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11 mars 2008 2 11 /03 /mars /2008 17:00

Le temps cristallisé

 

Une scène vaste et profonde fait face à une salle proportionnellement plus petite, au rez-de-chaussée du Théâtre de la Bastille. Sans le vouloir, le déséquilibre spatial du lieu de représentation fait écho au spectacle qu’il abrite, « 36, avenue Georges-Mandel ». Avec ce solo (malgré l’apparition d’un danseur invité), Raimund Hoghe continue d’explorer les différentes textures du temps au sein de l’espace scénique, étant en décalage avec les conventions de la danse (même contemporaine) et avec les attentes des spectateurs.

 

Après avoir travaillé sur l’interprétation du ballet le Lac des Cygnes (Swan Lake 4 Acts), ou plus récemment sur le genre musical du boléro avec Boléro variations, Raimund Hoghe choisit cette fois-ci le répertoire de Maria Callas, s’inspirant à la fois de la voix et de la personnalité flamboyantes de la cantatrice. La puissance et la fragilité coexistent chez cette femme, et Hoghe ébauche ce paradoxe au travers de gestes simples, lents, souvent fragiles, et tous significatifs.


Le plus souvent, rien ne se passe sur le plateau, et ce n’est que la Callas qu’on entend. Parfois, un geste de Hoghe, ample et lent, accompagne un des airs d’opéra. Parfois, c’est la marche du chorégraphe-danseur, toujours en accord avec la musique, qui accompagne Maria Callas. Toujours, le temps est comme suspendu, où la rumeur du monde est éclipsée par l’art dans toute sa plénitude.


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« 36, avenue Georges-Mandel » | © Rosa-Frank.com


Sauf que le temps du quotidien s’est manifesté dans la salle avec les réactions de certains spectateurs. Il est vrai que 36, avenue Georges-Mandel, comme toutes les chorégraphies de Hoghe, n’est pas facile d’accès. Il est vrai que l’immobilité de ce danseur physiquement différent, ainsi que l’espace vide, peuvent être source d’impatience et de frustration.


Ainsi, beaucoup de spectateurs se sont levés et sont partis au cours de la représentation. C’est leur droit, mais ils ont contribué à faire entrer le trivial et le quotidien dans un spectacle qui s’apparente presque plus à un cérémonial et à un moment de méditation qu’à un divertissement. Pour les spectateurs qui étaient prêts à entrer dans l’univers recueilli de Hoghe, ces interférences se sont révélées très perturbatrices.


L’on peut considérer que ce spectacle est, en fin de compte, un concert. Hoghe nous donne la possibilité de réécouter Maria Callas. L’interprétation non intrusive de la musique par le danseur octroie au spectateur l’espace et le temps de construire sa propre interprétation. Cette liberté nous met, en tant que spectateurs, dans une position vulnérable, puisque nous ne sommes pas habitués à combler un vide chorégraphique par notre propre vision de la musique. Mais, une fois accepté cette position, chaque seconde de ce temps cristallisé est savouré, parce qu’on le sait rare. 


Anne Losq

Les Trois Coups

www.lestroiscoups.com


36, avenue Georges-Mandel, de Raimund Hoghe

Compagnie Raimund-Hoghe • 9, rue de la Pierre-Levée • 75011 Paris

09 50 85 62 32

www.raimundhoghe.com

Conception, chorégraphie et danse : Raimund Hoghe

Collaboration artistique : Luca Giacomo Schulte

Danseur invité : Emmanuel Eggermont

Lumière : Raimund Hoghe et Amaury Seval

Son : Patrick Buret

Régisseur : Gilles Sornette

Théâtre de la Bastille • 76, rue de la Roquette • 75011 Paris

Réservations : 01 43 57 42 14

Du 6 au 14 mars 2008 à 21 heures, dimanche à 17 heures, relâche le lundi

Durée : 1 h 30

20 € | 13 €

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Publié par LES TROIS COUPS - dans France-Étranger 1998-2014
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