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17 mars 2008 1 17 /03 /mars /2008 14:25

Entretien avec Oskaras Koršunovas

 

Oskaras Koršunovas est connu dans le monde entier. Les spectacles de la troupe qui porte son nom ont été présentés dans de nombreux festivals internationaux. Il travaille souvent en dehors de sa Lituanie natale. Il est à l’affiche actuellement avec « la Mégère apprivoisée » à la Comédie-Française.

 

Oskaras, comment vous sentiez-vous au sein de la Comédie-Française ?

Je suis très heureux de ce travail ainsi que de ma rencontre avec ce théâtre. Si j’avais su que les répétitions seraient aussi joyeuses, je serais venu bien plus tôt. [Rire.] Surtout que le temps nous a manqué un peu… J’ai beaucoup entendu parler du conservatisme, de l’orgueil de la troupe, qui causaient la perte des metteurs en scène invités. Ce fut tout le contraire. J’ai eu un vrai plaisir de travailler avec les comédiens, les techniciens, le personnel des ateliers. Ce sont des gens éveillés, talentueux, avec beaucoup d’humour, d’un tempérament créatif. Avant mon arrivée, ils ont visionné les enregistrements de mes mises en scène et étaient disposés à tout mettre sens dessus dessous, à expérimenter. Ils adorent leur métier. Quand je voulais réduire le texte, ils étaient comme des enfants qui ne voulaient pas se séparer de leurs jouets. Les relations étaient si bonnes que même à l’approche de la première nous n’étions pas stressés.


Est-ce qu’il existe pour vous une spécificité du théâtre français ?

L’amour et la maîtrise du texte. Le tempérament, l’énergie, la logique se mettent en éveil quand les comédiens ici prononcent le texte. En Lituanie, comme en Russie d’ailleurs, les comédiens jouent pendant les pauses, comme si le texte gênait les émotions.


Et pour cause, en France, on ne dit presque jamais « avez-vous vu ce spectacle ? », mais « avez-vous vu cette pièce ?». Comme si venir au théâtre signifiait avant tout entendre le texte.

En Angleterre, c’est encore plus flagrant. Sur les affiches, les noms d’auteurs et des comédiens sont toujours imprimés en grand, ceux des metteurs en scène sont à peine visibles. Or, chez nous, les spectateurs viennent voir l’interprétation du metteur en scène. Néanmoins, ce que fait Muriel Mayette aujourd’hui pour la Comédie-Française est vraiment très bien. Le vent du changement souffle sensiblement.

 

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© Dmitri Matvejev


Comment avez-vous choisi vos interprètes ?

J’ai discuté avec les comédiens. Muriel Mayette m’a guidé, m’a beaucoup aidé pour que nous puissions travailler dans la joie. Il est évident que Julie Sicard aurait pu jouer Catharina, ainsi que Jérôme Pouly aurait pu jouer Petruchio. Mais cette pièce, pour moi, ne parle pas de l’apprivoisement de la mégère. Elle commence par le prologue où les comédiens créent l’illusion d’un nouveau monde, et Sly se laisse convaincre qu’il n’est pas Sly. La correspondance entre la réalité et le théâtre, la réalité et l’art, voilà ce qui m’intéresse. La réalité, ce n’est rien d’autre que l’espace de création, elle n’existe pas sans nous, elle est telle que nous la concevons. L’histoire de Catharina et Petruchio est un jeu qui nous démontre que nous sommes en mesure de créer les relations telles que nous les voulons. Cette pièce dit que le rêve, s’il est véritable, peut devenir la réalité. Comme le théâtre qui est fait de nos rêves.


Votre mise en scène, ainsi que vos propos sont sereins, lumineux. Savez-vous que dans la presse on vous fait passer pour un grand pessimiste ?

Je pense être plutôt optimiste parce que je ne vois rien de mauvais dans le pessimisme.


En 2001, votre troupe s’est vu attribuer le prix « Europa des nouvelles réalités théâtrales ». Que signifie cette notion pour vous ?

Tout théâtre court le danger de l’enfermement, de l’hermétisme. Un langage une fois trouvé demeure. Or le théâtre vit d’impulsions de la compréhension de son temps. La nouvelle réalité théâtrale nous donne une possibilité de ressentir l’époque où nous vivons. En fait, la réalité théâtrale est toujours neuve.


Propos recueillis et traduits par

Marina Abelskaia

Les Trois Coups

www.lestroiscoups.com

 

Voir la critique de Marina Abelskaia pour les Trois Coups

Voir l’entretien des Trois Coups avec Loïc Corbery


La Mégère apprivoisée, de William Shakespeare

Mise en scène et lumières : Oskaras Koršunovas

Assistante mise en scène et interprète : Akvile Melkunaite

Avec : Michel Favory (un lord), Bruno Raffaelli (un pédagogue), Alain Lenglet (Baptista), Françoise Gillard (Catharina), Jérôme Pouly (Grumio), Laurent Natrella (Lucentio), Nicolas Lormeau (Hortensio), Roger Mollien (Vincentio), Christian Gonon (Gremio), Christian Cloarec (Christophe Sly), Julie Sicard (Bianca), Loïc Corbery (Petruchio), Shahrokh Moshkin Ghalam (le page Barthélemy et le tailleur), Pierre Louis-Calixte (Tranio), Benjamin Jungers (Biondello), Adrien Gamba-Gontard (Lucentio), Delphin (Curtis), Anneliese Fromont (l’Ouvreuse et un valet), Brigitte Boucher (la veuve, en alternance), Marie Gutierrez (la veuve, en alternance)

Interprète : Macha Zonina

Scénographie : Jurate Paulekaite

Costumes : Virginie Merlin

Musique originale : Gintaras Sodeika

Comédie-Française, salle Richelieu • place Colette • 75001 Paris

Location : 0825 10 1680

Métro : Palais-Royal, Musée-du-Louvre (1 et 7), Pyramides (7 et 14)

Parkings : Carrousel ou Petits-Champs

Du 8 décembre 2007 au 5 juillet 2008, en matinée à 14 heures et en soirée à 20 h 30

Durée du spectacle : 3 h 15 avec entracte

37 € | 26 € | 11 €

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