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24 mars 2008 1 24 /03 /mars /2008 12:38

Un tour de force

 

En trente-huit tableaux comme autant de pas de danse, quatre comédiens incarnent une vingtaine de personnages, toutes générations confondues, qui évoquent leur pratique du tango. À travers cette danse, c’est toute la complexité des rapports hommes-femmes qui affleure au gré de dialogues drôles, émouvants, percutants.

 

Le cœur n’est pas moderne est présenté par son auteur et metteur en scène, Martine Drai, comme « une comédie-tango » : du théâtre d’abord, qui laisse sa place à la musique et la danse. Le pari est osé : au premier abord, le tango semblerait mieux se prêter au drame, à la passion, qu’au registre léger de la comédie. Pourtant, à travers ces saynètes prenant place lors d’une milonga (bal de tango) contemporaine et factice, ce sont des tranches de vie qui apparaissent. Et la vie surgit ici, véhiculée par une langue brillante, dans toute sa diversité, tantôt grave et tantôt drolatique.


Le propos de Martine Drai n’est pas de reconstituer une milonga, mais plutôt d’en utiliser l’idée, comme un cadre dans lequel les personnages évoluent, rêvent, se révèlent les uns aux autres ou à eux-mêmes, librement. Ce phénomène de société sert de révélateur à ces hommes et ces femmes qui se découvrent. On croise une débutante, un jeune homme qui n’aime pas diriger, un danseur expérimenté tétanisé par le piercing de la femme qu’il rêve d’inviter, une ancienne féministe… Qu’il s’agisse de dialogues, de monologues intérieurs ou de rêveries, le texte part toujours de la danse pour nous parler de l’être humain, qu’il soit amoureux, solitaire, suffisant ou perdu. Le tour de force de ce spectacle est de marier une expression résolument contemporaine à une danse et une musique nostalgiques. La nostalgie n’est d’ailleurs pas en reste, mais évoquée de façon légère, comme une douceur teintée d’amertume qui attire sans prendre toute la place. La musique et la danse suffisent à faire chavirer.


« Le cœur n’est pas moderne »

 

La danse, justement, est au cœur du spectacle, qu’elle guide. Celui-ci débute dans le noir total. Seuls les pieds des comédiens-danseurs sont éclairés lorsque commence le premier dialogue. La beauté des pas, leur maîtrise comme leur fragilité, est ainsi mise en évidence. Ce sera le cas durant tout le spectacle, habillé par la suite de séquences musicales – pas de morceaux entiers, sauf à la fin, mais des extraits, qui laissent à l’imagination du spectateur le soin d’inventer son propre tango au lieu d’en offrir une simple démonstration. Mais, d’abord, le silence, le bruit des talons, la beauté de la danse brute. Cependant, comme l’a voulu Martine Drai, la danse n’éclipse jamais le théâtre, même si les comédiens y excellent. À cet égard, mention spéciale au danseur Jean-Sébastien Rampazzi, qui exécute avec brio un remarquable duo avec pour partenaire… un aspirateur !


C’est cette mise en avant du théâtre plutôt que de la danse que les férus de tango regretteront peut-être, souhaitant plus de musique, de sensualité, de vraies performances au lieu des quelques pas esquissés jusqu’à la fin du spectacle. L’autre bémol que l’on peut y mettre en est peut-être le corollaire : de par la sobriété de la mise en scène, l’ensemble manque parfois un peu de rythme et de flamme. La déconcentration peut survenir lors de certaines scènes un peu lentes. Malgré cela, cette comédie-tango demeure une performance d’originalité, d’écriture et de jeu. Si le cœur n’est pas moderne, cette « comédie-tango » l’est résolument. Et l’essentiel, le plaisir, est là. 


Julie Molina-Toledo

Les Trois Coups

www.lestroiscoups.com


Le cœur n’est pas moderne, de Martine Drai

Compagnie La tête est ronde (ex-Elzévir) • L’Atalante • 10, place Charles-Dullin • 75018 Paris

01 46 06 11 90

latalante.rp@gmail.com

Mise en scène : Martine Drai

Coproduction : Fédération des associations de théâtre populaire (F.A.T.P.), en corréalisation avec l’Atalante

Avec : Catherine Davenier, Hervé Falloux, Dominique Leandri, Jean-Sébastien Rampazzi

L’Atalante • 10, place Charles-Dullin • 75018 Paris

Réservations : 01 46 06 11 90

Du 12 mars au 7 avril 2008 à 20 h 30, dimanche à 17 heures, relâche le mardi

Durée : 1 h 25

18 € | 13 € | 8 €

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Publié par LES TROIS COUPS - dans France-Étranger 1998-2014
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