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27 avril 2008 7 27 /04 /avril /2008 18:02

La « Revue des archers » : toutes cordes tendues…

 

Impétueuse, tendre, insolite, la Revue des archers ne se laisse pas si facilement qualifier… Mais n’est-ce pas le propre de son esprit réfractaire à tous les enrégimentements, à toutes les mises en conformité qui ont tôt fait de vider la chair des mots ? Ici, le pari est tout inverse, à rebrousse-poil de bien des façons de faire d’aujourd’hui.

 

Contre les revues, devenues affaire de spécialistes, la Revue des archers refuse de séparer la poésie et la prose, les formes brèves et les textes foisonnants. Elle ne craint pas de mettre à côté l’une de l’autre une pièce de théâtre et des haïkus. Engagée dans le temps, capable de salutaires véhémences, elle accueille volontiers des textes inactuels, des écrits qui éprouvent le retour sur soi. Parce qu’elle ne croit pas que les saintes colères contre les injustices excluent les méditations inquiètes sur la vie. Revendiquant des écritures qui ne maudissent pas la vie, elle croit aux exigences de la littérature, corps à corps avec le langage, désir de donner sens et capacité à prodiguer de l’étonnement. Texticules et grands discours creux, s’abstenir.


Et puis, à l’image de son fondateur, Richard Martin, la Revue des archers ne peut pas se passer du plaisir d’un métissage bien plus vécu que disserté. On trouvera ainsi ces expériences artistiques croisées entre théâtre, dessin, poésie, nouvelles… ; la revue met volontiers en situation de proximité tel texte d’un jeune auteur publiant son premier poème, et tel autre offert par un prix Renaudot ; elle sait accueillir des écrits venus du Japon, d’Argentine, d’Écosse comme de la banlieue de Marseille. Palette ouverte d’une publication, qui nourrit chacune des rencontres dont elle est le creuset comme autant de promesses de surgissement.

 

Beaucoup d’auteurs ont été accueillis par le Conseil de rédaction, beaucoup de textes. Signe de vitalité, après tout… Mais il faudra aussi savoir lire, en amont de cette salve d’écritures variées, des présences rituelles, des permanences, celles du collectif des auteurs Archers qui apportent le jeu de basse continue qu’on éprouve d’un numéro à l’autre. Les feuilletons métaphysiques et les incursions théâtrales d’Henri-Frédéric Blanc, les formes agiles et constellées du poète Dominique Sorrente, les récits doux-amers de Jean-Pierre Cramoisan, les pierres sculptées d’Yves Broussard, les aveux insistants de Viviane Montagnon attestent que les Archers travaillent à donner la meilleure part de leur œuvre personnelle dans l’espace commun.


C’est ainsi d’un numéro à l’autre, depuis bientôt dix ans, que la Revue des archers aiguise ses flèches, joue de ses trajectoires, déplace joyeusement ses cibles. Rappelant, en ces temps qui les dénaturent si souvent, que les mots sont pour chacun d’entre nous cause commune et expérience intime.


Sur le mur en face du théâtre Toursky qui accueille la revue, on peut lire cette apostrophe : « Donner l’alarme avec des cris d’oiseaux ». Cette formule jetée par Léo Ferré, le « père adoptif » de Richard Martin, n’a pas pris une ride pour qualifier l’esprit qui anime les Archers. On ajoutera ce désir d’être de ces veilleurs d’aujourd’hui « qui voient le but à l’infini ». Apprendre l’art d’écrire et de vivre en Archer, n’est-ce pas finalement être celui qui aime « la flèche qui s’élance » autant que « l’arc en sa main assuré » (Djubran Khalil Djubran) ?


Dans une époque où les revues littéraires, une à une, déposent les armes et les feuillets, une telle vigueur se salue.


Dominique Sorrente


Recueilli par

Les Trois Coups

Voir des morceaux choisis de la revue.


Contact : la Revue des archers, publication littéraire semestrielle

Éditions Titanic-Toursky • 16, promenade Léo-Ferré • 13003 Marseille • France

Numéro 14 - mai 2008 - 15 euros

Abonnement 2 numéros - 25 euros

Courriel : revuedesarchers@gmail.com

Prochaine rencontre avec la Revue des archers : le mercredi 14 mai 2008 à 18 h 30, librairie Le Poivre d’âne à La Ciotat

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