Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog
7 avril 2008 1 07 /04 /avril /2008 23:19

Nouvelle cuisine


Par Éric Demey

Les Trois Coups.com


Hubert Colas présente à la suite « Sans faim » et « Sans faim 2 » – comme au cinéma –, que l’auteur a lui-même scénographié et mis en scène. L’entracte a clairsemé la Colline, et la salle au bout du compte est restée mitigée. Le résultat d’un travail intéressant qui ne paie qu’à moitié.

On retrouve dans ce spectacle beaucoup des thématiques d’un théâtre en prise avec le contemporain. Entre réalité et fiction audiovisuelle, violence et bonheur à tout prix, notre société vacille comme la maison des Palmer. Bob, alias Robert, et Isabelle se sont aménagé un pavillon de façade. Chez eux, tout est bien, tout est beau, du jardin aux enfants. C’est le foyer idéal dont ils nous font la réclame. Pour que le vernis craque et que la situation bascule, il suffira de deux jumeaux faux, à l’air aussi inoffensif qu’ils deviendront cruels.

Au départ, tous se tiennent dans un bocal. Comme une vitrine de magasin. Encapuchonnés, ils se meuvent très lentement, mécaniquement, sur des musiques à la fois inquiétantes et niaiseuses. C’est les Galeries Lafayette, un soir d’avent, avec l’effet visuel urbain : en même temps que la salle se mire dans la vitre, elle regarde à travers. Qui va-t-on voir au théâtre ?

Puis les personnages se découvrent. Et l’univers d’une famille à la fois de France et d’Amérique, à la fois d’hier et d’aujourd’hui. Dans leur vie et dans leur maison, tout est en bois, tout est en toc – mobilier prêt à monter – ; les voix et les destinées paraissent comme étouffées. On ne se pose pas de questions et on ne veut pas y répondre. Puis les deux jumeaux font leur travail, et la violence émerge, façon Orange mécanique, C’est arrivé près de chez vous.

L’interprétation est excellente. La scénographie plastiquement belle, inventive, riche et signifiante. Auteur, scénographe, metteur en scène et directeur d’acteurs, Hubert Colas cumule et donne à voir une palette de talents complémentaires. Ses comédiens doués du corps et de l’esprit rendent avec brio les intentions qu’ils doivent porter.

En plus des thématiques, on retrouve cependant les tics d’un théâtre en prise avec le contemporain. Une distance ironique dans le jeu, des effets de répétition dans les dialogues, une dramaturgie fragmentée, déroutante, un certain goût pour l’absurde, l’emploi de la vidéo, d’un comédien avec un accent étranger… la liste est longue et subjective. Un inventaire à la Prévert. En soi, il n’y a là-dedans rien à jeter.

Mais l’ironie est agaçante. On la soupçonne de masquer des manques. Les effets de répétition deviennent par trop systématiques. La dramaturgie nous perd, et le propos se dilue. Si certains passages valent le déplacement à eux seuls, parfois le texte patine, complaisamment – second degré oblige – ou s’égare en digressions dont on a du mal à cerner l’intérêt. Pause.

Sans faim 2 remet le couvert. Avec les mêmes défauts et les mêmes qualités. Plus de rythme, plus de rire, et une réflexion qui s’égare. Deux enfants avortés débarquent et un troisième jumeau pas vraiment mexicain. Les effets spéculaires se multiplient pour signifier l’éternel retour. Jeux de miroirs, de reflets, c’est du pareil au même. Il y a ce qu’on croit être, ce qu’on voudrait représenter, l’instinct qu’on voudrait ensevelir et qui revient quand même à la surface. Méfiez-vous des apparences. Le spectacle est agréable et ne sent pas le réchauffé. Un et deux. Comme en nouvelle cuisine, se dit-on, Hubert Colas soigne la présentation, certes, mais y a-t-il vraiment de quoi manger ? 

Éric Demey


Sans faim et Sans faim 2

Texte, mise en scène et scénographie : Hubert Colas

Diphtong Cie

Avec : Claire Delaporte, Vincent Dupont, Nicolas Guimbard, Édith Mérieau, Isabelle Mouchard, Thierry Raynaud, Frédéric Schulz-Richard, Cyril Texier, Manuel Vallade, Augustin Vasquez, Patrick Floershein (voix off)

Lumières : Encaustic, Pascale Bongiovanni, Hubert Colas

Vidéo : Patrick Laffont

Univers sonore : Zidane Boussouf

Costumes : Cidalia Da Costa, Gwendoline Bouget

Maquillage, coiffure : Nathalie Regior

Régie générale : Nicolas Marie

Assistant mise en scène : Geoffrey Copini

Assistant scénographie : Arié Van Egmond

Accessoiriste, régie plateau : Thomas Bernad

Construction décors : Olivier Achez, Thomas Bernad, Virginie Fenouillet

Theâtre de la Colline • 15, rue Malte-Brun • 75020 Paris

Jusqu’au 19 avril 2008

27 € | 12 €

Partager cet article

Repost 0
Publié par LES TROIS COUPS - dans France-Étranger 1998-2014
commenter cet article

commentaires

Rechercher