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13 mars 2008 4 13 /03 /mars /2008 17:16

Virginie Stevenoot : une intensité foudroyante

 

Qui ne s’est jamais imaginé être une star, une vraie, connue dans le monde entier ? Ou alors, qui n’a jamais voulu fouiller la vie de ces idoles, dans les moindres petits recoins ? Et si ça vous arrivait, le temps d’un spectacle ? Marilyn, dans la peau de Virginie Stevenoot, nous raconte…

 

La petite salle du Théâtre des Variétés est un magnifique espace qui ressemble à la salle principale d’un chalet de montagne. Devant les rangées de sièges, il y a la scène, au niveau du sol, où l’on distingue une sorte de lit et deux chaises. « Elle » attend, plongée dans la semi-pénombre. Elle est tristement immobile, on ne sent pas la moindre énergie d’avant-spectacle, pas un souffle d’activité dans les coulisses. Puis, la lumière s’éteint doucement. Une voix off annonce à la radio l’assassinat de John Kennedy…


Les spots s’allument alors. Ils baignent l’endroit d’une belle lumière aux couleurs pastel, bleu, violet, jaune. On voit que la scène claire est entourée de draps de velours parme, qu’il y a effectivement un lit blanc d’hôpital où se réveille une jeune fille. Tout est beau, esthétique, la jeune créature aux cheveux blonds, qui vient de s’éveiller dans cette atmosphère paisible et qui nous regarde maintenant de ses grands yeux, a l’air d’un rêve. Mais alors… pourquoi soudain cette gêne, cette impression à la fois de peur et de compassion ? C’est parce que dès qu’elle ouvre la bouche pour dire : « Je m’appelle Marilyn », étonnée d’elle-même, comme si c’était une révélation, on se demande déjà à qui l’on a affaire.


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« Je m’appelle Marilyn » | © Harcourt


Oubliant presque le public, le personnage de Marilyn va commencer à retracer son histoire plutôt triste, en n’omettant rien, enfance, rêves, carrière, amours, amants. Elle nous raconte l’histoire troublante – sans être surprenante – du côté noir de la célébrité. Elle va faire cela dans une chambre d’hôpital isolée, un sachet de pilules à portée de main, dans la tristesse, la solitude et la folie – comme l’a probablement vraiment vécu miss Monroe dans ses derniers jours. Le récit a l’air si réel, elle lutte avec tant de conviction contre ses souvenirs qui se dérobent qu’on a envie d’y croire.


D’ailleurs, ne dirait-on pas la vraie Marilyn, quand elle pose, quand elle rit comme elle le fait ? On est presque convaincu, quand, soudain, elle perd sa voix mielleuse et dramatique, et c’est une autre femme qui parle. La star et ses sentiments théâtralisés ont laissé place à une femme normale, humaine, qui se lamente d’un ton fatigué. Puis celle-ci va lentement se re-métamorphoser en célébrité scintillante, qui, à son tour, va redevenir une femme quelconque, et ainsi de suite. Vraie Marilyn ou femme ordinaire ?


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« Je m’appelle Marilyn » | © Harcourt


Tout au long du monologue, je me suis sentie d’abord réticente devant ces explosions de passions imprévisibles, puis apitoyée, franchement désolée lorsque Marilyn éclatait en longs sanglots, et puis encore soulagée quand je la voyais, par quelque autre souvenir impromptu, reprendre vigueur. Comédie dramatique ? Je tentais désespérément de capter un peu de comique, j’ai plutôt reçu du sarcasme. Et c’est presque tant mieux, en fait. Des éclats d’humour trop évidents auraient brisé brutalement le fil des pensées que nous tissions avec Marilyn. C’est ça. Nous étions tombés dans le piège des grandes œuvres : se faire entraîner, happer dans l’œuvre.


Parfois, dans l’univers où l’on s’y attend le moins, le spectacle doit se faire profond, triste et cruel. L’intensité avec laquelle Virginie Stevenoot interprète ce rôle schizophrénique est foudroyante. On l’imagine, à tout moment, s’écrouler sur scène, comme Molière. Mais elle tient le coup, entre cris, pleurs, danses… Elle enchaîne hauts et bas comme une maniaco-dépressive plus vraie que nature. On ne peut qu’admirer un jeu aussi excellent. Je ne cessais de me demander : va-t-elle jouer ainsi tous les soirs ? Je lui souhaite de tout mon cœur. Une pièce à ne pas prendre à la légère, donc, mais à savourer avec distance, surtout si on est artiste, car les gouttes de l’encre noire que répand Marilyn sur sa vie éclaboussent facilement le cœur d’une âme poète. 


Betty Rose

Les Trois Coups

www.lestroiscoups.com


Je m’appelle Marilyn, de Yonnick Flot

OL Productions • Dieter Kaupp PO Box 93195

Austin, Texas 78709-3195

Tél. (512) 288-7360

dkaupp@olproductions.com

www.olproductions.com

Mise en scène : Smaïn

Assistante à la mise en scène : Charlotte Soutrelle

Avec : Virginie Stevenoot

Création costumes : Nathalie Baumgartner

Décors : Bérénice Rubel

Création lumière : Stéphane Velard

Diffusion : Jean-Manuel Bajen

Petit Théâtre des Variétés • 7, boulevard Montmartre • 75002 Paris

Réservations : 01 42 33 09 92

À partir du 27 février, du mercredi au samedi à 21 h 30 et le dimanche à 16 heures

Durée : 1 h 15

22 € | 16 € | 10 €

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Publié par LES TROIS COUPS - dans France-Étranger 1998-2014
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