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10 mars 2008 1 10 /03 /mars /2008 14:53

« Beaucoup de bruit pour rien »

 

En marge du théâtre, dans la salle de répétitions de l’orchestre amateur de l’université Lyon I-Claude-Bernard se joue ce soir – ou plutôt se répète – « l’Arlésienne » de Georges Bizet : violons, violoncelles, trombones, petites flûtes, tout y est. Voici ce que l’on peut entendre du couloir en attendant de pénétrer dans notre salle. Bien sûr, ce n’est pas ce que nous allons voir. Mais nous aurions préféré…

 

Pour nous, Nicolas Zlatoff met en scène à l’aide de la Cie de l’Ampoule, Macbeth Horror Suite, de Carmelo Bene, d’après l’œuvre de Shakespeare. Épurée de nombreuses scènes et de beaucoup de personnages, la pièce n’a conservé que les principaux : Macbeth et sa Lady – couple meurtrier de Duncan, l’actuel roi d’Écosse –, Duncan, Banquo, les sorcières et autres spectres.Toute l’histoire se déroule autour du couple meurtrier, dans le décor de la chambre du crime, le tout joué par quatre comédiens franco-italiens aux rôles interchangeables.


La pièce débute avec fracas par l’entrée en scène – entre battements d’ailes imaginaires et chant du coq – d’un genre de Roberto Benigni acharismatique. Son accent épouvantable nuira fortement à la compréhension du texte. Enfilant sous nos yeux une veste de costume royal, il monte sur le trône et devient Duncan. De là, toute une variété de procédés de distanciation, sous des formes épouvantables, nous tombe dessus : musique assourdissante, cascades en chaîne, pas de danse, doublage italien intempestif, foison de gestes incongrus. L’on s’habille, se déshabille et se rhabille, en utilisant alternativement perruque blonde et haut-de-forme, caleçon moulant et couteaux à sushis.


De l’histoire, on ne comprend et ne retient que des bribes tant la concentration est altérée par la violence des effets sonores. En gros, en trois actes, Macbeth accomplit la prédiction des sorcières, et son couple, dont l’histoire d’amour est liée au complot et à l’assassinat de Duncan, est en danger. Macbeth-roi, hanté par des spectres jusqu’à la folie, ne s’en relève pas. On retient une Lady Macbeth en colère et criarde, un Macbeth bien scolaire dans son jeu et un Duncan qui ne prononce les consonnes que dans « Macbête ». Quant à la quatrième comédienne, on ne se souvient que de la scène d’orgasme inattendue du deuxième acte. Aucun, finelement, ne brille par sa présence.


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Au dernier acte a lieu un interlude de plusieurs minutes, lors duquel les comédiens se changent. On sifflote. On déplace le trône. Mais déplacer l’unique meuble d’une pièce presque vide ne la remplit pas pour autant. Aussi, l’inversion de la scène en coulisse ressemble plus à un accident scénographique qu’à une pause véritablement réfléchie. Du côté du public, la gêne est manifeste.


Il y a bien sûr de nombreux éléments intéressants dans cette interprétation. Mais l’invariable faiblesse du jeu des comédiens dénote une cohésion craintive, et tout le long de la pièce, l’on pâtit de l’agressivité du jeu. Il est très difficile de se concentrer tant la violence sonore est importante. Le plus souvent, le texte est crié. La multiplication des effets, ici, rend les effets comiques plats et redondants. L’horreur tant attendue reste fébrile. On approche d’un genre entre-deux, frôlant l’absurde sans y toucher. Le drame est survolé ; la comédie, ratée ; la poésie, atrophiée. En marge du miracle d’un texte, rien ne se passe, on ne décolle pas des planches, on cogite à faible allure.


Il faut savoir que les travaux de Carmelo Bene ont été très peu rejoués de par la complexité de leur philosophie. Ici Macbeth Horror Suite devient un véritable casse-tête – casse-gueule de surcroît –, autant à voir qu’à jouer, visiblement. Du côté de l’orchestre, on applaudit avec politesse. Du côté de la sortie, on est médusé. Un rapide sondage des bruits de couloir laisse entendre un songeur « hum… c’était… intéressant… ». Bref, l’impression première et le bilan immédiat restent négatifs. Le rideau est tombé sur une Ampoule qui luisait ce soir bien faiblement. 


Cendrine Flores

Les Trois Coups

www.lestroiscoups.com


Macbeth Horror Suite, de Carmelo Bene

Cie de l’Ampoule-Ampoule Théâtre • 6 rue Imbert-Colomes • 69001 Lyon

ampouletheatre@free.fr

http://ampouletheatre.free.fr

Mise en scène : Nicolas Zlatoff

Avec : Antoine Truchi, Laura Ouakil, Céline Arnaud, Federico Tessieri

Scénographie : Samuel Poncet

Création lumière : Rose-Line Moisy

Théâtre Astrée • campus de la Doua • 6, avenue Gaston-Berger • 69100 Villeurbanne

Réservations : 04 72 44 79 45

Du 4 au 12 mars 2008 : 4, 6, 7 et 11 mars 2008 à 20 h 30 ; 5 et 12 mars 2008 à 19 h 30

12 € | 6 €

Gratuit pour les étudiants et lycéens

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Publié par LES TROIS COUPS - dans France-Étranger 1998-2014
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