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« Au théâtre, il n’y a rien à comprendre, mais tout à sentir. » Louis Jouvet
Rencontre avec le monde du Pr Astier
À l’occasion d’une série de concerts, Claude Astier témoigne de son parcours et de son bonheur de chanter. Entretien.
Quel est votre parcours ?
Claude Astier : Ben là, en effet on est à l’Essaïon avec les frères Sakarine. Moi, je fais des chansons depuis pas mal de temps. Des chansons qui sont, comment dire, un peu particulières. Ça se balade entre le toxique, terme que j’aime bien, et le romantisme. Toxique, c’est caustique, c’est critique, il y a pas mal de critique sociale, d’humour décapant, délirant, etc, puis à côté des choses beaucoup plus tendres. C’est un mélange, quoi. En général, on définit ça en disant Chansons noires, tendres et sulfureuses. C’est un mélange qui définit assez bien l’esprit des textes.
Vous écrivez les textes et les mélodies ?
Claude Astier : Oui, les mélodies s’adaptent au contenu des textes, ça peut être très arraché, rapide, hyper rapide, humoristique, et toxique à nouveau.
On m’a souvent qualifié de chanteur qui trempe sa plume dans le vitriol. Sur le dernier disque, un journaliste disait que ma plume ressemblait au bistouri d’un médecin légiste, parce qu’il y a des histoires noires. Et les mélodies sont très variées, d’influences latino, blues, rock, swing, cubain, oriental, gipsy…
Nous sommes quatre, j’ai des musiciens d’enfer, qui jouent pour la plupart avec des groupes de jazz manouche assez connus.
Combien d’albums avez-vous fait ?
Claude Astier : C’est le quatrième. Il s’appelle la Lune au fond du verre *. J’ai commencé assez tardivement. Puis j’ai arrêté pendant dix ans et là j’ai repris en 1996, ça fait douze ans.
Je me suis arrêté parce que j’avais fait le tour des plaisirs de ce métier, de ses avantages et de ses inconvénients. J’en avais marre. Et puis c’est un des métiers où on est le plus centré sur soi-même. C’est de l’égocentrisme. On écrit ses chansons, on les chante, et puis après… j’en avais marre quoi.
J’ai fait plein d’autres métiers. J’ai fait de la création d’objets, de bijoux, de la déco, du travail manuel et graphique.
Une série de concerts à Paris et ensuite ?
Claude Astier : Et bien là, il y a l’Essaïon, en avril aussi, puis on va jouer au théâtre de Ménilmontant en juillet, puis une semaine à Avignon, puis quelques dates en province.
Avez-vous d’autres projets ?
Claude Astier : Oui, je travaille sur un album duo, qu’on enregistre dans trois semaines avec Dominique Mac Avoy. Des duos d’histoires d’amour. On a appelé ça Délires et vissicitudes de l’amour. Ça met en scène un couple où l’homme est un objet aux mains de la femme. La femme est une manipulatrice, une prédatrice. Évidemment, c’est raconté avec distanciation, avec humour. On va le jouer au théâtre de Ménilmontant et aussi un peu à Avignon.
Que pensez-vous de ce métier ?
Claude Astier : Moi, j’ai commencé assez tardivement. J’avais trente-six ans, j’avais donc une vision assez réaliste du milieu. On est quelques milliers à faire de la chanson à texte et il n’y a que un ou deux pour cent d’entre eux qui arrive à séduire un producteur. Comme on en a vu apparaître il y a trois quatre ans avec, entre autres, Sanseverino ou Bénabar aux Victoires de la musique, et c’est très intéressant. Mais là, depuis deux ans, on retombe dans une variété commerciale. Ça rapporte tellement de ronds, un tube, qu’il y a des gens qui travaillent là-dessus, qui fabriquent sur mesure, et qui trouvent des chanteurs, système Star ac’, etc, et on leur fait un répertoire. Mais c’est tout. De toute façon, dans la chanson, le pognon que ça coûte de produire un album !…
Que peut-on vous souhaiter ?
Claude Astier : Ben, moi ça va. Je continue de chanter. Je me trouve bien dans ma peau. Même si le circuit dans lequel je chante reste confidentiel. De toute façon, les gens qui écoutent la chanson française, à texte, ne sont aussi que quelques milliers.
Par contre, la chanson de variétés touche beaucoup plus de monde. Ceux qui achètent ça, ils ont entre huit et vingt-cinq ans. C’est un autre monde… c’est comme ça…
Extrait…
* La lune au fond du verre
Une carte postale
Écrite à Montmajour
Et postée de Pigalle
Le timbre décollé
L’adresse qui s’efface
L’encre décolorée
Comme le temps qui passe
Un air d’accordéon
Mûri sous les tropiques
Et du rhum au citron
Tiré à la barrique
Le vieil abécédaire
De toutes les complaintes
La lune au fond du verre
Une larme d’absinthe
Juste une histoire d’amour
Une carte postale
Et l’odeur du jasmin
Au bar des edelweiss
Des rêves chérubins
Juste un doigt de tendresse
Les larmes de l’hiver
Tombées là sous la cendre
L’envie de voir la mer
Par un soir de décembre
Amor lejano sombra y sol
Luna de plata e ilusion
Verdes tus ojos negra la mar
La mar de nuestro amor
L’oreiller en satin
Et le journal qui traîne
Et le vert sous-marin
De tes yeux de sirène
La nacre du hasard
Le carmin de ta bouche
Un accord de guitare
La lune qui se couche
Juste une histoire d’amour
Une carte postale
Et la géométrie
Du vol des oies sauvages
Dans le ciel de Paris
Faufilant les nuages
Les chiffres du Loto
Avec tout l’or du monde
Le printemps à Porto
Là auprès de ma blonde
Amor lejano sombra y sol
Luna de plata e ilusion
Juste une histoire d’amour
Une carte postale
Propos recueillis par
Astrid Cathala
Les Trois Coups
Astier et les frères Sakarine, Chansons noires, tendres et sulfureuses
www.myspace.com/professeurastier
Claude Astier : chant, violon, guitare
Jean-Baptiste Laya : guitare
Doudou Cuillerier ou Hervé Pouliquen : guitare
Antonio Licusati ou Marcelo Cordova : contrebasse
Cabaret Essaïon • 6, rue Pierre-au-Lard (angle 24, rue du Renard) • 75004 Paris
Réservations : 01 42 78 46 42
4-5, 11-12, 18-19 avril 2008 à 20 h 30 (autres dates de tournée sur les sites)
15 € | 10 €
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