ACCUEIL | POURQUOI CE JOURNAL ? | L’ÉQUIPE DES RÉDACTEURS | LE LIVRE D’OR | NOUS ÉCRIRE | NOUS SUR FRANCE CULTURE | NOUS SUR « LE MONDE »
« Au théâtre, il n’y a rien à comprendre, mais tout à sentir. » Louis Jouvet
La guerre sans le nerf
Hervé Devolder, l’auteur de la comédie musicale « Chance », met en scène sa nouvelle comédie portant sur les relations amoureuses. Manque d’efficacité de l’écriture et manque d’efficacité sur scène qualifient malheureusement cette pièce décevante.
Une jeune femme, excédée par les regards lubriques des hommes, décide de se venger sur le prochain dragueur. Elle s’arme de sa jupe la plus sexy et de ses bottes à talons et va chercher sa cible dans un jardin public. La pièce débute à ce moment-là. Un banc, sur lequel un homme lit un journal, pour seul décor ; des lumières qui suggèrent le feuillage du parc. Le décor est planté, agréablement. Débarque effectivement une jeune femme au regard mutin et à la jupe courte. L’homme pose un œil discret sur les parties charnues de la demoiselle. Celle-ci peut alors déclencher les hostilités : « Elles vous plaisent, mes fesses ? »
Le premier round est assez drôle, mais très vite la conversation tourne en rond. On aimerait que la vitesse supérieure soit enclenchée. On ne peut pas compter sur le jeu de la comédienne, qui manque cruellement de nuances. Dans une pièce où tout est basé sur la joute verbale, il est nécessaire que les intentions soient un tant soit peu appuyées. Mais il n’y a ici aucune évolution. Le discours de la jeune femme n’est pas convaincant. Il est juste dit, et en devient aussi fluet que le chant des oiseaux en fond sonore. Où est la femme excédée ? Même quand la jeune fille se met en colère, je ne l’ai pas trouvée… Je n’ai vu qu’une femme qui ne connaît pas l’amour, qui en est malheureuse et qui pense que les hommes sont « tous les mêmes »… La guerre sans le nerf.
Heureusement, la deuxième partie de la pièce est servie par Hervé Devolder, qui a compris son texte. Il renverse étonnamment la situation, et la cinquième vitesse est enfin enclenchée ! Par pour longtemps, car cette fois, c’est l’écriture qui le rattrape. Il ne se passe presque plus rien, et on attend la fin.
Quelle déception ! Je m’attendais à une pièce drôle, percutante, originale. Je souhaitais qu’on fasse la peau à tous ces dragueurs, à ces hommes qui nous empêchent par leurs regards de mettre des décolletés un peu trop seyants. Il y aurait tant de choses à dire, sans pour autant revêtir l’attirail féministe. La pièce est truffée de trouvailles, mais elles restent mal amenées. J’espérais un discours de femme libre d’aujourd’hui, perçu par un homme qui le retranscrirait avec son recul. Je vais devoir attendre encore. ¶
Anne-Laure Fournier
Les Trois Coups
Jupe courte et conséquences, d’Hervé Devolder
Mise en scène : Hervé Devolder
Avec : Stéphanie Caillol, Hervé Devolder
Décor : Lalaô Chang
Musique : Éric Chayand
Théâtre Lucernaire • 53, rue Notre-Dame-des-Champs • 75006 Paris
Réservations : 01 45 44 57 34 ou sur www.lucernaire.fr
À partir du 26 mars 2008, du mardi au samedi à 20 heures, le dimanche à 17 heures
Durée : 1 h 10
« Les Trois Coups », c’est un journal en ligne, bien sûr. Mais c’est aussi une association, qui a besoin d’être soutenue par des adhérents.
Lire la suite.
Derniers commentaires