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31 mars 2008 1 31 /03 /mars /2008 21:26

Oh le beau jeu !


Par Cédric Enjalbert

Les Trois Coups.com


Beckett by Brook, aux Bouffes. Le metteur en scène en collaboration avec Lilo Baur et Marie Hélène Estienne monte en son théâtre cinq courtes pièces de son compatriote. Une vraie partie de plaisir en version anglaise.

Entrée en scène avec Fragment de théâtre. L’estropié versus l’aveugle. Un combat des chefs tragi-comique sur le mode Hamm et Clov. Comme souvent chez Beckett, la perversion sado-masochiste des rapports humains fait rire. Les deux comédiens (Jos Houben et Marcello Magni), assis sur des tabourets, glissent sur un plateau en forme d’échiquier : marche du cavalier, parade du pion, grand roc. On change de position, on se croyait en force, nous voilà en échec. La partie est finie. Avait-elle d’ailleurs jamais commencé ? Peu importe, on joue, on bavarde, on essaie de vivre. L’aveugle retrouve son violon de vagabond, l’estropié son coin de mendiant, en attendant… la suite.

La suite, c’est Rockaby, Berceuse en français. Un monologue, comme une ritournelle, avec reprises, répétitions et allitérations. Un abîme dans lequel l’hypnotisante Kathryn Hunter nous fait sombrer. Le rythme ternaire qu’elle adopte, la tension retenue de chacun de ses gestes manifestent avec force l’équilibre instable sur lequel repose le texte. Une dégringolade verbale qui finit sur un rocking-chair.

© Pascal Victor | Agence Max PPP

On poursuit : retour de nos deux acolytes, le winner et le looser, pour Actes sans paroles. Un mime drolatique sur le thème : « Pourquoi moi ? C’est la vie ». Une variation en mode mineur autour de l’absurde : rien de grave, rien de dramatique, juste la vie même et de l’humour – anglais, of course. Kathryn Hunter, toujours fascinante, nous revient pour Neither, dit « Ni l’un, ni l’autre », publié dans Pour finir encore et autres foirades. Tout est dit.

Le spectacle finit lui aussi, mais encore, et pour notre plus grand plaisir, un dernier trio de choc : Ru, Vi et Flu sont sur le plateau. Trois petites vieilles et leurs messes basses, sur un banc, à attendre que la vie passe. Mr Beckett disait – en anglais ou en en français, qu’importe, l’absurde est la chose au monde la mieux partagée : « Rien n’est plus drôle que le malheur. » Entendu.

Une mise en scène parfaite sur laquelle rien ne pèse, à laquelle rien ne manque, un « espace vide » impeccable et des comédiens excellents manifestement à leur aise avec l’absurde, bref, Beckett aux Bouffes, c’est un peu… « Oh le beau jeu ! ». 

Cédric Enjalbert


Fragments, de Samuel Beckett

Mise en scène : Peter Brook

Collaboration artistique : Lilo Baur et Marie Hélène Estienne

Avec : Jos Houben, Kathryn Hunter, Marcello Magni

Lumières : Philippe Vialatte

Théâtre des Bouffes-du-Nord • 37 bis, boulevard de la Chapelle • 75010 Paris

www.bouffesdunord.com

Réservations : 01 46 07 34 50

Du 28 mars au 19 avril 2008, du mardi au samedi en anglais surtitré à 20 h 30, samedi et dimanche en français à 15 h 30 à partir du 5 avril 2008, relâche le lundi

Durée : 1 heure

24 € | 18 € | 12 €

Spectacle en tournée à l’étranger

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Publié par LES TROIS COUPS - dans France-Étranger 1998-2014
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commentaires

Casino gratuit 17/03/2010 12:19


Très beau spectacle, j'ai adoré!!


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