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10 avril 2008 4 10 /04 /avril /2008 23:39

Une mise en scène inventive
et intelligente


Par Élise Ternat

Les Trois Coups.com


Lieu dédié à l’expérimentation théâtrale, le théâtre de l’Élysée a choisi, avec « Tes doigts sur mes yeux », d’entraîner les spectateurs dans l’univers percutant du jeune metteur en scène Antoine Herniotte. Objet artistique intelligent et inventif, cette pièce laisse pourtant parfois quelque peu démuni.

À mesure que les lumières s’éteignent, « life is an entertainment » se répète tel un refrain. Puis arrive une figure féminine, Lilu. Comme enfermée dans un espace mental, elle nous invite à partager avec elle, pendant près d’une heure et demie, ses obsessions et fantômes du passé, mais également son angoisse d’un avenir cloisonné. Lilu, personnage qui ne cessera de se battre contre son impossible moitié, tout à la fois mentale, amoureuse, désirée, puis repoussée… Très vite, on est happé par cette voix qui n’en finit pas de parler, d’exprimer le mal-être. Cette glose pervertit un mot en un autre. Le langage est volcanique, il se fait flot sans fin, sans respiration.

La mise en scène est intelligente et pertinente, en écho avec le climat mental de la jeune femme. Les décors permettent le glissement d’un espace à un autre, s’ouvrent et se ferment à mesure que la pièce avance. Les parois de papier et de Scotch laissent place à des panneaux de Cellophane transparente. Espaces et parois toujours là pour être travaillés, déchirés ou découpés. De même le dispositif d’éclairage laisse apparaître ou disparaître les personnages permettant de les mettre en lumière ou de leur donner les traits de spectres. Les sonorités participent aussi à cette ambiance, tantôt accompagnements bruitistes, tantôt véritables morceaux de musique, parmi lesquels un morceau de T.T.C.

Quant à l’interprétation, elle consiste en un difficile exercice de diction relevé ici avec talent. Marées de mots déchargées dans un étouffement. Les mots glissent les uns sur les autres, se transforment, donnant lieu à d’inlassables jeux de langage. Mais ce qui domine, c’est la colère d’un désespoir, la rapidité du débit, qui ne laisse plus de place à la respiration. Seules les sonorités de musique électroniques semblent pouvoir ponctuer, accompagner le discours. L’interprétation délibérément très personnelle de Lisa Sans ne cesse de rappeler le jeu et les textes tout aussi révoltés de Nadège Prugnard. Cette voix semble provenir des profondeurs du corps, comme pour mieux le déformer.

On est également amusé par la remarquable prestation des comédiens lors d’un anniversaire absurde, véritables automates qui pourraient rappeler les traits d’un univers lynchéen (l’épisode de la sitcom avec les lapins dans Inland Empire).

Le parti pris d’Antoine Herniotte est celui de laisser le spectateur interpréter, s’approprier cet objet artistique, sur lequel le jeune metteur en scène a parfois du mal à mettre des mots. Cette liberté assumée dans l’interprétation que l’on peut en faire est, certes, une des forces de cette mise en scène, inventive et intelligente. Mais c’est aussi, là, ce qui tend à perdre le spectateur. En effet, l’appropriation de la pièce ne suffit pas toujours à rendre la narration lisible. À travers le propos de la pièce, cette fameuse tentative de fuite en avant, Antoine Herniotte nous délivre les premières facettes d’un talent certain et en devenir. À suivre… 

Élise Ternat


Tes doigts sur mes yeux, d’Antoine Herniotte

Coproduction O-xyd et Le Menteur volontaire

Contact : cieoxyd@gmail.com

Texte et mise en scène : Antoine Herniotte

Avec : Lisa Sans, Geoffroy Pouchot-Rouge-Blanc, Morgane Arbez, Grégoire Blanchon, Steven Fafournoux, Quentin Gibelin

Création lumières : Pyer

Création costumes : Simon Mandin

L’Élysée • 14, rue Basse-Combalot • 69007 Lyon

Réservations : 04 78 58 88 25

www.lelysee.com

Du 3 et du 8 au 12 avril 2008 à 19 h 30

Durée : environ 1 h 30

12 € | 10 € 

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Publié par LES TROIS COUPS - dans France-Étranger 1998-2014
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