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17 avril 2008 4 17 /04 /avril /2008 18:46

Calme (presque) plat


Par Olivier Pansieri

Les Trois Coups.com


Niché au pied d’un immeuble neuf, derrière le canal de l’Ourcq, le Théâtre des Deux-Rêves est un théâtre de poche assez mignon, qui accueille jusqu’au 28 mai 2008 « Accalmies passagères », de Xavier Daugreilh. Une version « cheap » mais bon enfant du molière 1997 de la Meilleure Pièce comique par une jeune équipe.

Attente un peu longuette avant de démarrer par une jolie scène de rupture. Ensuite, on s’en ira cahin-caha jusqu’à la fin prévisible, en compagnie de quatre artistes inégaux.

L’histoire tient en trois lignes : Hélène quitte Thierry pour Patrick, qui se réfugie « en copain » chez Marie-Annick, célibataire et meilleure amie de la précédente. Côté filles, l’une veut devenir cinéaste, l’autre est secrétaire ; côté garçons, l’un essaie de percer comme artiste-peintre, l’autre réussit comme chercheur. Prétexte au chassé-croisé amoureux : Thierry (Étienne Giraud) a besoin d’un endroit pour peindre. Le voyant à la rue et n’écoutant que son bon cœur, Marie-Annick (Anne-Laure Fournier) lui propose de venir chez elle, où c’est grand. L’apprenant, Hélène (Aurélie Rolland), qui vit désormais avec Patrick (Boris Soulages), se surprend à en concevoir un inexplicable dépit. Et si elle était encore un petit peu amoureuse ?…

Tout cela vous a, bien sûr, un air de déjà-vu. On compte donc sur la mise en scène pour donner un coup de neuf à ces vieilles lunes. On peut attendre car, mis à part les gags des essuie-glaces dans la voiture, du lit vu en plongée grâce à deux coussins, du réverbère portatif, de la sonnerie de portable qui fait le cri de Tarzan, et de deux ou trois encore que j’oublie, mais qui étaient déjà là à la création, on a plutôt droit au service minimum.

Le texte de Xavier Daugreilh est écrit comme un scénario avec des plans-séquences entrecoupés de scènes ultrabrèves, où quelquefois un personnage dit juste un mot. On doit, en somme, avoir deux spectacles pour le prix d’un : une pièce et un film. C’est d’ailleurs la tendance de pratiquement tout le théâtre d’aujourd’hui. Seulement, pour obtenir cet effet-là, il faut déjà de bons éclairages : avec des traversées, des zones, des « douches »… qu’on est loin d’avoir ici ; ensuite, des déplacements un peu moins convenus (et parfois laborieux) ; enfin de sacrés comédiens, puisqu’ils n’ont pas le temps de se chauffer. Comme dit le casse-pieds-mais-il-a-raison Jean-Laurent Cochet : « On ne doit pas voir le personnage décoller, mais voler ».

Je sais, la pièce est en rodage ; tout le monde a encore un peu le trac. Le texte, je dois dire, n’arrange rien. Non qu’il soit mauvais, au contraire. Il est d’une redoutable précision, qui laisse peu de place au psychologisme, moins encore à l’à-peu-près. Les mots doivent donner l’impression de jaillir des bouches comme autant de lapsus, sitôt réprimés, donc d’autant plus drôles. Ces Accalmies passagères sont celles de la paix qu’on doit d’abord faire en soi, avant de pouvoir la faire avec les autres. C’est du moins ce que je retiens de cette pièce bien ficelée.

Autre bonne idée de l’auteur, celle de prendre le public à témoin d’une histoire censée s’écrire devant nous. À cet exercice difficile, seuls Anne-Laure Fournier (Marie-Annick), plus vraie que nature en fausse nunuche qui ne s’aime pas, et Étienne Giraud (Thierry), hilarant en punching-ball flegmatique, sont à leur aise. Leurs partenaires, hélas, semblent jouer dans une autre pièce, une « normale », qu’ils surjouent, crispés.

Restent quelques moments de grâce : ceux où Marie-Annick et Thierry (encore eux !) se disent sans le savoir eux-mêmes qu’ils s’aiment, d’abord sur le mode comique, puis touchant avec la (trop courte) scène du tableau. Comme on dit, ils « ramassent tout ». À voir donc pour eux ; sinon avec des potes de bonne humeur. L’honnêteté me pousse à dire qu’il y en avait l’autre soir et qu’ils étaient « é-crou-lés ». 

Olivier Pansieri


Accalmies passagères, de Xavier Daugreilh

La Petite Compagnie • 10, rue Victor-Schoelcher • 94000 Créteil

Mise en scène : Roland Marchisio

Avec : Anne-Laure Fournier, Aurélie Rolland, Étienne Giraud, Boris Soulages

Théâtre des Deux-Rêves • 5, passage de Thionville • 75019 Paris

www.theatre-deux-reves.over-blog.com

Métro Laumière ou Crimée

Réservations : 01 48 03 49 92

Du 8 avril au 28 mai 2008, tous les mardi et mercredi à 19 h 30

Durée : 1 h 20

16 € | 10 €

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Publié par LES TROIS COUPS - dans France-Étranger 1998-2014
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