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1 avril 2008 2 01 /04 /avril /2008 16:39

Visuellement très inspiré


Par Cédric Enjalbert

Les Trois Coups.com


Quatre saisons au bord du fleuve Amour à pêcher, à badiner : Lilo Baur nous appâte sur la scène des Abbesses avec de brèves et rares nouvelles de Tchekhov qu’elle a recherchées, traduites et montées autour d’un thème commun, la pêche. Une plongée dans l’univers de Tchekhov en forme de fantasmagorie érotico-halieutique. L’amorce est séduisante.

Baigné par un halo de lumière blafarde, un homme assis à sa table de travail pense à sa condition de fonctionnaire, à ses rêves de poète. Il pense aussi à l’enfant qu’il était, Kolia. La remémoration devient rétrospective et plonge dans la Russie des paysans et des aristocrates, la Russie des grands fleuves, au fil des saisons et au fil de l’eau. L’eau et ses miroitements, l’eau profonde, l’eau du fleuve Amour et ses rives tantôt verdoyantes, tantôt enneigées. Printemps, été, automne, hiver. Quatre saisons d’amour et de pêche, de pêche amoureuse. Sous la plume du médecin Tchekhov, on ne sait plus vraiment qui est poisson et qui est homme. Les deux univers se mêlent, si bien qu’en un instant l’enfant Kolia devient carpe, un parent gonfle les poches de son gilet devenues ouïes, un autre agite ses manches devenues nageoires.

La mise en scène d’une grande inventivité et d’une extrême poésie joue de ces métamorphoses. Trois tables retournées deviennent un pont ou une rive ; des tiges suspendues, des roseaux ou, complétées d’une assiette, des nénuphars ; les tapis herbeux se déroulent et se retirent avec la même facilité ; la neige en flocons légers tombe des cintres ; les moulinets de canne à pêche se transforment en ressorts de boîte à musique.

« Fish Love » | © Mario Del Curto

Les lumières changent avec la même souplesse, si bien que les saisons passent imperceptiblement, emportant avec elles leurs atmosphères. La scène entière est baignée par ce flottement qui déforme les objets et trouble la vue. Les changements rapides de décors sont effectués par les comédiens dans une chorégraphie parfaitement exécutée. L’élégance des transitions se retrouve dans l’articulation des cinq nouvelles adaptées pour la scène par Hélène Patarot.

C’est en somme visuellement très inspiré. Le jeu, souvent mimé, complète d’ailleurs ce tableau en créant de belles chorégraphies (sous-marines). À l’inverse, les comédiens sont beaucoup moins convaincants lorsqu’il s’agit d’interpréter un texte devenu prétexte à un bel ouvrage scénique. L’amorce du spectacle est, on y revient, séduisante. On la gobe. Et puis, en poissons-spectateurs pas tout à fait dupes du leurre, l’on se dit qu’il n’y a finalement pas grand chose au bout de l’hameçon, et l’on décroche faute de texte… avant de mordre à nouveau. Lilo Baur multiplie ainsi les touches sans parvenir jamais à ferrer pour de bon. 

Cédric Enjalbert


Fish Love, d’après Anton Tchekhov

Mise en scène : Lilo Baur

Assistante à la mise en scène : Clara Bauer

Avec : Isabelle Caillat, Claudia de Serpa Soares, Pascal Dujour, Nikita Gouzovsky, Michel Ochowiak, Kostas Philippoglou, Jiorgos Simeonidis

Dramaturgie et adaptation : Hélène Patarot

Décor : Michel Levine, James Humphrey

Costumes : Agnès Falque

Lumières : Nicolas Widmer

Musique : Michel Ochowiak

Training et mise en mouvement : Chris Gandois

Les Abbesses • 31, rue des Abbesses • 75018 Paris

Réservations : 01 42 74 22 77

Du 27 mars au 12 avril 2008 à 20 h 30, dimanche 6 avril 2008 à 15 heures

Durée : 1 h 15

23 € | 16,5 € | 12 €

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Publié par LES TROIS COUPS - dans France-Étranger 1998-2014
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