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14 mars 2008 5 14 /03 /mars /2008 20:05

De l’humour noir

considéré comme un des beaux-arts

 

Presque soixante-dix ans après qu’André Breton a rassemblé les textes correspondant le mieux à ce qu’il nommait « humour noir », Marc Goldberg en remet certains au goût du jour. En nous proposant sa vision théâtrale de la célèbre « Anthologie » de Breton, Goldberg nous fait redécouvrir un humour qui, malheureusement, tend à disparaître aujourd’hui.

 

De plus en plus rare dans notre société, regardé d’un œil mauvais, voire horrifié, rejeté en faveur des comédies légères, l’humour noir résiste. Il est d’ailleurs rassurant de constater que l’on peut rire d’un grand nombre de choses tout en soulignant leur gravité. Ce qui plaît dans les choix qu’a opérés Marc Goldberg dans l’Anthologie de Breton, c’est l’actualité des textes choisis. Ces textes, qui ont été écrits il y a une centaine d’années pour la plupart, évoquent des faits qui nous sont étrangement familiers : des faits économiques tels que la charge d’enfants en bas âge pour des gens pauvres ou des faits intemporels comme l’assassinat ou encore l’amour. Rire est un bienfait qui gagne de la saveur lorsqu’il nous ouvre l’esprit.


En matière de mise en scène, Marc Goldberg opte pour un espace surchargé. Un peu trop parfois, puisqu’il disperse notre vision. Trop de choses à regarder en même temps diminue la force du tableau. Par exemple, mettre à gauche un conteur, à droite l’illustration de son histoire en ombres chinoises et en haut des images vidéo évoquant cette même histoire, est certes bien pensé, mais trop lourd. Pourtant, la mise en scène est pleine de bonnes idées, comme le maniement des différents moyens d’expression théâtrale. Marc Goldberg fait ainsi s’entrecroiser différentes périodes du théâtre : une ancienne par les ombres chinoises, une de la fin xixe-début xxe avec le mime et une autre plus contemporaine avec l’utilisation de matériel cinématographique.

 

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« Anthologie de l’humour noir » | © D. R.

 

L’espace créé par Goldberg ressemble un peu à une salle de jeu. On prendrait un objet avec lequel on jouerait quelque temps, on le reposerait et on en prendrait un autre. La quasi-totalité des instruments utilisés durant le spectacle sont présents dès le début sur la scène. Ce sont les acteurs qui leur donnent un sens, un intérêt. Ils font en sorte de mettre en lumière les objets nécessaires à leur histoire et d’occulter les autres.


Pour donner vie à ces textes, Marc Goldberg a fait appel à trois comédiens : Bernard Menez, Patrick d’Assumçao et Roland Timsit. Il faut avoir une certaine présence pour jouer des textes qui n’étaient pas destinés à cela, pour garder l’attention du public sur toute la durée. Cela a beau être un théâtre divertissant, on ne peut pas laisser son esprit vagabonder. L’humour noir implique en effet une grande concentration pour suivre le cheminement d’une pensée et en apprécier d’autant plus la chute. Si Roland Timsit, en mime triste, nous rappelle l’importance et la beauté que peut présenter un geste, ses acolytes jouent avec une puissance vocale admirable. On retrouve en eux le jeu survolté d’un Depardieu et celui, plus posé mais tout aussi envoûtant, d’un Rochefort. Aucun débordement, aucune hystérie chez ces trois comédiens, mais des interprétations tout en relief offrant un vrai plaisir théâtral.


Redécouvrir le théâtre grâce à ce qui à l’origine n’en était pas, voilà une belle surprise. Ce spectacle autour de l’humour noir nour rend légers. Il nous conforte aussi dans le fait que l’on peut encore rire à propos de choses graves et absurdes, et pas seulement de choses légères et idiotes. 


Chloé Chochard-Le Goff

Les Trois Coups

www.lestroiscoups.com


Anthologie de l’humour noir, d’après André Breton

Mise en scène : Marc Goldberg

Assistante à la mise en scène : David Ajchenbaum

Avec : Bernard Menez, Patrick d’Assumçao

Scénographie : Françoise Henry

Création costumes : Sylvie Mouchenik

Création lumière : M2CH

Vingtième Théâtre • 7, rue des Plâtrières • 75020 Paris

Réservations : 01 43 66 01 13

Du 8 mars au 27 avril 2008, du mercredi au samedi à 19 h 30, le dimanche à 15 heures

www.vingtiemetheatre.com

Durée : 1 h 30

12 € |17€ |22 €

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Publié par LES TROIS COUPS - dans France-Étranger 1998-2014
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