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19 mars 2008 3 19 /03 /mars /2008 17:37

Pas suffisamment de chair ?

 

Révélation de la Biennale de la danse de Lyon en 2002, programmé au Théâtre Mogador en 2006, « Balé de rua » (« Ballet de la rue ») poursuit sa tournée en France du 22 janvier au 23 mars 2008 au Trianon à Paris. Si la démarche artistique et politique s’entend, le spectacle souffre d’une mise en scène légère, bien en-deça des qualités de tous les interprètes.

 

undefinedBalé de rua est fait de danses de la rue du nord de l’Amérique, de samba et de capoeira. Il se nourrit aussi du métissage de ses interprètes aux racines africaines et de l’expérience quotidienne de ces derniers : ils sont plus d’une quinzaine à avoir vécu de petits métiers au sein de favelas, si tristement connues.


Créé en collaboration artistique avec le metteur en scène français Paul Desveaux, ce spectacle raconte l’histoire afro-brésilienne d’un groupe issu des quartiers populaires d’une petite ville du Minas Gerais, Uberlândia, qui tente d’oublier le monde, ou plutôt de le réinventer, par le biais magique de la musique et de la danse. Et c’est sur des musiques originales composées par Vincent Artaud et Nana Vasconcelos et sur certains grands airs brésiliens que les danseurs du Balé de rua jouent, dansent et s’accompagnent eux-mêmes à l’aide de percussions.


Rappelons, pour la petite histoire, que le Brésil a vécu près de trois cent cinquante ans sous un régime esclavagiste. Dès le début du xvie siècle, les Portugais, souhaitant développer la culture de la canne à sucre, utilisent l’esclavage et « importent » une main d’œuvre africaine pour remplacer les quelques trop peu nombreux survivants indiens… Les cultures se mélangent, donnant au Brésil sa propre couleur.


Il y a de toute cette histoire dans Balé de rua, parce que les artistes qui s’y exposent sont pleins de cette histoire, ils la portent. Et nous ne doutons pas un instant de leur désir de transmettre et d’échanger. Leur énergie est tout simplement fabuleuse. Ils dansent comme ils respirent et sont d’une générosité sans nom. À peine les voyons-nous que nous les trouvons beaux, et l’envie nous prend de danser avec eux tant leur enthousiasme est communicatif. Nous lisons leur parcours et leur bonheur d’être là, de vivre de leur métier, de danser pour le monde.


undefinedCela ne suffit pourtant pas à faire de ce spectacle un véritable spectacle. Car il aurait fallu une mise en scène plus réfléchie. Nous ne recevons qu’une carte postale du Brésil, de ses danseurs et de ses bidonvilles. Les chorégraphies, bien que parfaitement dansées, sont un peu répétitives ; les solos trop rares. Nous restons sur notre faim. La musique est évidemment très présente, mais loin de l’intitulé alléchant de l’affiche qui promet des « percussions ». Il y en a, mais si peu ! La bande-son prend le pas sur le direct…


Ne nous méprenons pas : toute cette troupe est formidable, ainsi que ceux qui la dirigent. La critique porte sur la mise en valeur de si nombreux talents. Le sujet, les moyens, l’équipe, tout permettait de proposer un spectacle fou et poignant. Nous regardons un objet sympathique et légèrement kitch, d’où l’on ressort contents. Une sorte de show à mi-chemin entre les Folies Bergère, la comédie musicale américaine et l’imagerie du carnaval de Rio. Point de questionnements, pas suffisamment de chair. Bien sûr que la salle est debout à la fin, et qu’elle en redemande. Nous ne pouvons pas ne pas en redemander, ayant été si peu nourris. Les interprètes, eux, n’ont pourtant pas cessé une minute.


Au final, l’impression d’être touriste un court instant. Nous aurions pu rire, apprendre et pleurer à la fois. Nous sourions, n’apprenons rien et ne frissonnons pas assez. Il ne suffit pas de faire porter à deux danseurs une lourde chaîne pour parler de l’esclavage. Il ne suffit pas de nous montrer une équipe remarquable et pleine de bonnes intentions pour pallier une réflexion artistique trop légère. Car nous recevons de bons sentiments là où nous devrions recevoir une histoire de combats et de fêtes – la musique et la danse étant les supports rêvés. Pourvu que cette troupe continue de cheminer. Mais pourvu aussi qu’elle ose aller au-delà des clichés, au plus près de son talent, et qu’elle soit dirigée à la hauteur de ses motivations. 


Astrid Cathala

Les Trois Coups

www.lestroiscoups.com


Balé de rua

Chorégraphie : Marco Antônio Garcia

Musiques originales : Naná Vasconcelos et Vincent Artaud

Avec : Alexandre Bento da Silva, Denner Moreira Rodrigues, Diorge Marlon dos Santos, Edson Sirley Quintiliano, Guilherme Nascimento de Souza, Jardel Santos Silva, Jhony Marcos Cardoso Rodrigues, José Marciel Silva, Júlio Cesar Ferreira, Marcos Paulo Bertoldo, Paulo Augusto Carmo dos Santos, Paulo Edson Cardoso Silva, Robledo Barbosa Silva, Sandra Mara Silva Gabriel, Wisney Gomes Mendonça

Collaboration artistique : Paul Desveaux, assisté d’Amaya Lainez

Conception lumières et assistant scénographie : Nicolas Simonin

Direction artistique et préparation physique : Fernando Narduchi

Direction « Balé de rua » : Marco Antônio Garcia, José Marciel Silva et Fernando Narduchi

Responsable technique « Balé de rua » : Marcio Antônio Garcia

Photos : © Stéphane Kerrad

Le Trianon • 80, boulevard Rochechouart • 75018 Paris

Métro Anvers, ligne 2

Réservations : 0892 707 507 et points de vente habituels

Prolongations jusqu’au 23 mars 2008, du mardi au vendredi à 20 heures, le samedi à 15 heures et 20 heures, le dimanche à 15 heures

Durée : 1 h 30

De 17,50 €à 50 €

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Publié par LES TROIS COUPS - dans France-Étranger 1998-2014
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