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5 avril 2008 6 05 /04 /avril /2008 18:11

Les spectateurs ne cessent
de rire


Par Léa Torres

Les Trois Coups.com


« Fin de partie » pour Marie-Françoise Audollent. Alors qu’elle était à l’affiche de cette pièce de Beckett au théâtre lyonnais de la Croix-Rousse, elle a chuté mortellement dans son hôtel. Malgré ce drame, les comédiens ont pris le chemin du théâtre en compagnie d’Annie Perret. Et ils ont bien fait !

Lorsque j’apprends le décès de Marie-Françoise Audollent ce 1er avril 2008, je ne réalise pas tout de suite. Je pense tout d’abord à un énième poisson d’avril. Je me rends au Théâtre de la Croix-Rousse, où elle y jouait ces derniers jours, où j’aurais dû l’applaudir, quelque peu décontenancée. Moult questions se bousculent dans ma petite tête : « Les comédiens vont-ils réussir à donner le meilleur d’eux-mêmes malgré l’absence de Marie-Françoise ? La comédienne (Annie Perret) qui la remplace sera-t-elle à la hauteur ? Le public saura-t-il être clément avec eux ? ». Mes tergiversations muettes s’arrêtent d’elles-mêmes lorsque les lumières s’éteignent.

Au cas où le spectateur est venu au Théâtre de la Croix-Rousse sans même savoir ce qu’il allait voir, la couverture du livre de Beckett apparaît sur un écran. Merci pour cette précision, on ne sait jamais. Après la couverture, c’est la première page du roman que l’on peut lire. On prend alors conscience des nombreuses didascalies qui font le charme et la renommée de Beckett. Fidèle à celles-ci, Bernard Lévy s’est efforcé de recréer l’univers voulu par Beckett. La pièce, sombre, dénuée de meubles, est délimitée par une mince structure métallique. Les deux fenêtres haut perchées, l’une donnant sur la mer et l’autre sur la terre, sont évidemment représentées. Les deux poubelles, où sont recroquevillés les parents de Hamm, sont côte à côte, sur le devant de la scène ; le fauteuil de l’aveugle Hamm est au centre de l’espace. Même si le décor est restreint, sa beauté plastique n’en est que plus belle. Toutes les volontés de Beckett semblent être respectées.

« Fin de partie » | © Philippe Delacroix

Mais, très vite, j’en oublie de scruter le décor pour me laisser porter par le jeu des comédiens. Ma crainte de voir ceux-ci affaiblis par la perte de leur acolyte disparaît bien vite. Ils ont décidé de jouer ce soir et comptent bien le montrer ! Malgré les silences fréquents, inhérents aux pièces de Beckett, et les nombreuses répétitions, je ne décroche pas (trop) de leur jeu. Et lorsque cela arrive quand même, Annie Perret et Georges Ser, alias Neil et Nagg, me remettent bien vite sur le droit chemin. Leurs mimiques et leurs jeux sont justes, tout comme leur manière de déclamer leurs répliques, dont la célèbre : « Rien n’est plus drôle que le malheur […] c’est la chose la plus comique au monde ». Au passage, Neil est d’ailleurs le seul personnage qui meurt sur scène : une prémonition pour Anne-Françoise Audollent ?

Chaque personnage de cette pièce présente un handicap. Hamm ne peut pas être debout, Clov ne peut pas s’asseoir, « chacun sa spécialité ». Quant aux parents de Hamm, ils n’ont plus de jambes suite à un accident de tandem. Les handicaps sont physiques, mais en aucun cas verbaux. La beauté des répliques de Beckett n’en ressort donc que davantage. À cet égard, en gardant tout leur éclat, les dialogues sont de moins en moins présents, laissant une part toujours plus grande au silence et, du coup, au jeu des comédiens.

Les quatre compères vivent donc une journée « qui suit son cours ». Une journée qui semble être comme les autres, mais qui finalement ne le sera pas. Neil meurt, Hamm n’aura jamais son calmant et Clov mettra fin à sa relation sadomasochiste avec Hamm. Malgré cette fin peu optimiste, la pièce n’est pas triste. Les spectateurs ne cessent de rire, et la réflexion que Fin de partie apporte n’est absolument pas morbide. Elle nous mène plutôt sur la joie de vivre et permet de relativiser tous ces drames qui jalonnent nos vies d’humains mortels. 

Léa Torres


Fin de partie, de Samuel Beckett

Compagnie Lire aux éclats

Mise en scène : Bernard Lévy

Assistant à la mise en scène : Jean-Luc Vincent

Avec : Gilles Arbona, Thierry Bosc, Annie Perret et Georges Ser

Costumes : Elsa Pavanel

Décors : Giulio Lichtner

Création lumière : Christian Pinaud

Son : Marco Bretonnière

Théâtre de la Croix Rousse • place Joannès-Ambre • 69004 Lyon

Réservations : 04 72 07 49 49

Du 26 mars au 5 avril 2008, mardi, vendredi, samedi à 20 h 30 ; mercredi et jeudi à 19 h 30 et dimanche à 15 heures

Durée : 1 h 40

23 € | 18 € | 15 €

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Publié par LES TROIS COUPS - dans France-Étranger 1998-2014
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