Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog
8 mars 2008 6 08 /03 /mars /2008 19:49

Aimer, ou ne pas aimer,
telle est la question


Par Myriam Lemétayer

Les Trois Coups.com


La pièce commence sans prévenir. Le rideau était déjà ouvert, et les lumières ne s’éteignent pas. Un homme parle tout près du public. Les premières minutes sont déstabilisantes. Je m’apprête à assister à une représentation de théâtre contemporain mi-amusée, mi-exaspérée. Le résultat est déroutant, certes, mais au final plutôt probant.

Le texte de Bernard-Marie Koltès est une réécriture de la tragédie de William Shakespeare. C’est une sorte de condensé de l’œuvre originale, resserré autour des quatre principaux personnages (Claudius, Gertrude, Ophélie et Hamlet). Mieux vaut, à mon avis, se remettre en tête Hamlet avant d’assister à la pièce, car ce à quoi on assiste est suffisamment inhabituel pour ne pas, en prime, se perdre dans l’histoire.

Le texte de Koltès est très moderne. Les comédiens, véritablement habités par leurs personnages, l’ont rendu percutant. Il me faut d’ailleurs souligner la performance remarquable de Thierry de Peretti, le metteur en scène, qui a repris avec brio le rôle du roi le temps de deux représentations à Lorient. Si les subtilités du choix des costumes m’échappent un peu, ceux-ci reflètent bien la personnalité des personnages au fil de la pièce. Ainsi le pantalon retenu par une corde, le manteau bordé de fourrure résument bien Claudius, roi autoproclamé et décadent. De même, la tenue de chasseur agrémentée d’un pistolet à bouchon caractérise avec justesse et humour la volonté d’éliminer le « rat » chez Hamlet.

undefined

« le Jour des meurtres dans l’histoire d’Hamlet »
© Ange Leccia 

Je pourrais parler assez longuement du décor, pourtant minimaliste. Je lui ai trouvé tout de suite un air de famille avec une exposition que j’ai vue récemment au pavillon du Palais de Tokyo. En lisant plus tard le feuillet distribué avant la pièce, j’ai eu l’impression de ne pas être complètement à côté de la plaque. Thierry de Peretti a travaillé pour cette pièce avec Ange Leccia qui est plasticien, vidéaste et directeur du Palais de Tokyo.

L’espace dans lequel se produisent les acteurs est très vaste, des coulisses aux derniers rangs du théâtre, des profondeurs de la scène à la sortie de secours, qui donne sur la rue. Les acteurs jouent aussi souvent devant le rideau fermé. Sur un grand écran attaché au plafond apparaissent les changements d’acte. La structure du théâtre est apparente. L’ensemble se rapproche d’un hangar. Il n’y a que très peu d’accessoires : une chaise, un miroir ou encore un poste de radio. Le côté brut du décor n’empêche pas un ensemble esthétiquement agréable. Le jeu de lumières est d’ailleurs à mon sens parfaitement réussi. Les lumières et les sons donnent un rythme assez saccadé à la pièce. On passe du néon à la bougie, de la radio crachotante à la guitare acoustique.

Les adjectifs qui qualifient la pièce ne varient pas beaucoup : déroutante, intrigante, décalée. En réalité, j’ai eu l’impression de me retrouver devant une œuvre que je ne suis pas sûre d’avoir comprise, dont je ne sais pas quoi en penser, mais que je juge intéressante. En revanche, contrairement à nombre d’œuvres contemporaines, je n’ai pas eu une impression d’inachevé : le tout est assez cohérent et réfléchi. J’y ai plutôt vu quelque chose d’étonnant et – pardonnez-moi pour le jeu de mots – de détonnant. Dire d’une œuvre qu’elle est expérimentale, voire conceptuelle, c’est souvent la dénigrer en en soulignant le caractère présomptueux et dérisoire. Je rendrais plutôt justice à cette pièce en y voyant une expérience théâtrale. J’ai en tout cas applaudi sans enthousiasme ni mauvaise grâce. 

Myriam Lemétayer


Le Jour des meurtres dans l’histoire d’Hamlet, de Bernard-Marie Koltès

Mise en scène : Thierry de Peretti

Assistante à la mise en scène : Elsa Chausson

Avec : Jean-Christophe Bouvet (rôle repris par Thierry de Peretti
lors de la représentation), Anabelle Hettmann, Lisa Martino, Pascal Tagnati

Costumes : Caroline de Vivaise

Vidéo : Ange Leccia

Lumière : Yves Godin

Musique|son : Sylvain Jacques

Assistant scénographie : Grégoire Faucheux

Assistant vidéo : Cyrille Leclercq

Directeur technique : Antoine N’Guyen

Dramaturge : Patrice Spinosi

Productrice : Claire Béjanin

C.D.D.B.-Théâtre de Lorient • 11, rue Claire-Droneau • 56107 Lorient

Réservations : 02 97 83 01 01

Du 3 au 7 mars 2008 à 19 h 30 ou 20 h 30

Durée : 1 h 20

25 € | 19 € | 13 €

Partager cet article

Repost 0
Publié par LES TROIS COUPS - dans France-Étranger 1998-2014
commenter cet article

commentaires

Rechercher