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23 mars 2008 7 23 /03 /mars /2008 14:06

Mc Guiness retrouve l’essence du théâtre

 

Trois hommes, tous anglophones mais culturellement très différents – un Anglais, un Américain et un Irlandais – sont coincés dans un cachot à Beyrouth, otages d’un groupe terroriste. L’écriture de McGuinness sonne toujours très forte et mélodieuse, traitant de sujets aussi brûlants aujourd’hui qu’ils ne l’étaient en 1992, date de l’écriture de la pièce.

 

Après l’annonce coutumière de l’ouvreuse nous indiquant d’éteindre nos téléphones portables, une autre intervention, plus inhabituelle, sert d’introduction au spectacle. Le président de l’O.N.G. Reporters sans frontières a préparé un petit discours de sensibilisation sur la prise d’otages. Il nous rappelle que, si les otages occidentaux (comme les personnages de la pièce) bénéficient souvent d’une grande couverture médiatique, les otages de pays pauvres ne bénéficient pas d’autant de visibilité, et sont ainsi oubliés par l’opinion publique. Il nous incite ainsi à ne pas ignorer l’existence de ces otages-là, ceux dont on ne parle pas dans les médias. Le ton est donné, la pièce n’est pas anodine dans son propos.


Cette piqûre de rappel nous place donc dans le contexte d’un théâtre engagé. La pièce Quelqu’un pour veiller sur moi est en effet fondée sur des témoignages d’otages. Cependant, l’aspect politique de la pièce ne fait pas de l’ombre aux qualités artistiques du spectacle. L’écriture de McGuinness explore en effet davantage les nuances lyriques de la langue, plutôt que le dogmatisme d’un discours partisan.


« Quelqu’un pour veiller sur moi », de Frank McGuinness


Parce que les trois personnages sont enfermés dans une cellule, leur seule issue de secours est l’imagination et le compagnonnage. Pour rester sain d’esprit, mieux vaut bien s’entendre avec ses camarades de cellule, et trouver des divertissements simples. Ed, Adam et Michael s’évadent donc par le biais d’histoires et de souvenirs. McGuinness retrouve alors l’essence du théâtre : cette capacité à raconter une histoire avec la voix et le corps, et à utiliser l’imaginaire pour se libérer du quotidien. Les acteurs font honneur à leur personnage avec un jeu précis et physique. Le décor, simple, est judicieusement conçu pour maximiser le sentiment de claustrophobie au sein de la cellule.


Néanmoins, malgré la qualité de l’écriture de McGuinness, la pièce semble parfois un peu longue. Le lyrisme de l’écriture prend le pas sur une concision qui aurait été la bienvenue. La pièce est traduite de l’anglais, mais les allusions culturelles et anglophones ne sont pas adaptées à un public français. Du coup, cela donne une authenticité au texte, mais présente l’inconvénient d’être parfois un peu hermétique.


Le théâtre engagé peut parfois avoir le défaut d’être trop dogmatique. Avec Quelqu’un pour veiller sur moi, McGuinness réussit à allier des propos politiques avec une écriture débordante d’inventivité, et ne se cantonnant pas au discours seul. Malgré quelques longueurs, l’on devient solidaire du sort de ces trois otages et, par extension, des otages dans le monde réel qui se battent toujours contre l’abandon et la mort. 


Anne Losq

Les Trois Coups

www.lestroiscoups.com


Quelqu’un pour veiller sur moi, de Frank McGuinness

Compagnie des Feuillantines|Sophie Lorotte

06 14 98 02 08

Sophielorotte@yahoo.fr

Traduction : Isabelle Famchon

Mise en scène : Sophie Lorotte

Avec : Pascal Casanova, Arnaud Décarsin, Sacha Petronijevic

Scénographie : Charlotte Maurel

Lumières : Aurélien Amsellem

Théâtre Mouffetard • 73, rue Mouffetard • 75005 Paris

Réservations : 01 43 31 11 99

www.theatremouffetard.com

Du 13 mars au 27 avril 2008, du mercredi au vendredi à 20 h 30, samedi à 17 heures et 21 heures, dimanche à 15 heures

22 € | 15 € 

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Publié par LES TROIS COUPS - dans France-Étranger 1998-2014
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