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5 mai 2008 1 05 /05 /mai /2008 15:18

L’émotion ne nous parvient pas


Par Alexandra Cartet

Les Trois Coups.com


« Un pedigree », c’est Édouard Baer. Le texte de Patrick Modiano disparaît derrière l’acteur. Ce n’est pas l’œuvre qui prime ici, mais aller voir Édouard Baer en chair et en os. Vraie pression pour le comédien : il doit non seulement être à la hauteur de l’impatience de son public, mais également assumer un seul en scène. « Un pedigree » m’a déçue : le comédien s’est-il reposé sur sa notoriété pour assurer le succès du spectacle ? Certainement. Malheureusement, ça ne suffit pas.

C’est avec ce spectacle que j’ai découvert le Théâtre de l’Atelier. Son emplacement dans un quartier bourgeois bohème m’a mise dans une disposition particulière pour apprécier la pièce. Je me suis assise à ma place comme rarement au théâtre : avec l’impression d’être dans un autre temps, au début du vingtième siècle, peut-être. Entrer dans ce lieu original et typique m’a mis dans une bulle, qui m’a, elle-même, mise à distance du spectacle : j’allais forcément apprécier le spectacle puisque le lieu me fascinait.

Ainsi, le Théâtre de l’Atelier cultive l’ancien et le moderne. Les portes, poutres et murs apparents de la scène lui confèrent son côté brut et nu. À elle seule, celle-ci transpire la simplicité, l’humilité et la vérité. Pour Un pedigree, seule une table et une chaise y trônent. J’attendais avec impatience l’entrée en scène du comédien. Qu’allait-il m’offrir ? Serait-ce à la hauteur de mes impressions sur le lieu ?

Quand Édouard Baer surgit, c’est d’abord son image médiatique qui nous saute aux yeux. Élégant, c’est sa présence sur scène qui nous frappe ensuite. La prise de parole de ce comédien aux allures de dandy revêt quelque chose de charmant et de mélancolique. Il est vrai que le texte de Modiano, une biographie romancée, s’y prête.

« Un pedigree » avec Édouard Baer

Je me suis longuement demandé ce que l’acteur jouait. Édouard Baer a le regard dans le vide : suggère-t-il le souvenir ? Ou veut-il signifier qu’il se met à distance du texte et, par là, qu’il se l’approprie pleinement ? Je ne pourrais pas répondre à la place de ce comédien, qui semble même ne pas avoir résolu ces questions.

Les quelques teintes humoristiques du texte ont dissipé, néanmoins, mes interrogations. L’acteur les maîtrise à merveille. Il y cultive le détachement et la simplicité. Ces brefs moments de grâce allègent le propos, traité de manière trop complaisante. Édouard Baer semble pourtant être ému par le texte. Mais l’émotion ne nous parvient malheureusement pas.

Je suis sortie de ce spectacle à la fois déçue et sur ma faim. J’ai entendu le texte de Modiano et je ne peux pas m’empêcher de penser qu’il n’a aucun intérêt dans cette mise en scène. L’acteur se fait plaisir. J’ai vu Édouard Baer débiter un texte, qui le touche sans doute. J’ai subi un spectacle qui ne m’a pas happée une seule seconde. 

Alexandra Cartet


Un pedigree, de Patrick Modiano

Avec : Édouard Baer

Collaboration artistique : Anne Berest

Lumière : Alain Poisson

Théâtre de l’Atelier • 1, place Charles-Dullin • 75018 Paris

Réservations : 01 46 06 49 24

Du 23 avril au 1er juin 2008 à 20 heures, du mercredi 23 avril au dimanche 11 mai à 19 h 30, du vendredi 16 mai au dimanche 1er juin 2008 à 20 heures

Durée : 1 h 10

28 € | 22 € | 15 € | 7 €

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Publié par LES TROIS COUPS - dans France-Étranger 1998-2014
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