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9 avril 2008 3 09 /04 /avril /2008 15:28

Situations poétiques, visuellement magnifiques

 

« L’hiver, quatre chiens mordent mes pieds et mes mains », drôle de titre pour une pièce de théâtre. Un titre destiné aux enfants, tout comme cette pièce, nommée aux Molières 2008 et fort recommandée aux grands enfants.

 

Quand des couettes posées sur le sol symbolisent la neige, quand des feuilles froissées accrochées à une branche de bois par des pinces à linge symbolisent le printemps et lorsqu’il suffit d’être deux et de fermer les yeux pour faire des enfants, alors vous entrez dans l’univers de Philippe Dorin et Sylviane Fortuny !


Les deux compères, créateurs de la compagnie Pour ainsi dire, reviennent avec leur cinquième spectacle. Un spectacle à destination des enfants et des plus grands. Je veux dire les grands qui ont su garder leur âme d’enfant. Sans cela, ils ressortent du théâtre décontenancés ou énervés de n’avoir pu comprendre la beauté de la pièce. Ils reprochent même des longueurs à la mise en scène. Les enfants, eux, ne regardent pas leur montre. Les enfants, eux, ouvrent grand leurs yeux, admirent, rient à gorge déployée et posent beaucoup de questions : ce qui, souvent, agace les adultes… Mais des questions d’enfants s’interrogeant sur une situation cocasse ou une expression encore inconnue ne sont-elles pas préférables à une personne faisant craquer ses chips au fromage au creux de votre oreille, partageant alors le bruit et l’odeur de son apéritif avec vous ?


© Camille Sultan

 

L’homme et la femme ne disposent de rien sur scène, mais « font les gestes ». Ils ne semblent même pas posséder de noms puisque ces derniers ne sont jamais évoqués. Certainement une manière d’inviter le spectateur à s’identifier aux personnages. Mais, dans l’univers de Philippe Dorin, il n’est pas utile de posséder quoi que ce soit pour créer des situations poétiques, visuellement magnifiques. Voici, par exemple, la femme (Elena Taraimovitch) accrochant des vêtements imaginaires à un fil de lumière ou froissant quelques feuilles de papier pour les accrocher à des branches et faire venir ainsi le printemps. La mise en scène, très épurée, permet donc la création de très belles images, de celles qui restent longtemps gravées dans la rétine.


Le jeu de lumières, recherché, met en exergue l’éclat des changements de saison. Quatre saisons se succèdent ainsi, entraînant dans leur sillage les déplacements des personnages sur scène. Ces quatre tableaux embarquent le spectateur dans la vie mouvementée de cette étrange famille du cirque. Le père, chanteur, interprète une chanson de Johnny Cash dès que l’inattention des autres le lui permet. Secrètement, il rêve de partir à la ville à la recherche « d’un seul jour d’été qui serait comme une pièce d’or glissée au fond de [sa] poche ». La mère, gymnaste, danse avec des cerceaux virevoltant le long de son corps. Quant aux enfants, leur performance réside dans leur âge : à eux deux, ils doivent tout juste atteindre la vingtaine.


Dans cette pièce, les arts se croisent, s’entrecroisent pour mieux briller. La chanson se mêle donc au cirque, qui lui-même se mêle au mime, le tout formant une pièce de théâtre écrite avec soin, gorgée de jeux de mots. 


Léa Torres

Les Trois Coups

www.lestroiscoups.com


L’hiver, quatre chiens mordent mes pieds et mes mains, de Philippe Dorin

Compagnie Pour ainsi dire • Paris

Mise en scène : Sylviane Fortuny

Avec : Mireille Franchino, Elena Taraimovitch, Jean-Louis Fayollet et les enfants en alternance : Anouk Buron et Arnaud Perrault de Jotemps, Alice Guindon et Hugo Mathieu-Gotti, Anna Hornung et Marius Uhl, Nina Palomba et Roméo Bigué

Costumes : Sabine Siegwalt

Lumières : Violaine Burgard

Recherche et conception scénographique : Violaine Burgard, Sylviane Fortuny, Sabine Siegwalt

Théâtre Nouvelle Génération (T.N.G.) • 23, rue de Bourgogne • C.P. 518 • 69257 Lyon cedex 09

Réservations : 04 72 53 15 15

Du 3 au 6 avril 2008, samedi à 20 heures et dimanche à 16 heures

Durée : 1 heure

16 € | 13 € | 12 €

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Publié par LES TROIS COUPS - dans France-Étranger 1998-2014
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commentaires

Mlle F. 12/04/2008 17:48

je dois avoir perdu mon âme d'enfant alors : de belles idées, de beaux tableaux en effet, mais ça ne s'articule pas bien et celà donne des longueurs irritantes en effet.

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