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21 mars 2008 5 21 /03 /mars /2008 12:27

Magistrale Bérénice


Par Maud Sérusclat

Les Trois Coups.com


Quand on se rend au théâtre pour aller voir un classique, l’une de ces œuvres étranges qu’on a appris à admirer à l’école parfois contraint et forcé, il n’est pas rare qu’une certaine appréhension nous gagne. C’est encore plus violent lorsqu’il s’agit d’une tragédie racinienne. Plusieurs questions, légitimes il faut le reconnaître, surviennent alors : combien de temps dure la pièce ? comment le metteur en scène va-t-il rafraîchir cette intrigue écrite il y a plus de trois cent cinquante ans ? vais-je reconnaître la « Bérénice » que j’avais lue autrefois ? Non seulement je l’ai reconnue, mais les deux heures dix d’hier soir m’ont littéralement époustouflée.

L’histoire est celle de toute tragédie classique. Un homme, Titus, est sur le point d’épouser une femme splendide et consumée par l’amour, Bérénice. Titus a pourtant un rival, Antiochus, mais il s’avoue vaincu dès le premier acte. Jusque là, tout va bien. Seulement les deux protagonistes ne sont pas seuls au monde. Ils ont des responsabilités. Rome, que dirige Titus, est hostile, en effet, à cet hymen. Parce que Bérénice est une reine. Il va donc falloir choisir entre l’amour et le devoir, entre la douce quiétude d’un amour partagé et la violente turpitude du pouvoir politique. Titus choisit malgré lui de satisfaire Rome et tente de s’en expliquer.

« Bérénice » | © D.R.

Si l’intrigue mêle contexte politique antique, loyauté, amour et devoir, le tout en alexandrins, le spectateur n’est à aucun moment perdu ou délaissé, tant tout ce qui se déploie devant nous est juste et subtil. Ce qui surprend d’abord, c’est l’incroyable fluidité du texte. Les alexandrins résonnent si bien qu’on les trouve naturels. Chaque personnage prend possession immédiatement de son rythme, de sa couleur. Le duo composé d’Antiochus et Arsace est exceptionnel. Drôle parfois. Celui formé par Bérénice et Titus apparaît tout aussi vrai, bien que ma préférence se porte sur Bérénice, interprétée par une Marie-Sophie Ferdane véritablement grandiose.

Cette réussite totale est due à mon sens à une mise en scène sensible, pure et ciselée. Le parti pris du metteur en scène, Jean-Louis Martinelli, a été de souligner habilement l’essence de la pièce : le dilemme des personnages. Pas d’artifice donc, pas d’effet spécial décalé, de mise à nu des cœurs et des corps triviale. Juste deux portes, hautes et imposantes, et un plateau de bois sombre percé d’un puits, qui tient lieu de miroir des âmes. J’attire enfin votre attention sur les costumes, très justement conçus, qui confèrent encore plus de gloire et de profondeur aux héros qui sont devant nous. Je n’ose vous en dire plus, de peur de déflorer l’émotion vraie qui vous touchera si vous allez voir ce spectacle. Une très belle distribution, incroyablement dirigée, on en redemande. 

Maud Sérusclat


Bérénice, de Racine

Mise en scène : Jean-Louis Martinelli

Assistante à la mise en scène : Emmanuela Pace

Avec : Patrick Catalifo, Marie-Sophie Ferdane (pensionnaire de la Comédie-Française), Zakaria Gouram, Hammou Graïa, Mounir Margoum, Luc-Martin Meyer, Martine Vandeville

Scénographie : Gilles Taschet

Costumes : Patrick Dutertre

Lumières : Marie Nicolas

Maquillages et coiffures : Françoise Chaumayrac

Régisseurs : Alain Abdessemed, Jean-Georges Dhenin, Cédric Marie

Le Granit, scène nationale • 1, faubourg de Montbéliard • 90000 Belfort

Réservations : 03 84 58 67 67

contact@theatregranit.com

www.theatregranit.com

Du 19 au 21 mars 2008

Durée : 2 h 10

19 € | 14 € | 7,50 €

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Publié par LES TROIS COUPS - dans France-Étranger 1998-2014
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