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20 mars 2008 4 20 /03 /mars /2008 16:21

Majestueux

 

« Le Roi Lear » mis en scène par Jean-François Sivadier est un monument de théâtre et un pur bonheur de spectateur.

 

Le roi Lear décide de se retirer de la gestion effective de son royaume et de laisser ses terres et son pouvoir entre les mains de ses trois filles. Il demande à chacune de lui prouver son amour. Les deux premières, dont la grandiloquence et l’hypocrisie n’ont d’égale que l’ingratitude, s’exécutent sur le champ. La dernière s’en sent incapable. Le roi la maudit, la bannit et partage la part qui lui revenait entre ses aînées. Dès cet instant, le roi Lear perd pied et plonge dans une folie dont personne autour de lui ne sort indemne, le public y compris.


La distance du public vis-à-vis de ce qui se joue sous ses yeux n’est pas tellement accentuée par le fait que tout nous rappelle qu’on est au théâtre : les acteurs qui déambulent sur scène et dans les gradins avant le début, les interpellations, les coulisses apparentes, les techniciens présents sur le plateau. Le Roi Lear est un spectacle que l’on reçoit en pleine face.


La traduction de Bernard Collin mêle profondeur du texte initial, anachronismes jubilatoires et interpellations au public. Le texte de Shakespeare n’est pas dénaturé. Il prend simplement une nouvelle ampleur. Il nous permet de nous retrouver plus aisément dans ces personnages torturés.


« le Roi Lear » | © Christophe Raynaud de Lage


Qu’on ne s’y trompe pas. La gravité de la pièce n’est qu’apparente. Le Roi Lear de Jean-François Sivadier est d’abord fantastiquement drôle. Je dois ici souligner la prestation inouïe de Norah Krief, géniale en « Fou », au potentiel comique à peu près illimité. Tous les comédiens font d’ailleurs preuve d’un jeu impressionnant. Si je ne devais pourtant n’en citer qu’un, ce serait Nicolas Bouchaud (Lear), qui mérite à lui seul tous les superlatifs.


Le visuel est superbe tout au long de la pièce. L’espace dégagé donne une dimension phénoménale à la représentation. Le plateau incliné, qui est d’abord tendu de rouge, puis qui retrouve son aspect brut en bois, s’ouvre, se disloque, s’étire. C’est une formidable invention, dont l’utilisation facilite une mise en scène vive et soutenue. La beauté de la pièce se traduit aussi par des costumes, des lumières et de la musique pour lesquels je préfère laisser un peu de mystère.


Malgré des scènes souvent spectaculaires (comme lorsque le plateau de bois se transforme en chars de guerre), malgré des comédiens somptueux, malgré une mise en scène impressionnante de dynamisme et d’originalité, la pièce manque légèrement de souffle sur la fin. Je ne vois pas comment il aurait pu en être autrement, car l’histoire est longue et complexe. Les échanges entre les personnages sont violents. La déchéance est terrible. Le public est éprouvé et ravi. 


Myriam Lemétayer

Les Trois Coups

www.lestroiscoups.com


Le Roi Lear, de William Shakespeare

Traduction : Pascal Collin

Mise en scène : Jean-François Sivadier

Assistantes à la mise en scène : Véronique Timsit, Anne de Queiroz

Collaboration artistique : Véronique Timsit, Nadia Vonderheyden, Nicolas Bouchaud

Avec : Nicolas Bouchaud, Stephen Butel, Murielle Colvez, Vincent Dissez, Vincent Guédon, Norah Krief, Nicolas Lê Quang, Christophe Ratandra, Nadia Vonderheyden, Rachid Zanouda, Jean-Jacques Beaudoin

Scénographie : Jean-François Sivadier, Christian Tirole

Costumes : Virginie Gervaise

Lumière : Philippe Berthomé, assisté de Jean-Jacques Beaudoin et Ronan Cahoreau-Gallier

Musique : Frédéric Fresson

Collaboration exceptionnelle : Vincent Rouche, Anne Cornu

Son : Jean-Louis Imbert

Accessoires : Christian Tirole, Bruno Bergin

Maquillages et perruques : Cécile Kretschmar

Régie générale : Dominique Brillault

Théâtre national de Bretagne • 1, rue Saint-Hélier • 35000 Rennes

Réservations : 02 99 31 12 31

Du 19 au 29 mars 2008 à 20 heures, relâche le dimanche et lundi

Durée : 3 h 45 avec entracte

23 € | 17 € | 12 €

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Publié par LES TROIS COUPS - dans France-Étranger 1998-2014
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