Jeudi 24 avril 2008 4 24 /04 /Avr /2008 13:39

Performance d’acteur fascinante

 

Premier volet d’une trilogie poursuivie avec les personnages de Thérèse d’Avila et de Sarah Kane, « Charles Gonzalès devient… Camille Claudel » a rencontré un vif succès dès sa création en 2003. Il est aujourd’hui repris avec bonheur sur la petite scène du Théâtre des Mathurins. « Charles Gonzalès devient… », où l’on comprend ce que « travail d’acteur » veut dire.

 

Dans une demi-pénombre, surgit des coulisses un corps qui va s’affaisser au milieu de la scène. Il se relève, renaît, puis, sur une chaise grinçante, s’assoit. Sa voix s’élève, une voix grave, rauque, une voix d’homme. Un halo éclaire son visage. On le reconnaît, c’est Charles Gonzalès, mais la métamorphose a déjà débuté : quelques haillons de femme sur le dos, des cheveux longs ébouriffés, des bandages aux mains et des souliers troués aux pieds. Et la voix de poursuivre avec les mots de Claudel, l’homme, l’écrivain, le frère : « Je ne sais rien et je ne peux rien. Que dire ? Que faire ? À quoi emploierai-je ces mains qui pendent ? ces pieds qui m’emmènent comme les songes ? » Camille, la demoiselle, la sculptrice, la sœur aime ces premiers vers de la Tête d’or. Ils sont sensibles et inquiets, comme elle, la jeune amante brisée par un amour déçu.


C’est d’ailleurs, par ces lettres qu’elle adresse à M. Rodin de son atelier du quai Bourbon, au plus haut de sa période créative, que débute la « mise en voix, en corps et en lumière » de sa vie épistolaire. Viennent ensuite la rupture, le repli, le sentiment de persécution et la solitude, l’asile de Mondevergues, enfin. D’abord signées « Mademoiselle Claudel », puis « Camille », ses lettres deviendront celles de la petite Camomille, fleur fanée, femme fatiguée.


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Claudel Paul, Claudel Camille, Rodin Auguste. Autant de paroles d’artiste portées par une voix profonde, tout en nuances et modulations, en intensité et souffrance. Charles Gonzalès « devient » Camille Claudel. Fascinant, le comédien monte et montre sur scène une métamorphose, un spectacle qui s’exhibe et pose le problème de l’art et de la création, un art transformiste, « où l’adjectif n’a plus de genre ». Car c’est bien là le tour de force et le travail d’acteur : faire oublier l’homme qui joue la femme, sans artifices ni maquillage. Ainsi, en un peu plus d’une heure, Camille Claudel s’incarne dans la voix de Charles Gonzalès, lequel s’empare du corps gêné et fragile de la sculptrice. Charles, Camille, Camomille : une voix en partage, un corps en colocation.


Malgré la petitesse de la scène et la modestie des moyens, le spectacle entretient, grâce à un jeu de lumières en clair-obscur et une atmosphère sonore composée de musiques inquiétantes, de bruits de ville, d’airs populaires et de voix d’archives, une tension constante, qui transforme la vie de Camille Claudel en une vie d’artiste, exceptionnelle et proprement spectaculaire. Une vie instable symbolisée par un décor quasi absent réduit à quelques accessoires : un éventail fatigué, un petit revolver dont la présence envahit tout l’espace, une canne courbe, une chaise bancale, des presque riens, autant d’obstacles. La performance d’acteur est fascinante, le montage exigeant et la mise en scène efficace. Bref, si à nouveau Charles Gonzalès devient…, le public, lui, assurément, revient. 


Cédric Enjalbert

Les Trois Coups

www.lestroiscoups.com


Charles Gonzalès devient… Camille Claudel, d’après les lettres de Camille Claudel

Compagnie Charles-Gonzalès

www.charles-gonzales.com

Conception, réalisation et interprétation : Charles Gonzalès

Création lumières : Mohamed Maaratié

Technique : Joachim Defgnée

Costumes : ateliers de l’Imprimerie

Théâtre des Mathurins • 36, rue des Mathurins • 75008 Paris

Réservations : 01 42 65 90 00

www.threatremm.com

À partir du 22 avril 2008 à 19 heures

Durée : 1 h 15

28 € | 14 € | 10 €

Publié dans : France-Étranger 1998-2011 - PUBLIER UN COMMENTAIRE ? - Voir les 0 commentaires
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