Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog
28 avril 2008 1 28 /04 /avril /2008 22:09

Dégustation perturbée

 

« Des rêves et déprime », un titre de one-man-show prêtant à sourire avant même d’en avoir vu une seconde. Bien que le texte soit de qualité et le jeu du comédien travaillé, l’état du théâtre nuit à la qualité du spectacle.

 

Déroutante. Tel pourrait être l’adjectif décrivant ma soirée au Théâtre de l’Oseraie. Avant même de pousser la porte du théâtre, je pense m’être perdue lorsque je trouve enfin la rue Pierre-Blanc, en plein cœur des pentes de la Croix-Rousse. Une rue étroite, aux murs défraîchis et dénuée de toute vie humaine. Après m’avoir remis mon ticket, on me propose d’attendre dans une salle. Une salle sentant le renfermé, avec deux tables et quatre chaises, où trois personnes patientent déjà. « Au moins, on ne se bousculera pas ! », me dis-je.


Ensuite, on nous fait entrer dans la salle. Elle aussi est défraîchie. Les sièges grincent en s’abaissant, le public discute en s’installant. Tout semble donc aller pour le mieux dans le meilleur des mondes… s’il n’y avait pas cette musique énervante, comme toute musique entêtante. Tous attendent le début du one-man-show quand un portable sonne. Un homme au premier rang se lève pour… décrocher. Il entame une grande discussion. Déroutant une fois de plus… bien que l’on s’attende à la chute : l’accro au téléphone n’est autre que le comédien, Nicolas Guépin. Il finit par monter sur scène.


La pièce met un moment à réellement commencer. Les longueurs s’accumulent et les spectateurs n’accrochent pas vraiment. Peu à peu, la sauce commence à prendre, et le jeu du comédien s’accélère quelque peu. Tour à tour, il va jouer le rôle du metteur en scène et du comédien, du psychologue et du dépressif, du jeune et du vieillard, poussant jusqu’à une grande discussion entre un vieux garçon et ses spermatozoïdes. Le changement de personnage est clair. Le public n’est jamais perdu. Pour veiller à ce qu’il le suive en permanence, Nicolas Guépin va littéralement chercher le spectateur dans la salle. Il le provoque, lui tend son slip ou le questionne. Il va même jusqu’à l’inviter à participer à une toute nouvelle émission : « L’élection du jeune de la soirée ».



On se croirait alors sur la première chaîne privée du P.A.F. Le comédien, descendu de son promontoire, veille évidemment à choisir un homme dont le mot « jeune » n’est pas tout à fait le premier adjectif qui vienne à l’esprit en le voyant. Celui-ci est ensuite invité à monter sur scène pour permettre à Nicolas Guépin d’exposer au mieux les us et coutumes de cette part de la population que l’on appelle les jeunes. Mais la critique de la société ne s’arrête pas là pour Nicolas Guépin.


Agenouillé derrière sa chaise, il imite un autre Nicolas, plus connu celui-ci. Expliquant que le spectateur se doit d’être cultivé, il cumule les références au président de la République : « Il faut apprendre plus pour applaudir plus. » Mais, très vite, il se reprend, se relève et glisse : « Je n’ai pas dû me baisser. Vous aurez remarqué : plus la taille baisse, plus l’ego augmente… » Alors, afin de cultiver son public, Nicolas Guépin se lance dans un magistral cours d’histoire, avec pour thème principal l’histoire du Cid.


Les thèmes s’enchaînent et avec eux, les jeux de mots. Mais malgré la qualité du texte, le public hésite à rire. Enfin, il est vrai que lorsque l’on est douze dans une salle silencieuse, se lâcher n’est pas chose aisée. Douze personnes, autant de spots pour la lumière et moitié moins de morceaux d’étoffe en guise de rideau rouge. Déroutant, une fois de plus. Tout comme cet extrait du one-man-show : « Il faut croquer la vie comme un hamburger, c’est-à-dire sans se demander ce qu’il y a à l’intérieur. » Alors, à la manière d’un hamburger, les bons ingrédients s’empilent dans ce one-man-show, mais le pain du sandwich n’est plus très frais et perturbe la dégustation du plat. 


Léa Torres

Les Trois Coups

www.lestroiscoups.com


Voir l’interview de Nicolas Guépin par Léa Torres pour les Trois Coups


Des rêves et déprime, de Nicolas Guépin

Broutille et Compagnie • Lyon

06 70 79 49 21

contact@broutille.org

www.broutille.org

Mise en scène : Stéphan Meynet

Avec : Nicolas Guépin

Création lumière : Stéphan Meynet

Théâtre de l’Oseraie • 6, rue Pierre-Blanc • 69001 Lyon

Réservations : 06 70 79 49 21

Du 24 avril au 18 mai 2008, du jeudi au samedi à 20 h 30 et le dimanche à 18 h 30

Durée : 1 h 30

10 € | 8 €

Partager cet article

Repost 0
Publié par LES TROIS COUPS - dans France-Étranger 1998-2014
commenter cet article

commentaires

Rechercher