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21 mars 2008 5 21 /03 /mars /2008 13:14

Totalement éblouie, mais…


Par Aurore Krol

Les Trois Coups.com


Après François Verret, c’est au tour de Sasha Waltz d’investir la salle Jean-Vilar du T.N.B. Là encore, on assiste à un parcours de chorégraphe influencé par l’architecture et le mélange des arts. Une danse où le lieu a toute son importance.

Gezeiten (« marée »), c’est l’histoire de personnages dans l’attente d’une catastrophe imminente. C’est leur rapport à l’espace et à l’autre dans un moment d’angoisse et d’incertitude, où l’élan vital n’est pas encore étouffé. Puis une rupture advient et les gestes sont déviés de la douceur à la confrontation et de l’harmonie au spasme. On passe du collectif uniforme, symbolisé par des visages lisses et impassibles, à une vision frontale de la société contre l’individu. C’est d’ailleurs au moment de cette rupture que le premier signe d’expression se fait ressentir. Même s’il s’agit en fait d’un seul et même cri collectif, silencieux et figé à l’identique sur tous les visages. Le manque d’eau dans l’appartement commence à se faire sentir et va amener la violence. On glisse progressivement vers la folie d’individus en position d’autistes, dont les gestes compulsifs deviennent mécaniques. Plusieurs catastrophes surgiront alors, catastrophes au cours desquelles certains individus seront rejetés du groupe comme des boucs émissaires, pour arriver progressivement au chaos d’une société totalement disloquée.

Certains tableaux de cette chorégraphie m’ont totalement éblouie. Les premières minutes particulièrement m’ont semblé très belles. Les danseurs s’y figent tour à tour en statue dans des gestes lents, qui leur permettent d’entrer en contact les uns avec les autres. Outre la prouesse des portés aériens qui y sont effectués, l’atmosphère qui est installée m’a intéressée. Ce moment initial, où la peur n’est pas encore évidente, où rien n’est encore installé, est peut-être celui qui fut le plus évocateur pour moi. Chacun des personnages qui entrent en scène préserve un tempérament fort, une singularité. J’ai trouvé très judicieux le fait que durant tout le spectacle les personnages gardent ces colorations personnelles, même et surtout durant les trois catastrophes.

« Gezeiten » | © Klein

Le début est léger, l’humour reste tout le temps là, en surimpression, malgré les moments tragiques. Cela continue donc à être drôle, même dans les moments de perte de repères, qui conduisent les protagonistes à des gestes régressifs et infantiles. Effectivement, le public rit beaucoup de ce qu’il voit. Notamment lors des saynètes de la vie quotidienne, qui viennent s’intercaler comme des ruptures de ton entre les chorégraphies symbolistes. Ces touches un peu bouffonnes permettent d’éviter l’écueil d’un certain formalisme.

Ce spectacle souffre cependant d’une qualité inégale et n’a pas provoqué chez moi de surprises viscérales : j’ai été déçue de cette prestation par trop incohérente et qui, au final, a traîné en longueur. J’ai parfois même eu l’impression qu’on nous mettait en sous-titre les thèmes abordés : bien sûr, la société peut conduire l’individu à un comportement aliénant, bien sûr, la peur d’une catastrophe climatique peut renforcer les ostracismes. Mais le mode démonstratif est-il le meilleur moyen de nous le donner à voir ? Cet enchaînement prévisible de tableaux ne m’a pas assez déstabilisée et m’a même parfois ennuyée. La montée crescendo du calme jusqu’au chaos final d’une scène détruite et d’un plancher totalement déconstruit représentait en effet pour moi quelque chose de beaucoup trop narratif. Reste cependant un véritable plaisir visuel face à des performances d’artistes techniquement parfaites. Bien que ce genre de moments esthétisants puisse aussi finir par agacer… 

Aurore Krol


Geizeiten, chorégraphie de Sasha Waltz

Avec : Liza Alpizar Aguilar, Rita Aozane Bilibio, Davide Camplani, Maria Marta Colusi, Juan Kruz Diaz de Garaio Esnaola, Martija Ferlin, Gabriel Galindez Cruz, Maria Öhman, Pinar Ömerbeyoglu, Friederike Plafki, Koen De Preter, Virgis Puodziunas, Maria Eugénia Rivas Medina, Mata Sakka, Xuan Shi, Davide Sportelli

Décors : Thomas Schenk, Sasha Waltz

Costumes : Beate Borrmann

Éclairage : Martin Hauk

Musique : Jonathan Bepler

Violoncelle baroque : Martin Seemann

Régie lumières : Martin Hauk

Régie plateau : Carsten Grigo, Wolfgang Weixler

Régie son : Lutz Nerger

Accessoiriste : Brad Hwang

Régie costumes : Beate Borrmann, Jana Bolze

Maquillage : Kati Heimann

Assistant de direction : Steffen Döring

Tournées : Karsten Liske

Direction technique : Reinhard Wizisla

Production : Bärbel Kern

Coproduction Sasha Waltz & Guests

Théâtre national de Bretagne, salle Jean-Vilar • 1, rue Saint-Hélier • 35000 Rennes

Du 12 au 14 mars 2008 à 20 heures

Durée : 1 h 50

Renseignements|réservation : 02 99 31 12 31

www.t-n-b.fr

23 € | 17 € | 12 € | 8 €

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Publié par LES TROIS COUPS - dans France-Étranger 1998-2014
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