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21 avril 2008 1 21 /04 /avril /2008 11:24

Remarquable

 

C’est un pan d’histoire que l’on nous a livré ce soir. Trois actes déclinant la vie d’une jeunesse allemande, avant la réunification. Un triptyque émouvant et intelligent sur la base d’un texte irrésistible.

 

Première partie : jeunesse, chœur

Il est entré en scène ; il n’est encore qu’un présumé lecteur. Il sera comédien. C’est le metteur en scène, Yves Charreton. Il s’est assis sur le rebord de la scène, manuscrit en main et a regardé le public. Il a commencé à lire le texte, irrésistible. Le spectateur se délecte déjà de cet exercice. Le texte défile à toute vitesse, charriant avec lui les aventures d’adolescents fougueux aux délires érotico-scatologiques. Entrent alors en scène d’autres lecteurs – le chœur –, qui s’échangent un à un le manuscrit. Chaque lecteur, en entrant, dépose sur l’avant de la scène un objet, qui représentera un personnage dans la seconde partie. De lecture en jeu, l’émotion s’installe.


Deuxième partie : un vieux film, le groupe

On tourne un vieux film au ralenti, composé de dix-neuf saynètes, sur l’histoire d’une famille, toujours en R.D.A. Le chœur de cinq lecteurs devient le groupe. On nous présente les personnages portant chacun leur objet : lunettes, chapeaux, minerve, etc. Les réflexions et interrogations fusent : du divorce des parents au premier chagrin d’amour (« comment je vis et pourquoi ? ») ; de la trahison fraternelle à la réconciliation (« suis les autres, ça ne sert à rien de jouer les héros ») ; « tu dois être d’accord avec le monde dans lequel tu vis » ; du rêve de l’Amérique au premier cri (« le paradis se trouve en face, il faut juste en exiger plus »). Le vieux film au ralenti représente l’immobilisme dans lequel est la société sous l’ère communiste. Symboliquement, d’ailleurs, un des personnages pleure sur un globe terrestre à l’endroit de l’U.R.S.S.



Troisième partie : un amour, deux êtres (groupe et chœur ont disparu)

On nous lit ici l’histoire d’un couple qui n’arrive plus à s’aimer et qui, donc, se déchire. Cela se passe après la réunification. Quelque chose est mort dans cette relation. Il et Elle se séparent, se fuient, se suivent, se quittent, se cherchent par la mémoire. Elle : « On nage dans un volcan, mais on ne meurt pas. » Il : « Parce que je bois toute la lave. » On a peur de se perdre, alors on préfère se souvenir, ou peut-être ne plus vivre ? Elle : « Tu dois apprendre à vivre dans l’obscurité. » La narration reprend : « Le monde s’éteint ». Le rideau de fer est tombé, mais la frustration reste : au sortir de la réunification, la société est en quête de repères et tente de se reconstruire. C’est ce que l’on nous dépeint subtilement dans cette histoire d’amour impossible.


Il n’y a pas d’effet de son ni de lumière, ni de costumes de scène, tout est self made  : les comédiens-lecteurs font les arrêts sur image, les ralentis, les transitions, l’annonce des titres. Les ruptures entre les saynètes sont franches : l’effet tragique est ainsi coupé dans son élan pour faire place au comique, ce qui permet aux histoires de conserver leur caractère frais et humoristique.


Ce festival est une réussite. Plus qu’une simple lecture, ce fut le partage d’un texte. Une véritable expérience littéraire. Nous avons découvert ce texte remarquable, mis en valeur par des comédiens doués et polyvalents, et une mise en scène intelligente, dont toutes les nuances et influences – brechtiennes notamment – permettent une vraie réflexion sur le théâtre. On s’est ouvert sur un pan de l’histoire trop peu abordé et sur un auteur qui gagne à être lu chez nous. Je m’en vais d’ailleurs déjà en quête du précieux manuscrit… 


Cendrine Flores

Les Trois Coups

www.lestroiscoups.com


Un temps pour aimer, un temps pour mourir (Zeit zu lieben, Zeit zu sterben), de Fritz Kater

Mise en lecture : Yves Charreton

Avec : Gilles Chabrier, Yves Charreton, Carl Miclet, Nathalie Ortega, Rémi Rauzier

Traduit de l’allemand par Céline Robinet

Théâtre Les Ateliers • 5, rue du Petit-David • 69002 Lyon

Réservations : 04 78 37 46 30

Date unique : jeudi 10 avril à 19 heures

Tarif unique : 6 euros, entrée libre pour les détenteurs du Pass Ateliers

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Publié par LES TROIS COUPS - dans France-Étranger 1998-2014
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