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18 avril 2008 5 18 /04 /avril /2008 20:05

Le spleen de l’ange

 

« Angel » est une mise en scène originale du festival Moisson d’avril, la biennale internationale des marionnettes de Lyon. Le danseur brésilien Duda Paiva raconte dans une fable pleine de douceur la rencontre d’un clochard et d’un ange dans un cimetière. Bien dans la forme, discutable dans le fond.

 

Le spectateur, en entrant dans la salle, croise un mendiant. Ivre, ce dernier rencontre un ange dans un cimetière et s’évertue à le faire parler anglais. Soudain, le dit ange, prénommé Grégory, prend vie et s’adresse à l’infortuné. Commence alors un dialogue entre la petite créature fragile et le clochard usé par la vie, entrecoupé de passages musicaux, où les deux êtres ne font plus qu’un et virevoltent ensemble dans un cimetière de feuilles mortes.


Impossible de ne pas saluer, avec son imagination débordante et le concept original de son spectacle, la prouesse technique de Duda Paiva, un danseur brésilien installé aux Pays-Bas, qui manie sa marionnette à gaine comme le prolongement de son corps. Les gestes, les mimiques de la marionnette sont si réalistes qu’on croirait presque qu’elle est vivante et qu’il n’y a pas une mais deux personnes sur scène qui se donnent la réplique. Pourtant, Duda Paiva n’a pas choisi la facilité et s’assoit toujours à côté de sa marionnette, ne baissant que légèrement la tête pour dissimuler le mouvement de ses lèvres lorsqu’il la fait parler.


Impossible également de rester insensible au charme de Grégory, un ange attachant, drôle, tendre mais aussi cabotin, capricieux, polisson. Parce que, autant être prévenu, qu’il ait un sexe ou non, cet ange-là est drôlement porté sur la chose ! La marionnette, extrêmement fidèle à l’image que l’on peut se faire d’un ange, vole la vedette au danseur, qui va s’effacer devant sa créature. Les mimiques, la gestuelle sont si réalistes qu’on a l’impression que son visage est animé, qu’il nous sourit vraiment, qu’il a vraiment du chagrin, qu’il a vraiment envie d’un câlin.



Même l’ambiance est réussie. Les lumières éclairent judicieusement la scène, les jeux de fumée rappellent le brouillard au-dessus d’un cimetière. Le décor est minimaliste mais suffisant. Les tas de feuilles, comme autant de tombes, marquent une esthétique épurée, en accord avec le reste du spectacle.


Mais alors, pourquoi diable Duda Paiva a-t-il écrit son spectacle en anglais ? Peut-être parce qu’il ne parle pas bien français ? Peut-être aussi parce qu’il trouvait ça amusant, et ça l’est… à certains moments. Le problème ne réside pas tellement dans la compréhension du vocabulaire puisque n’importe quel anglais scolaire arrive à bout de celui du danseur. Mais le ressenti n’est plus immédiat, l’émotion perd en intensité. On assiste au show d’un bon marionnettiste, mais on ne saisit pas la substantifique moelle de ce qu’il nous dit. Le contenu est-il pour autant creux, facile ou absurde, déguisé derrière un scénario alléchant ? Ou Duda Paiva a-t-il volontairement cherché à nous perdre pour mieux nous questionner ?


Au final, Grégory est-il la chimère d’un clochard complètement soûl, un juge, qui semble tout savoir de son nouvel ami, un compagnon de fortune, un blessé de l’amour comme son manipulateur ou un ange gardien, qui le ramène à son humanité ? 


Julie Olagnol

Les Trois Coups

www.lestroiscoups.com


Angel, de Duda Paiva

Conception : Duda Paiva

Interprétation : Duda Paiva

Théâtre Nouvelle Génération • 23, rue de Bourgogne • 69009 Lyon

Réservations : 04 72 53 15 15

Le 17 avril 2008 à 20 heures

Durée : 50 minutes

25 € | 20 € | 12 €

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Publié par LES TROIS COUPS - dans France-Étranger 1998-2014
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