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29 avril 2008 2 29 /04 /avril /2008 13:19

Une mascarade pour les snobs


Par Cédric Enjalbert

Les Trois Coups.com


Le Théâtre de la Bastille monte le son, fait péter les décibels et hurler les woofers. Gisèle Vienne mène le bal : elle a invité ses amis les Perchten, a convoqué le pape de la psychanalyse, deux trois arguments intellectuallo-philosophiques un brin fumeux et un métalleux inspiré pour une mascarade bruyante. La bacchanale fait brr, dzim-boum-boum et… bling-bling, sinon toc.

Représenter l’effroyable et la mort. Brr… voilà qui va faire du bruit. Il nous faudra un cercueil d’abord, histoire de bien comprendre de quoi l’on parle, puis un paysage blanc de neige baigné de brume sous une lumière blafarde, un peu de violence et du sang aussi – oh, que c’est inquiétant ! On y mettra des Perchten pour l’exotisme, des grosses bêtes poilues avec des fouets et des grelots qui font gling-gling – ciel, que c’est étrange ! Il nous faudra du sexe aussi, ça c’est pour le fantasme. De la musique forte, très forte – on vous distribue des petites choses bigarrées à l’entrée, ce sont des boules Quiès, pas des berlingots : il serait téméraire de les refuser – et quelques répliques nébuleuses (en anglais non surtitré), aussi. Pour faire profond. Inquiétude plus étrangeté plus fantasme égale « inquiétante étrangeté » sauce freudienne ?

Pas si simple. De fait, si les premiers moments du spectacle évoquent un univers à la croisée de la tradition gothique germanique (les Perchten) et de l’univers fantasmatique de Lynch, si l’on se met à espérer entendre vibrer nos cordes sensibles, on perçoit pourtant vite les grosses ficelles de la mystification aux artifices faciles. Là où la tradition joue sur un inconscient collectif et familier dans lequel on se reconnaît, là où la catharsis est rendue possible par une identification symbolique, là où, par exemple, Lynch au cinéma et Castellucci au théâtre, métaphorisent et introduisent la « différance » d’un récit qui prend la réalité et la reconstruit, la re-présente en somme, Gisèle Vienne, elle, présente simplement. Et avec quelques complaisances, si bien que sa danse macabre tourne à la mascarade, qui ravira les snobs.

Rien de désagréable, cependant, juste un propos un peu vide enveloppé dans une charmante et belle chorégraphie, par ailleurs interprétée par des comédiens convaincus et orchestrée par un guitariste excellent. On peut donc aimer, être séduit, mais ému, commotionné, travaillé, malheureusement non. Bref, c’est assez divertissant, plutôt complaisant et finalement sans conséquence. 

Cédric Enjalbert


Kindertotenlieder

Conception de Gisèle Vienne

Texte et dramaturgie de Dennis Cooper

Musique de K.T.L. (Stephen O’Malley et Peter Rehberg)

Avec : Jonathan Capdevielle, Margrét Sara Gudjónsdóttir, Élie Hay, Guillaume Marie, Anja Röttgerkamp ou Anne Mousselet

Scénographie : Philippe Marioge

Conception robots : Alexandre Vienne

Création poupées : Raphaël Rubbens, Dorothéa Vienne-Pollak, Gisèle Vienne, assistés de Manuel Majastre

Création masque en bois : Max Kössler

Maquillage : Rebecca Flores

Coiffure des poupées : Yury Smirnov

Théâtre de la Bastille • 75, rue de la Roquette • 75011 Paris

Réservations : 01 43 57 42 14

www.theatre-bastille.com

Du 24 au 29 avril 2008 à 21 heures

Durée : 1 h 10

20 € | 13 €

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Publié par LES TROIS COUPS - dans France-Étranger 1998-2014
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