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19 mars 2008 3 19 /03 /mars /2008 16:12

Le silence assourdissant
de la solitude


Par Estelle Gapp

Les Trois Coups.com


Dans la salle Jean-Tardieu du Théâtre du Rond-Point, Florence Giorgetti ausculte la folie ordinaire dans sa troublante intimité. Dans le décor épuré d’un deux-pièces-cuisine, une famille recomposée rend visite à une vieille dame. Au milieu de cet étrange ballet, l’écriture de Philippe Minyana déploie toute sa force et son mystère.

C’est une famille ordinaire : il y a Betty, la grand-mère, veuve et taciturne. Il y a Ruth, la mère, fatiguée, révoltée. Et les enfants, déjà grands, Nelly et Hervé. Mais rien ne se passe comme prévu, et les mots déraillent : sous les banalités d’usage, les vieilles rancœurs ressurgissent ; sous les chamailleries, la guerre ; sous l’amour, la haine.

Au gré des visites, les liens se font et se défont. Dans ce jeu de rôles, personne n’est celui que l’on croit. Betty n’est pas la grand-mère. Est-elle seulement une femme (le rôle est interprété par le comédien Émilien Tessier) ? Ruth n’est pas la mère. La vieillesse l’a rattrapée et elle devient grand-mère, à son tour. Les enfants ne sont pas frères et sœurs. Ou alors, un couple incestueux ?

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« Voilà » | © Brigitte Enguérand

Dans cet intérieur trop design, avec ses fenêtres aux angles arrondis – on les voudrait tranchants comme les quatre vérités que se disent les personnages –, on a l’impression d’être pris dans un sas, d’étouffer. Comme un long dimanche en famille, qui n’en finit pas. Où les corps se côtoient sans réconfort. Où l’on se quitte sans savoir se retenir.

Malgré les rites et les ritournelles, on perçoit le désastre, latent : dans cette farce sociale, chacun tente de composer avec l’autre, de se composer un rôle sur mesure. Un jour, par exemple, Ruth croise un homme, qu’elle a aimé autrefois. Elle se prend à rêver. Mais elle ne le retient pas : « Il est déjà si loin… ». Hantée par ses propres fantômes, elle interpelle les spectateurs : « Qu’es-tu devenue, toi ? Quoi, mariée et six enfants, tu es folle ! »

Malgré la musique et les cris, malgré les faux-semblants et les compromissions, rien ne couvrira ce silence assourdissant : celui de la solitude, sans âge. À chacun sa petite cuisine ? 

Estelle Gapp


Voilà, de Philippe Minyana

Mise en scène : Florence Giorgetti, avec la collaboration artistique de Robert Cantarella

Assistant à la mise en scène : Julien Lacroix

Avec : Hélène Foubert, Florence Giorgetti, Nicolas Maury, Émilien Tessier, François Gauthier-Lafaye

Scénographie et création lumière : Laurent P. Berger

Son, musiques et chansons : Reno Isaac

Théâtre du Rond-Point • salle Jean-Tardieu
• 2 bis, avenue Franklin-D.-Rossevelt • 75008 Paris

Réservations : 01 44 95 98 21

Du 18 mars au 25 avril 2008 à 21 heures, dimanche à 15 h 30, relâche le lundi et le dimanche 23 mars 2008

Durée : 1 h 25

33 € | 24 € | 20 € | 14 € | 10 €

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Publié par LES TROIS COUPS - dans France-Étranger 1998-2014
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