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25 mars 2008 2 25 /03 /mars /2008 20:16

Au tréfonds de nous-mêmes


Par Alexandra Cartet

Les Trois Coups.com


Durant cinquante minutes, j’ai ouvert un livre au hasard. Je ne sais pas trop de quoi il était question, mais ce sont les mots et la force de leur sens qui m’ont transportée… ailleurs. « Anagrammes pour Faust » est un voyage initiatique au milieu des chemins de la pensée, de « ma » pensée. Certains de mes codes et de mes croyances ont été bouleversés.

Si on me demandait : « De quoi traite le spectacle d’Ezéquiel Garcia-Romeu ? », même après quelques longues minutes de réflexion, je serais tentée de répondre : « Je ne sais pas ». Parce qu’Anagrammes pour Faust est un spectacle destiné à l’intimité de chacun, il me paraît impossible d’en donner une explication précise, rigoureuse et claire. Rétive à la compréhension immédiate et à l’immersion totale, je suis entrée dans cette pièce à mon rythme. Je n’ai pas peur d’avouer que je m’en suis coupée à de nombreuses reprises. Attitude d’ailleurs légitimée dès le début du spectacle par l’intervention des comédiens : « Ne pas chercher à tout comprendre ». C’est bien reçu !

C’est ainsi que les spectateurs assistent aux expériences diverses et variées des comédiens. L’espace scénique est transformé en laboratoire : plusieurs établis cohabitent avec des objets insolites. Les comédiens sont au service de ces accessoires : ils manipulent un transistor, un projecteur d’anagrammes, des marionnettes en glaise, etc. Les objets, eux, sont les personnages principaux, les comédiens ne sont que les opérateurs : les rôles s’inversent. Ce schéma est dominant tout au long du spectacle : nos repères sont mis en question.

« Anagrammes pour Faust » | © Éric Didym

Les comédiens prennent en charge le verbal. La chair surgit paradoxalement des pantins en terre. La présence de ces marionnettes apparaît comme ludique au début. La violence et la puissance de leur incarnation suggestive est inouïe par la suite. Autant inertes que mises en mouvement par des fils, ces marionnettes paraissent en vie. Le regard se pose sur ces poupées de terre à l’état brut. Elles représentent l’homme à l’orée de sa vie : vide, pur, sans a priori, sans idées… Et ce sont bien là les fondements sur lesquels Anagrammes pour Faust veut nous interroger.

Je n’ai pas pu m’empêcher de m’identifier à ces marionnettes. Leur simplicité épurée contraste vivement avec les monologues complexes et obscurs des comédiens. Ceux-ci dénoncent une pensée devenue stérile et établie au fil du temps. L’homme ne se poserait t’il pas les bonnes questions ? Mériterait-il de retourner au fondements de lui même ? Aux fondements propres à son outil de réflexion : sa pensée.

Ce spectacle, aussi obscur soit-il, m’a beaucoup interrogée. J’ai remis en question mes idées et leur origine. J’ai aimé la simplicité dans laquelle Anagrammes pour Faust s’est déroulé. Les comédiens sont souvent dans la même perplexité que nous. Des têtes curieuses surgissent pour essayer de comprendre le propos tenu sur le plateau. Cela rend le moment convivial, intime, drôle. En sortant de la salle, je me demandais où j’avais mis les pieds. Je n’ai toujours pas répondu à cette question. 

Alexandra Cartet


Anagrammes pour Faust, adapté de Monsieur Teste de Paul Valéry et de l’Invention de Morel d’Adolfo Bioy Casarès, avec des textes d’Ezéquiel Garcia-Romeu

Mise en scène et scénographie : Ezéquiel Garcia-Romeu

Avec : Christophe Avril, Ève-Chems de Brouwer, Boutaïna Elfekkak, Hervé Pierre et Pascale Pinamonti

Théâtre de la Commune • 2, rue Édouard-Poisson • 93304 Aubervilliers

Réservations : 01 48 33 16 16

Du jeudi 20 mars au dimanche 13 avril, mardi, mercredi, vendredi et samedi à 21 heures, jeudi à 20 heures et dimanche à 16 h 30

Durée : 50 minutes

22 € | 16 € | 7 €

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Publié par LES TROIS COUPS - dans France-Étranger 1998-2014
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