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10 avril 2008 4 10 /04 /avril /2008 14:47

Un projet trop ambitieux


Par Cédric Enjalbert

Les Trois Coups.com


Espace de découverte à la programmation éclectique, l’espace Kiron accueillait ce lundi 7 avril 2008 un spectacle… éclectique : « le Mariage forcé » de Molière et Lully. Une comédie-ballet que Bérénice de Buyger a retrouvée et « recomposée » avant de la soumettre à une troupe de comédiens, musiciens et danseurs, Les Divertissement réunis. Le projet est ambitieux… trop sans doute.

Sganarelle, un vieux barbon de cinquante-trois ans, s’entiche de la jeune Dorimène. Son ami Géronimo, lucide, le dissuade de convoler. En vain. Les noces auront lieu le soir même. L’exposition, classique, porte en elle les ferments de la comédie : le vieux Sganarelle, vénal, concupiscent, sera dupé et raillé, victime de sa naïveté. C’est prévisible et pourtant, dès la fin de la scène d’exposition, la comédie dérape et prend la cadence d’un joyeux ballet baroque qui mêle en un acte démons, sorcière, philosophes et bohémiennes, le bouffon et le grotesque, le familier et le fantastique. Sganarelle finira marié à Dorimène, intéressée et frivole, forcé à la pointe de l’épée de choisir entre les noces et la vie.

La pièce est courte et truculente, donne dans l’excès et prend le mélange des genres pour esthétique. Tout de ses personnages comme de son intrigue évoque l’héritage de la commedia dell’arte, où la satire le dispute à la farce bouffonne. Le rythme devrait être infernal… mais l’interprétation manque de cette folie baroque inscrite qui anime la pièce. La faute à des comédiens pas toujours convaincants (le Sganarelle est vraiment trop jeune pour être crédible), mais aussi et surtout à un parti pris de mise en scène : rendre l’œuvre de Molière plus lisible en adoptant une « diction naturelle et moderne ».

C’est malheureux pour au moins trois raisons. Sous couvert de meilleure lisibilité, c’est en fait une vulgarisation contestable que l’on engage : pourquoi Molière devrait-il être rendu plus compréhensible qu’il ne l’est déjà ? De plus, cette diction « naturelle » contredit l’artificialité du jeu farcesque extrêmement rythmé de la commedia dell’arte et semble donc contradictoire avec le ton même de la pièce. Enfin, et de façon plus globale, la diction « naturelle » semble contraire à la diction de théâtre qui, paradoxe du comédien, est à mi-chemin du naturel et de l’artificiel.

C’est dommage car, ce parti pris mis à part, la scénographie (un décor sobre, en couleur neutre, évoque une place de village, version moderne de l’agora), les lumières et les chorégraphies sont simples mais bien pensées. L’alternance des chants, des danses, des intermèdes musicaux et des moments de jeu est orchestrée avec intelligence. L’on regrettera la petitesse de la scène, qui empêche l’épanouissement complet du jeu : les combats, les danses et les pirouettes sont contraintes, comme gênées, étriquées.

Un dernier regret, le choix de costumes d’époque. Plaisant s’il s’accompagne des moyens nécessaires à une « riche » confection qui les rend crédibles, ce choix devient vite ridicule s’il tourne au déguisement. On s’interroge en outre sur la cohérence de ce choix avec l’option prise quant à la « naturalisation » de la diction. À diction naturelle aurait pu répondre costumes « banalisés ».

Le travail de recherche génétique sur le texte et les partitions, le soin porté au montage et le souci d’authenticité sont manifestes. Mais cet ambitieux projet semble malheureusement n’avoir pas les moyens de sa politique. Il reste néanmoins que le spectacle donne envie de découvrir ce genre oublié de la comédie-ballet. La jeune troupe (créée en 2005) prévoit d’ailleurs de poursuivre son exploration du genre en montant prochainement l’Impromptu de Versailles et le Sicilien ou l’Amour peintre

Cédric Enjalbert


Le Mariage forcé, de Molière et Lully

Compagnie Les Divertissements réunis • 4, rue de la Saida • 75015 Paris

Mise en scène : Bérénice de Büyger

Avec : Alexandre Tobaty, Jérôme Godgrand, Lucien Pagnon, Cyrille Andrieu-Lacu, Charlotte Blanchard, Noélie Amaury, Vanessa Éverley, Soraya Archimbaud, Maiko Vuillod, Bérénice de Büyger

Musiciens : Lucien Pagnon et Charlotte Klingerberg-Rosas, Claire Paruitte, Jacques Frantz, Pierre Chepelov, Dominique Lacomblez

Chorégraphies : Vanessa Éverley, Soraya Archimbaud

Scénographie : Émilie Prins

Lumière : Thomas Dumont

Espace Kiron • 10, rue de la Vacquerie • 75011 Paris

Réservations : 01 44 64 11 50

Le 7 avril 2008 à 20 h 30

Durée : 1 h 20 environ

15 € | 12 €

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Publié par LES TROIS COUPS - dans France-Étranger 1998-2014
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