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17 mars 2008 1 17 /03 /mars /2008 14:42

Entretien avec Loïc Corbery

 

Il est évident que l’on retournera désormais au Français pour voir Loïc Corbery, car son Petruchio dans « la Mégère apprivoisée » est absolument remarquable. La précision et le plaisir du jeu, la finesse et l’élégance naturelle, l’énergie, la présence et la vivacité : tout y est.

 

Loïc Corbery : J’ai eu de la chance de travailler avec des grands metteurs en scène de renom qui m’ont fait naître au théâtre et m’ont emmené dans ce monde merveilleux. Et c’est la première fois aussi que j’ai travaillé avec quelqu’un qui ne parlait pas un mot de français. Mais, finalement, la magie a opéré. Je me souviens qu’un jour la communication a commencé à se faire sans les mots.


Curieusement le travail, assez physique et lumineux qu’Oskaras a proposé, correspondait à ma nature d’acteur. J’ai trouvé avec lui, en tant que metteur en scène de ma génération, beaucoup plus de points communs qu’avec des metteurs en scène français. Il n’y avait aucun choc de cultures. Sur les derniers temps des répétitions, on a vraiment communiqué de manière très subtile sur le théâtre et sur la pièce : il me racontait beaucoup de choses sur le passé de Petruchio, tel qu’il pouvait être.


Avec une esthétique différente, mais parlant de la même chose que les metteurs en scène français de cette même génération, comme Gildas Milin, par exemple, le rapport d’Oskaras au théâtre est beaucoup plus libre, beaucoup plus impertinent. Non pas dans le sens de la provocation, mais dans le sens de l’éclatement des codes concernant les costumes, le décor, le texte et même les codes de la langue. Il nous donnait toujours quelques pistes et nous laissait énormément proposer. Nos propositions, il les mettait en forme pour qu’elles entrent dans sa vision de la pièce, dans le sens qu’il voulait donner. Je venais souvent une heure avant la répétition, pour être tout seul sur le plateau, pour manipuler, m’amuser et jouer avec ma planche.


Je crois aussi qu’Oskaras aime énormément la théâtralité dans le sens le plus noble possible de ce terme. Il a choisi de commencer le spectacle par le prologue, donc avec l’histoire jouée par un ivrogne. Cela a changé complètement la donne par rapport aux idées que l’on peut avoir sur cette pièce. Nous sommes dans le théâtre et, tout à coup, je me retrouve dans la peau d’un comédien qui joue le personnage de Petruchio, qui lui-même est amené à jouer un rôle pour Catharina. On a des strates qui s’imbriquent de temps en temps, qui se mélangent, se confondent et qui éclatent. C’est une pièce sur le vrai et le faux, sur les apparences et la réalité, sur le plaisir du théâtre. Je me souviens très bien qu’un jour Oskaras a répondu à un acteur qui était dans l’embarras : « Quoi que vous fassiez, si vous le faites avec confiance et foi, ça va devenir vrai. »


Propos recueillis par

Marina Abelskaia

Les Trois Coups

www.lestroiscoups.com


Voir la critique de Marina Abelskaia pour les Trois Coups

Voir l’entretien des Trois Coups avec Oskaras Koršunovas


La Mégère apprivoisée, de William Shakespeare

Mise en scène et lumières : Oskaras Koršunovas

Assistante mise en scène et interprète : Akvile Melkunaite

Avec : Michel Favory (un lord), Bruno Raffaelli (un pédagogue), Alain Lenglet (Baptista), Françoise Gillard (Catharina), Jérôme Pouly (Grumio), Laurent Natrella (Lucentio), Nicolas Lormeau (Hortensio), Roger Mollien (Vincentio), Christian Gonon (Gremio), Christian Cloarec (Christophe Sly), Julie Sicard (Bianca), Loïc Corbery (Petruchio), Shahrokh Moshkin Ghalam (le page Barthélemy et le tailleur), Pierre Louis-Calixte (Tranio), Benjamin Jungers (Biondello), Adrien Gamba-Gontard (Lucentio), Delphin (Curtis), Anneliese Fromont (l’Ouvreuse et un valet), Brigitte Boucher (la veuve, en alternance), Marie Gutierrez (la veuve, en alternance)

Interprète : Macha Zonina

Scénographie : Jurate Paulekaite

Costumes : Virginie Merlin

Musique originale : Gintaras Sodeika

Comédie-Française, salle Richelieu • place Colette • 75001 Paris

Location : 0825 10 1680

Métro : Palais-Royal, Musée-du-Louvre (1 et 7), Pyramides (7 et 14)

Parkings : Carrousel ou Petits-Champs

Du 8 décembre 2007 au 5 juillet 2008, en matinée à 14 heures et en soirée à 20 h 30

Durée du spectacle : 3 h 15 avec entracte

37 € | 26 € | 11 €

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