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11 mars 2008 2 11 /03 /mars /2008 19:39

Une accablante interprétation

 

Quel défi de rejouer un classique du cinéma des années soixante sur une scène de théâtre ! C’est à cela que s’est essayé Philippe Hersen avec « Oscar », le film de Molinaro, lui-même adaptation à l’écran d’un vaudeville qui avait rencontré un franc succès sur les planches. Il est des essais bien peu concluants.

 

Qui n’a vu, revu, re-revu l’Oscar d’Édouard Molinaro, avec Louis de Funès jouant un chef d’entreprise malmené, de quiproquo en quiproquo, entre sa fille délurée, son chauffeur licencié, sa bonne qui convole avec un baron et un employé à l’ambition certaine et l’honnêteté douteuse ? Le projet de Philippe Hersen de le rejouer dans le quartier historique du théâtre de boulevard s’annonçait être une nécessité d’hilarité publique. D’autant plus qu’il mêlait têtes d’affiche et jeunes pousses prometteuses. Et plusieurs « fils/fille de… ».


Si les personnages de Mme Barnier, du jeune Martin et de la bonne sont admirablement servis par une Chantal Ladesou magistrale – tantôt délirante, tantôt délicieusement vulgaire – qui sauve la pièce, par Davy Sardou et Florence Geanty, le reste de la troupe fait un carnage. La palme de cette accablante interprétation revient à Bernard Farcy, pourtant salué dès son entrée sur scène par une salve d’applaudissements d’un public habitué à le voir sur grand écran. Le jeu de ce dernier, escogriffe qui se prend pour un « grand » acteur, rigide, emprunté, attendant les ovations à ses répliques, ne convainc vraiment pas. Les reprises de quelques succès de ses films, telle cette méditation pour rester zen face à l’adversité, tordent l’intrigue et finissent par horripiler. Il eut été préférable qu’il surprenne davantage. Cela permet au moins d’illustrer que le talent ne se conjugue pas nécessairement avec la notoriété.


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L’adaptation s’était pourtant voulue inventive, faisant l’effort d’actualiser le film de 1967, dont l’histoire pourrait nous paraître surannée. Les millions de francs dérobés et les salaires sont convertis en euros, l’entreprise immobilière devient cosmétique (plus au goût du jour vraisemblablement), quelques allusions racoleuses au Vélib’ flattent le public parisien, les Bouillotte mère et fille deviennent Bourin (on comprend mieux)… Mais cela reste un toilettage de façade. Car la pièce pille certaines trouvailles de Molinaro : ainsi les pleurs en sirène de Sophie Tapie ne sont pas sans rappeler ceux d’Agathe Natanson en son temps. Plus fondamentalement, cette histoire de jeune fille voulant se marier pour s’affranchir de la tutelle paternelle et feignant la grossesse pour y parvenir n’est plus guère d’actualité, pas même dans la société vieille France de l’Ouest parisien ou de sa banlieue dorée. Le décor de Stéfanie Jarre, avec un ingénieux jardin en arrière-plan et au premier un salon très design, est malgré tout une réussite.


« Une comédie culte remise au goût du jour et fertile en rebondissements, servie par une brochette de comédiens hilarants. » Le programme était alléchant, mais, comme dans certaines brochettes, il arrive qu’entre deux piments qui réveillent vos papilles, il se glisse quelques lardons avariés, dont le goût nauséeux vous reste en bouche trop longtemps. 


Olivier Pradel

Les Trois Coups

www.lestroiscoups.com


Oscar, de Claude Magnier (1958)

Dialogues : Éric Assous

Mise en scène : Philippe Hersen

Avec : Bernard Farcy (Bertrand Barnier), Chantal Ladesou (Mme Barnier), Davy Sardou (Christian Martin), Sophie Tapie (Julie Barnier, la fille), Vincent Moscato (le coach), Florence Geanty (Juliette, la bonne), Odile Vuillemin (Brigitte Bourin, la seconde fille), Blanche Raynal (Mme Bourin, l’ancienne bonne), Avy Marciano (Oscar)

Décors : Stéfanie Jarre

Lumière : Jacques Rouveyrollis

Costumes : Camille Duflos

Musique : Catimini, troupe vocale

Produit par Alain Depardieu et Cospe Production

Grand Théâtre du Gymnase - Marie-Bell • 38, boulevard de Bonne-Nouvelle • 75010 Paris

Réservations : 01 48 65 97 90

F.N.A.C., Carrefour et points de vente habituels

Du 9 février au 7 juin 2008, du mardi au samedi à 20 h 45 et le samedi à 16 heures

Durée : 1 h 30

49 € | 40 € | 29 € | 17 €

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Publié par LES TROIS COUPS - dans France-Étranger 1998-2014
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