment joué par le duo Andréani-Lemaire, Il faut qu’une porte soit ouverte ou fermée est un petit coup de génie de Musset peu connu – et c’est dommage ! Dans l’espace du salon où la marquise reçoit le comte, son ami, tous deux se jettent à la figure leur opinion sur les beaux sentiments. Je dis « se jettent à la figure », car c’est un dialogue brûlant qui constitue cette pièce, entre la fière marquise, qui se moque des mondanités et déteste qu’on lui fasse la cour – la « drague », comme on dit – et le pauvre comte, qui tente tant bien que mal de laisser parler son cœur amoureux sans froisser l’humeur de son amie. Le texte est d’une finesse incroyable, et on a envie de relire Musset à la sortie. Il faut qu’une porte soit ouverte ou fermée est un très beau travail qui mérite un bien plus large public. 


Betty Rose

Les Trois Coups

www.lestroiscoups.com


Il faut qu’une porte soit ouverte ou fermée, d’Alfred de Musset

Compagnie Les Larrons • 34, rue de Torcy • 75018 Paris

01 53 26 05 12

compagnie@leslarrons.com

www.leslarrons.com

Mise en scène : Isabelle Andréani

Avec : Isabelle Andréani et Xavier Lemaire

Création lumière : François-Éric Valentin

Théâtre Essaïon • 6, rue Pierre-au-Lard • 75004 Paris

Réservations : 01 42 78 46 42

reservation@essaion.com

À partir du 26 mars 2008, du mercredi au vendredi à 20 heures, relâche le 4 avril, le 28 mai, le 5 juin et le 4 juillet 2008.

Durée : 1 heure

18 € | 12 €

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Publié par LES TROIS COUPS - dans France-Étranger 1998-2014
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