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13 avril 2008 7 13 /04 /avril /2008 12:44

Grande élégance
de la mise en scène


Par Cédric Enjalbert

Les Trois Coups.com


Pour son quatrième spectacle depuis la constitution, en 2003, du Groupe de créations théâtrales, Habib Naghmouchin monte en sa petite Boutonnière du XIe arrondissement « Road to Mecca », une pièce du dramaturge sud-africain Athol Fugard, auteur, entre autres, de « Sizwe Banzi est mort ». Le spectacle est à l’image du lieu, intime, délicat et soigné.

Miss Helen (Geneviève Mnich), une vieille femme devenue sculptrice à la mort de son mari – le personnage est inspiré d’Helen Martins, artiste sud-africaine pionnière de l’art brut – a fait de son jardin perdu au fond du bush, un jardin de sculpture, sa Mecque. Elle l’a fait en toute liberté. Liberté. Un mot qui fait peur à des Afrikaners « policés » dans un pays sous apartheid, si bien qu’on cherche, en la personne du pasteur Marius (Éric Prigent), à évincer la vieille dame de la communauté en la plaçant dans une maison de retrait que l’on dit de retraite. Accablée par la vieillesse, agitée par une âme ténébreuse, inquiétée aussi par ses voisins, elle envoie une lettre désespérée à sa jeune amie Elsa (Cécile Lehn), qui la rejoint aussitôt. Au cours du dialogue, à mesure que la soirée avance et la lumière décline, un autre feu, celui de l’amitié, viendra les éclairer. Une question persiste cependant : Miss Helen aura-t-elle suffisamment confiance en elle pour défendre son autonomie et sa liberté créatrice en rejetant la proposition du pasteur signant sa relégation à l’hospice ?

La mise en scène, la scénographie et les lumières sont à l’unisson : subtiles et précises. L’espace se divise ainsi entre un salon et une cuisine baignés par un clair-obscur habilement entretenu. Des éclats, par moments, viennent souligner certaines scènes. Ainsi, lorsque Miss Helen et Elsa prennent le thé, une multitude de détails disposés avec intelligence dans l’éclat du soleil couchant évoquent immédiatement un lieu, un temps, une atmosphère : le bush des Afrikaners au temps de l’apartheid. Il y a cette théière, ces tasses délicates aux motifs floraux vraiment trop anglais et ces biscuits « Marie » incongrus dans ce salon plutôt rudimentaire, mais aussi cette lumière chaude et voilée d’Afrique du Sud, qui perce à travers les volets clos.

À la grande élégance de la mise en scène répond une interprétation tout en nuances. Helen déborde d’émotion, Elsa de détermination, le pasteur de compassion. Mais tous trois louvoient avec finesse entre les sentiments humains, abordent sans didactisme ni caricature chacune des facettes de leur personnage. Cette vague d’humanité déferle sur les spectateurs assis tout au bord d’une scène, comme à la lisière du salon de Miss Helen, de ce monde auquel on fait un peu partie pendant une heure et demie. Intelligemment traduit par Séverine Magois et Vincent Simon, Athol Fugard compose avec Road to Mecca un bel éloge de la singularité, de la résistance, de la fidélité à soi et du droit à la différence, que la mise en scène d’Habib Naghmouchin et l’interprétation des comédiens portent haut. 

Cédric Enjalbert


Road to Mecca, d’Athol Fugard

Traduction de Séverine Magois et Vincent Simon

Compagnie Le Groupe de créations théâtrales • Théâtre La Boutonnière

Mise en scène : Habib Naghmouchin

Assistant à la mise en scène : Cédric Mérillon

Avec : Geneviève Mnich, Cécile Lehn, Éric Prigent

Scénographie : Philippe Marioge

Lumières : Christian Pinaud

Costumes : Marie-Christine Franc

Décors : Jean-Paul Dewynter

Théâtre La Boutonnière • 25, rue Popincourt • 75011 Paris

Réservations : 01 48 05 97 23

http:/la.boutonniere.fr

Du 8 avril au 24 mai 2008 à 20 h 30, relâche les dimanche et lundi, relâche exceptionnelle le jeudi 1er mai

Durée : 1 h 30

18 € | 13 € | 10 €

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Publié par LES TROIS COUPS - dans France-Étranger 1998-2014
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