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19 avril 2008 6 19 /04 /avril /2008 11:01

Une incroyable énergie,
qui pulvérise les clichés


Par Estelle Gapp

Les Trois Coups.com


Pour leur troisième création après « Dernier remords avant l’oubli » (dont les initiales forment le nom de la troupe) de Jean-Luc Lagarce, et « Push up » de Roland Schimmelpfennig, le collectif D.R.A.O. transforme le plateau du Théâtre 71 à Malakoff en scène de crime, à mi-chemin entre « les Experts » et « Starsky et Hutch ». De la parodie de séries télévisées au spectacle de la violence ordinaire, ce polar déjanté du jeune auteur italien Fausto Paravidino est une charge explosive contre l’Italie de Berlusconi.

Qui a tué la jeune Lisa Orlando, dont le corps a été retrouvé dans un fossé, à quatre heures du matin ? Arrivé sur les lieux du crime, l’inspecteur Saleti (« comme saleté, mais avec un i ») s’accorde un délai de seize heures pour résoudre l’énigme : « il faudra trouver le nom du coupable pour le journal de vingt heures ».

Sous ses ordres, les jeunes recrues de la police infiltrent le milieu des cocaïnomanes. Avec leurs blousons en cuir et leurs lunettes Ray-Ban, ils jouent à Starsky et Hutch, enchaînant les cascades inutiles, les entrées fracassantes, les interrogatoires fumeux. Malgré leurs bouilles sympathiques de héros de séries télévisées, la mère de la victime ne s’y trompe pas : tous des « fascistes », « dont les convictions ne sont pas les miennes ». Mais l’inspecteur Saleti est un dur au cœur tendre, qui saura se montrer généreux avec les dealers et les prostituées du quartier.

© Michel Dieuzaide

Incarnant les vingt-cinq personnages de l’intrigue, les sept comédiens du collectif D.R.A.O. mènent le jeu avec une incroyable énergie, passant de la performance physique (les courses-poursuites sur le plateau) à une étonnante justesse d’interprétation (les parents de la victime, la vie privée de l’inspecteur). Du burlesque à l’intime, les comédiens assument la complexité de leurs personnages. Dans leur exubérance, les dealers, ces losers magnifiques, disent aussi quelque chose de leur mal-être : « et maintenant le petit pétard du dodo ».

Dans ce polar fêlé, l’émotion trouve sa place grâce à une direction d’acteurs d’une grande précision : malgré le déferlement de musique techno, chaque geste est maîtrisé, jusque dans la façon, par exemple, de tourner une petite cuillère dans une tasse de café. Dans ce traitement cinématographique du moindre détail, on reconnaît le talent de scénariste de Fausto Paravidino. Dans son texte, le jeune auteur introduit un habile décalage entre le récit et le dialogue, qui permet toujours, in extremis, d’insuffler un second degré dans la représentation. Nous ne sommes pas spectateurs d’une parodie de série télévisée, mais témoins de la réalité la plus crue : la spirale infernale de l’argent, de la drogue, et du sexe.

Dans cette descente aux enfers, un silence, soudain, crée le suspense. Le son éraillé d’un vieux 45 tours rappelle d’autres images, comme le souvenir lointain d’un autre film. Tandis que Fausto Paravidino cite Pasolini, on pense à Fellini, ou à De Sica. L’Italie éternelle de Cineccità, contre l’Italie de Berlusconi ? 

Estelle Gapp


Nature morte dans un fossé, de Fausto Paravidino

Mise en scène collective par le collectif D.R.A.O.

Avec : Stéphane Facco, Thomas Matalou, Benoît Mochot, Gilles Nicolas, Sandy Ouvrier, Maïa Sandoz, Fatima Soualhia-Manet

Scénographie et création costumes : Catherine Cosme

Création lumière : Anne Vaglio

Création sonore : Xavier Jacquot

Théâtre 71 • 3, place du 11-Novembre • 92240 Malakoff

Réservations : 01 55 48 91 00

www.theatre71.com

Du 8 au 18 avril 2008, mardi, vendredi et samedi à 20 h 30 ; mercredi et jeudi à 19 h 30 ; dimanche à 16 heures, relâche lundi

Durée : 1 h 55

22 € | 15,30 € | 8,90 €

En tournée :

– le 28 mai 2008 à 21 heures

Espace Prévert • 134, rue Anatole-France • 93600 Aulnay-sous-Bois

Réservations : 01 48 66 49 90

– Avignon Off : du 10 juillet au 2 août 2008 à 20 h 30

Théâtre du Petit-Louvre • 23, rue Saint-Agricol • 84000 Avignon

Réservations : 04 32 76 02 70

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Publié par LES TROIS COUPS - dans France-Étranger 1998-2014
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commentaires

Yohan 04/08/2008 12:13

Spectacle raté à Malkoff mais rattrapé à Avignon, et heureusement que j'ai pu le rattraper ! C'est un spectacle physique, intense, qui m'a beaucoup fait penser aux très bons polars au cinéma, mais avec cette présence sur scène qui fait que les émotions sont ressenties de manière beaucoup plus fortes. Un très grand bravo au collectif pour cette pièce, qui regorge d'ailleurs de nombreuses idées de mise en scène époustouflantes. Un vrai coup de coeur !

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