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30 avril 2008 3 30 /04 /avril /2008 18:00

Interview de Nicolas Guépin

 

Metteur en scène, professeur de théâtre et comédien dans « Des rêves et déprime »

 

Les Trois Coups : À voir votre spectacle, il semblerait qu’il soit autobiographique…

Nicolas Guépin : En effet, je me suis inspiré de ma vie et de mon expérience pour ce texte. Mais, en réalité, je suis plus positif que mon personnage. Je fais preuve de beaucoup de dérision au sein de ce one-man-show. Ce personnage est un élément de moi, mais très dépressif. Il me permet d’exprimer certaines choses, mais va plus loin que ce que je peux penser.


Comment est née l’envie de faire un one-man-show ?

C’est tout simple. D’un côté, j’avais envie d’écrire, et de l’autre, j’en avais marre des problèmes d’organisation inhérents au travail en groupe.


Durant ce spectacle, vous jouez plusieurs personnages qui semblent n’en former qu’un. Jongler entre ceux-ci n’est pas trop difficile ?

Arf, j’ai fait pire ! En ce moment, je répète pour la pièce de Shakespeare Mesure pour mesure ( au Théâtre de l’Oseraie du 29 mai au 1er juin 2008). Dans cette comédie, je joue seul les treize personnages. Mais, pour en revenir au one-man-show, plusieurs choses m’aident à passer d’un personnage à l’autre, notamment les changements de lumière et de position.


Pour un comédien qui a une formation théâtre, comment se déroule l’expérience du one-man-show ?

Je ne pense pas qu’il y ait de différences entre un humoriste et un comédien. Pour moi, dès que l’on est sur scène, on est comédien. Que l’on soit là pour faire rire ou pleurer le public, on est sur scène, on joue. Mais dans le cadre de ce spectacle, la plus grande des difficultés a été d’être seul. Je ne peux pas m’appuyer sur les autres pour puiser de l’énergie. Alors dans ce one-man-show, j’essaie d’aller chercher celle du public. Et pour répondre complètement à la question, je dois avouer que lorsque tout se passe bien, d’un point de vue égocentrique, c’est très agréable. Le côté plus négatif, c’est lorsque cela se passe mal… Dans tous les cas, l’organisation est simplifiée tant pour les dates de répétitions que de représentations ; tout coûte moins cher et il y a moins d’accessoires. Et dans la catégorie des moins, j’ai moins de chance de me disputer avec les autres.


La mise en scène est assurée par un autre membre de votre compagnie, Stéphan Meynet. Comment avez-vous travaillé ?

J’ai connu Stéphan à la fac, lorsque je passais mon D.E.U.G. de maths. Donc, on se côtoie depuis longtemps et on s’entend très bien. Sur ce spectacle, sa mise en scène a apporté une richesse que le texte n’avait pas. On avait tous deux envie de pouvoir jouer partout, c’est pour cela que le décor est simple [N.D.L.R. : une chaise et deux tapis] et qu’il y a peu d’accessoires. On veut faire travailler l’esprit du spectateur avec peu de choses.


Lorsque vous n’étiez pas d’accord, qui avait le dernier mot, de l’auteur ou du metteur en scène ?

Le metteur en scène. Moi, j’étais bien placé pour dire ce que l’auteur pensait. Mais c’était un apport mutuel. Je pense sincèrement que si j’avais dû faire ce spectacle tout seul, il aurait été beaucoup moins bien.

 

Tout au long du one-man-show, vous cherchez une certaine interaction avec le public. C’était votre idée ?

Non, pas vraiment. Je suis trop timide pour cela. Cette interaction a été voulue par Stéphan. Et même si au début je n’étais pas très à l’aise avec cela, je pense aujourd’hui que c’est un apport intéressant. J’improvise avec le public. Quand il intervient lors du spectacle, je lui réponds. Vu que c’est mon texte, je me le permets. Mais la partie qui nous a demandé le plus de travail, c’est le moment où je fais monter le jeune sur scène. Je ne voulais pas me moquer de lui, c’est trop facile de faire rire le public par ce biais. On ne voulait pas que la personne soit mal à l’aise sur scène non plus, d’autant qu’elle y reste assez longtemps.


Comment s’est passée l’écriture de votre one-man-show ?

J’ai écrit ce texte entre septembre et octobre 2007. Je l’écrivais en parallèle avec la mise en scène. Comme les étudiants, c’est dans l’urgence que je travaille le mieux !


À plusieurs reprises vous critiquez la télévision, vous allez jusqu’à parodier des émissions. Pourquoi un tel mépris envers la petite lucarne ?

Je n’ai plus la télé chez moi depuis des années, mais je n’ai pas l’impression que les émissions changent. L’intérêt intellectuel est toujours aussi pauvre, voire de plus en plus décroissant…


Vous tapez également pas mal sur la politique, notamment sur Nicolas Sarkozy…

La politique me passionne peu. Je ne trouve pas intéressant de venir sur scène pour dire au public : « Moi je pense ça alors vous devez penser pareil ! » Il est trop facile d’imposer son point de vue dans la mise en scène. Moi, ce qui m’intéresse, ce sont les liens entre pouvoir et manipulation, que ce soit au niveau national ou local.

Le théâtre politique est, pour moi, plus intéressant que les pseudos débats télévisés, qui n’ont de débat que le nom. Lorsque les politiciens viennent à la télévision, ils viennent exposer leurs idées, mais n’écoutent pas vraiment l’autre et ne changent pas d’avis. Avec le théâtre, on expose des idées, des situations, et c’est au spectateur de se faire sa propre opinion. Je déteste le côté « moutons » de la société. Même si on est en groupe, chacun peut penser ce qu’il veut.


Propos recueillis par

Léa Torres

Les Trois Coups

www.lestroiscoups.com


Voir la critique du spectacle par Léa Torres pour les Trois Coups

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